La ligne minière Béchar-Gara Djebilet n’attend plus que le feu vert : L’Algérie mise sur rails !
C’est une véritable course contre la montre qui s’engage alors que la ligne minière Ouest doit bientôt entrer en service.
Une délégation ministérielle de haut niveau, conduite par le ministre d’État chargé des Hydrocarbures et des Mines Mohamed Arkab, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports Saïd Sayoud, et le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base Abdelkader Djellaoui, a effectué vendredi une visite de travail dans les wilayas de Tindouf et Béchar pour passer en revue les derniers aspects techniques liés aux préparatifs de la mise en exploitation officielle de la ligne ferroviaire minière Ouest reliant Béchar-Tindouf-Gara Djebilet sur 950 kilomètres. Cette inspection sur le terrain, qui intervient après le succès des essais techniques menés ces derniers jours, constitue l’ultime étape avant l’inauguration officielle prévue ce mois de janvier, marquant ainsi l’aboutissement d’un projet titanesque réalisé en un temps record et destiné à transformer en profondeur la carte économique et sociale du Sud algérien tout en concrétisant l’ambition nationale de diversification économique, de réduction de la dépendance aux hydrocarbures et de renforcement de la souveraineté industrielle par l’exploitation des immenses réserves minières du pays.
La délégation ministérielle, qui comprenait également la ministre du Tourisme et de l’Artisanat Houria Meddahi et la secrétaire d’État auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines chargée des Mines Karima Bakir Tafer, était accompagnée du directeur général de la Sûreté nationale Ali Badaoui et du directeur général de la Protection civile, le colonel Boualem Bourelaf. Les membres du gouvernement ont procédé à une évaluation minutieuse de l’état d’avancement des travaux de la ligne minière Ouest et de la disponibilité des infrastructures ferroviaires, notamment au niveau de la gare Menaï Mohamed de Béchar. La délégation a rejoint Béchar en provenance de la wilaya de Tindouf, où elle avait inspecté la gare ferroviaire du chef-lieu de wilaya et effectué un voyage d’essai à bord d’un train reliant Tindouf à Gara Djebilet, testant ainsi dans les conditions réelles l’ensemble du dispositif mis en place.
La visite s’est poursuivie par l’inspection minutieuse du projet de la voie ferrée et de la gare ferroviaire de Gara Djebilet, située à proximité de l’une des plus importantes réserves mondiales de minerai de fer, avant de s’achever par une halte hautement symbolique au niveau du site de chargement des premières expéditions de minerai de fer dans cette même zone. Cette inspection finale témoigne de la volonté des pouvoirs publics de s’assurer personnellement du respect des délais et des normes de qualité pour ce projet d’envergure qui incarne la nouvelle orientation stratégique de l’économie algérienne vers l’exploitation et la valorisation de ses richesses minières.
Un rêve algérien devenu réalité
Dans une déclaration à la presse prononcée depuis la région de Gara Djebilet, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports Saïd Sayoud a souligné la portée historique et stratégique de ce projet en affirmant que « le projet d’exploitation de cette mine stratégique contribuera de manière significative à une transformation profonde de la carte économique et sociale du Sud-Ouest du pays, ainsi que de l’Algérie dans son ensemble ». Le ministre a précisé que cette réalisation s’inscrit dans le cadre strict des instructions du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui a fait de l’exploitation des richesses minières et de leur mise en valeur opérationnelle une priorité nationale absolue, conformément à la nouvelle vision économique du pays visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures. Saïd Sayoud a insisté sur le caractère exceptionnel des délais de réalisation en indiquant que « l’exploitation de la mine de Gara Djebilet est entrée dans sa phase effective dans un délai record ». Il a ajouté que les réalisations accomplies l’ont été « en un laps de temps très court », annonçant l’entrée prochaine en service de la ligne minière qui permettra le raccordement de la mine de Gara Djebilet au réseau ferroviaire national et l’acheminement du minerai de fer « depuis l’extrême Sud-Ouest vers Oran, puis vers les autres wilayas du pays ». Cette infrastructure constitue ainsi le maillon essentiel d’une chaîne logistique complète destinée à alimenter l’industrie sidérurgique nationale en matières premières stratégiques.
Le ministre s’est déclaré « particulièrement fier de cette réalisation historique », qualifiant la construction d’une ligne ferroviaire d’environ 940 kilomètres en moins de deux ans d’exploit technique remarquable. Il a estimé que « l’exploitation de la mine de Gara Djebilet, longtemps considérée comme un rêve par les Algériens, est aujourd’hui devenue une réalité tangible grâce à la forte implication de l’État et à la mobilisation de compétences et d’entreprises nationales, tant sur le plan humain que matériel ». Des propos qui soulignent la dimension symbolique d’un projet qui cristallise les aspirations au développement économique endogène et à la valorisation des ressources naturelles nationales par des moyens nationaux.
Le ministre a par ailleurs salué « le rôle central joué par les cadres et la jeunesse algérienne dans la concrétisation de ces projets stratégiques », affirmant que « les acquis enregistrés ouvriront de nouvelles perspectives à une économie nationale diversifiée ».
Une vision économique globale
La mise en exploitation de la ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet s’inscrit dans une vision économique beaucoup plus large qui dépasse le simple cadre du transport ferroviaire. Saïd Sayoud a précisé que « lors des prochaines étapes, le projet d’exploitation de la mine de phosphate de Bled El Hadba, à l’est du pays, sera également lancé dans le cadre d’une vision nationale globale visant à diversifier l’économie nationale et à réduire la dépendance aux hydrocarbures ». Cette annonce confirme que l’exploitation de Gara Djebilet constitue le premier volet d’un programme minier ambitieux qui vise à faire du secteur des mines l’un des piliers de la nouvelle économie algérienne.
