Économie numérique : La CNUCED trace la feuille de route des investissements futurs
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a publié un guide stratégique destiné aux décideurs mondiaux pour optimiser les investissements dans l’économie numérique au cours des prochaines années. Intitulé « Investissement international dans l’économie numérique : guide pratique pour les décideurs », ce rapport appelle à renforcer les stratégies d’investissement pour stimuler la croissance, favoriser l’innovation et sécuriser les flux de capitaux internationaux, tout en établissant des cadres réglementaires clairs et cohérents. Dans un contexte de transformation numérique accélérée de l’économie mondiale, la CNUCED tire la sonnette d’alarme sur la nécessité d’une gouvernance structurée des investissements dans le secteur numérique. Selon le rapport publié sur le site web de l’institution onusienne, « la mise en place de cadres clairs et cohérents à l’échelle nationale et régionale est essentielle pour attirer des investisseurs tout en assurant la durabilité et la sécurité du secteur ». Le document propose un ensemble de recommandations visant à structurer les fondations des stratégies numériques nationales. La CNUCED recommande notamment aux gouvernements de définir les secteurs prioritaires pour l’investissement afin de soutenir la progression le long de la chaîne de valeur numérique et de contribuer aux objectifs industriels stratégiques de chaque pays. Cette approche sectorielle permettrait d’orienter les capitaux vers les domaines à fort potentiel de transformation économique. La planification des investissements doit, selon le rapport, intégrer l’identification des infrastructures déficientes et les initiatives réglementaires prévues, tout en considérant les enjeux environnementaux et de durabilité. Les décideurs sont également encouragés à préciser les types d’investissements et d’investisseurs susceptibles de favoriser la transformation structurelle et la montée en gamme numérique de leurs économies. « La coordination entre agences de promotion des investissements, régulateurs et institutions de l’économie numérique est jugée cruciale pour une mise en œuvre efficace », estime la CNUCED, soulignant l’importance d’une approche interinstitutionnelle cohérente.
Sur le volet crucial de la protection des données, l’institution onusienne estime que les autorités de chaque pays doivent établir des cadres complets incluant l’obligation de notification des violations, les droits de portabilité et des sanctions efficaces. La création d’autorités indépendantes et bien financées pour superviser la protection des données et la cybersécurité est également préconisée, face à la multiplication des menaces numériques et des violations de données personnelles. Le guide souligne la nécessité d’adopter des approches réglementaires flexibles, adaptées aux évolutions technologiques rapides qui caractérisent le secteur numérique. Il recommande également de promouvoir la coopération internationale afin d’harmoniser les standards et faciliter les flux transfrontaliers sécurisés de données, un enjeu majeur à l’heure de la fragmentation réglementaire mondiale. Sur le plan de la propriété intellectuelle, le document recommande d’adapter les lois existantes pour couvrir les innovations numériques émergentes, y compris les logiciels et le contenu généré par l’intelligence artificielle, domaine en pleine expansion qui soulève des questions juridiques inédites concernant la paternité des œuvres et la protection des créations automatisées. Le rapport aborde également la compétition et la régulation des marchés numériques, estimant que les cadres de concurrence doivent être mis à jour pour refléter les spécificités de l’économie numérique et promouvoir un espace numérique inclusif, ouvert et sécurisé. Cette actualisation apparaît d’autant plus urgente face à la concentration croissante du marché entre quelques géants technologiques mondiaux. En matière de stimulation des investissements, le guide recommande un équilibre délicat entre ouverture aux investissements directs étrangers et protection de la sécurité nationale. « Les restrictions doivent être claires, limitées et alignées sur les priorités nationales. Les procédures d’approbation et d’échange pour les start-ups numériques doivent être simplifiées, et les cadres réglementaires adaptés pour tester les innovations dans un environnement contrôlé », recommande la CNUCED, plaidant pour des dispositifs de type « bac à sable réglementaire » permettant l’expérimentation encadrée. De plus, les agences de promotion des investissements sont encouragées à améliorer la visibilité des opportunités via des canaux numériques et à engager un dialogue public-privé soutenu pour identifier les besoins des investisseurs et promouvoir le réinvestissement des bénéfices dans le développement de l’écosystème numérique local. Le guide insiste particulièrement sur le renforcement des compétences et du capital humain, considéré comme le pilier fondamental d’une économie numérique durable. Les programmes de mobilité et de transfert de compétences, le partenariat avec des universités et institutions étrangères, ainsi que l’engagement de la diaspora qualifiée, sont jugés essentiels pour soutenir l’innovation, l’entrepreneuriat et le développement d’un écosystème numérique compétitif. Enfin, la CNUCED recommande que les accords internationaux sur l’investissement incluent des clauses favorisant le transfert de technologies et garantissant la flexibilité réglementaire nécessaire aux politiques nationales, permettant ainsi aux pays en développement de préserver leur marge de manœuvre dans la définition de leurs stratégies numériques tout en bénéficiant des flux d’investissements internationaux.
Sabrina Aziouez

