Culture

Journées du cinéma algéro-italien : « La Bataille d’Alger » en ouverture

Alger a renoué, samedi soir, avec l’une des pages les plus fortes de sa mémoire cinématographique et historique à l’occasion de l’ouverture des Journées du cinéma algéro-italien, un rendez-vous culturel placé sous le signe du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

La manifestation s’est ouverte à la cinémathèque d’Alger par la projection de La bataille d’Alger (1966), chef-d’œuvre du réalisateur italien Gillo Pontecorvo, film emblématique devenu au fil des décennies un symbole universel de la lutte des peuples pour la liberté et chef d’œuvre cinématographique qui a inspiré les plus grands cinéastes à l’image de Christopher Nolan ou encore Stanley Kubrik. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’ambassadeur d’Italie en Algérie, Alberto Cutillo, de la directrice de l’Institut culturel italien d’Alger, Antonia Grande, du directeur de la cinémathèque d’Alger, Adel Mekhalfia, ainsi que de membres de la famille du moudjahid Yacef Saadi, figure centrale de la Révolution algérienne et producteur du film. Dans son intervention, l’ambassadeur d’Italie a souligné que La bataille d’Alger demeure « un témoignage cinématographique majeur qui incarne la profondeur des liens historiques, culturels et humains entre l’Algérie et l’Italie », rappelant que cette œuvre a contribué à faire connaître au monde la réalité de la lutte du peuple algérien. De son côté, Antonia Grande a mis en avant la portée artistique et mémorielle de ce long métrage, affirmant que « ce film dépasse le cadre du cinéma pour devenir un langage universel de la mémoire et de la justice », tout en se félicitant de voir les jeunes générations algériennes et italiennes se réapproprier ce patrimoine commun. D’une durée de 121 minutes, La bataille d’Alger restitue avec un réalisme saisissant l’une des épopées majeures de la Guerre de libération nationale, en mettant en lumière l’organisation urbaine des réseaux de moudjahidine, leur courage et leur sens du sacrifice, tout en exposant sans détour les méthodes de torture et la violence de la répression coloniale française. Longtemps censuré en France, où il est resté interdit de projection durant 38 ans, le film a pourtant connu une reconnaissance internationale exceptionnelle, couronnée en 1966 par le Lion d’or à la Mostra de Venise, avant d’être classé par le British Film Institute parmi « les cinquante meilleurs films de tous les temps ». Pour Adel Mekhalfia, directeur de la cinémathèque d’Alger, la projection de ce film dans le cadre de ces journées « revêt une signification particulière, car elle rappelle le rôle du cinéma comme outil de mémoire, de transmission et de résistance culturelle ». S’étendant jusqu’à lundi, les Journées du cinéma algéro-italien proposent un programme riche qui met à l’honneur d’autres regards italiens sur l’Algérie et son histoire, avec notamment la projection de Les mains libres (1964) d’Ennio Lorenzini, produit par Casbah-Films, et de L’Étranger (1967) de Luchino Visconti, adaptation cinématographique du roman éponyme d’Albert Camus. En parallèle, une exposition d’affiches originales du film La bataille d’Alger, en plusieurs langues, ainsi que de photographies retraçant les moments marquants de son parcours international, est accessible dans le hall de la cinémathèque. Des master-class dédiées aux techniques du son, de l’image et du montage vidéo, animées par des professionnels, viennent enrichir ces journées, qui seront également ponctuées de débats ouverts au public après chaque projection. Organisées sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts par le Centre algérien du cinéma et Casbah-Films, en collaboration avec l’Institut culturel italien d’Alger, ces Journées du cinéma algéro-italien se veulent un espace de réflexion et de partage, célébrant un cinéma engagé, porteur de mémoire et de dialogue entre les peuples.

Mohand Seghir

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