L’exploitation de la mine de Gara Djebilet, qui recèle des réserves estimées à plusieurs milliards de tonnes de minerai de fer, répond à un double objectif stratégique. D’une part, elle permettra d’approvisionner l’industrie sidérurgique nationale, à l’exemple du complexe Tosyali d’Oran, en matières premières de qualité, réduisant ainsi considérablement la facture d’importation et renforçant la souveraineté économique du pays. D’autre part, elle offrira la possibilité de développer une véritable industrie de transformation locale à travers la construction de complexes sidérurgiques et métallurgiques dans les wilayas de Béchar, Tindouf et Naâma, créant ainsi une chaîne de valeur ajoutée complète sur le territoire national.
Cette infrastructure ferroviaire est conçue pour transporter annuellement jusqu’à 50 millions de tonnes de minerai de fer brut depuis Gara Djebilet, auxquelles s’ajouteront 25 millions de tonnes de produits transformés issus des usines de traitement et de valorisation que le secteur des mines s’attelle à réaliser dans la région. Ces capacités de transport exceptionnelles, rendues possibles par une conception technique permettant une charge supérieure à 32,5 tonnes par essieu, placent cette ligne parmi les infrastructures ferroviaires les plus performantes d’Afrique en matière de transport de pondéreux.
Le désenclavement du Grand Sud
Au-delà de sa dimension économique et industrielle, la ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet revêt une importance capitale pour le désenclavement des régions du Sud-Ouest algérien, longtemps isolées du reste du territoire national. La délégation ministérielle avait entamé sa visite de terrain dans la wilaya de Tindouf par l’inspection de la gare ferroviaire du chef-lieu de wilaya, où des explications détaillées ont été fournies sur les différentes installations mises à la disposition des voyageurs. Pour la première fois de leur histoire, les habitants de Tindouf et des localités traversées par cette ligne auront accès au transport ferroviaire, une alternative moderne et économique aux déplacements routiers et aériens qui constituaient jusqu’à présent leurs seuls moyens de liaison avec le nord du pays.
Cette infrastructure permettra aux populations locales de rejoindre Béchar puis de remonter vers le nord en direction d’Oran par voie ferroviaire, créant ainsi un corridor de développement sans précédent qui transformera durablement les conditions de vie dans ces régions frontalières. La ligne desservira les gares d’El Abadla, Hammaghuir, Tabelbala, Hassi Khébi et Oum El Assel, contribuant ainsi à désenclaver des zones qui souffraient jusqu’alors d’un isolement géographique pénalisant pour leur développement économique et social. L’exploitation commerciale de la ligne prévoit deux trains quotidiens pour le transport de voyageurs, avec des départs programmés de Béchar à 8h30 et de Tindouf à 9h15, offrant une capacité de 246 sièges répartis entre une voiture de première classe, deux voitures de deuxième classe et une voiture de restauration.
Cette connectivité ferroviaire nouvelle ouvrira des perspectives inédites pour le développement de l’activité économique locale, en facilitant les échanges commerciaux, en réduisant les coûts de transport des marchandises et en permettant une meilleure intégration de ces régions périphériques dans le tissu économique national. Elle favorisera également l’émergence de nouveaux pôles d’activité le long du tracé, générant des opportunités d’emploi et de création de richesse pour des populations qui aspirent légitimement à bénéficier des retombées du développement national.
Un exploit technique au service d’une ambition nationale
La réalisation de cette ligne ferroviaire de 950 kilomètres en moins de deux ans constitue un véritable exploit technique qui témoigne de la montée en puissance des capacités nationales en matière de grands travaux d’infrastructure. Le projet a nécessité la construction de 1.431 ouvrages d’art, dont 45 ponts ferroviaires pour franchir les oueds, 48 ponts routiers et 1.338 ouvrages hydrauliques, tous réalisés selon les normes nationales et internationales les plus rigoureuses. Le volume de terrassement effectué atteint le chiffre record de 75 millions de mètres cubes, avec des rendements sans précédent dépassant les 5 millions de mètres cubes par mois, démontrant ainsi la capacité des entreprises algériennes à relever des défis techniques majeurs dans des délais contraints.
Les essais techniques menés ces derniers jours ont permis de valider l’infrastructure sur l’ensemble du tracé, en vérifiant le roulement du train et son interaction avec la voie ferrée, le système de signalisation, les ouvrages hydrauliques et les autres installations nécessaires au bon fonctionnement de la ligne. Ces tests ont confirmé que l’exploitation pourra se faire à une vitesse de 80 kilomètres par heure pour le transport de marchandises et de 160 kilomètres par heure pour le transport de voyageurs, garantissant ainsi des conditions optimales de sécurité et d’efficacité opérationnelle. La réussite de cette phase d’essais ouvre désormais la voie à l’inauguration officielle et à la mise en service commercial de la ligne, marquant l’aboutissement d’un chantier qui aura mobilisé des milliers de travailleurs et mobilisé l’expertise des meilleurs cadres techniques du pays.
Cette réalisation s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste de développement ferroviaire qui prévoit notamment l’extension de la ligne vers Adrar, créant ainsi un maillage ferroviaire intégré dans le Sud-Ouest, ainsi que la poursuite des études pour la réalisation d’une ligne Alger-Tamanrasset qui achèverait de désenclaver le grand Sud. L’ambition affichée par les pouvoirs publics est claire et assumée : faire du chemin de fer le vecteur privilégié d’un développement économique équilibré et durable sur l’ensemble du territoire national, en permettant le transport efficace des personnes et des marchandises.
Samir Benisid

