Le Haut Conseil islamique ressuscite son héritage : Mouloud Kacem Naït Belkacem, un pilier de la pensée algérienne
Le Haut Conseil islamique rend hommage à la pensée d’un géant intellectuel qui a tenté de marier tradition et modernité, alors que son héritage pédagogique reste largement inexploité dans les programmes officiels.
La Maison de la culture Mouloud-Mammeri a accueilli dimanche un colloque singulier. Pas de polémiques médiatiques, pas de débats enflammés, mais une assemblée d’universitaires et de responsables réunis pour ressusciter la mémoire d’un homme dont le nom reste mystérieusement absent des manuels scolaires : Mouloud Kacem Naït Belkacem. Organisée par le Haut Conseil islamique en présence du wali Aboubakr Essedik Boucetta, cette rencontre scientifique a tenté de répondre à une question importante : pourquoi un « pilier de la pensée algérienne contemporaine » demeure-t-il si méconnu des nouvelles générations ? La réponse se dessine dans les communications présentées lors des deux séances de travaux. Car Mouloud Kacem Naït Belkacem incarnait une posture intellectuelle devenue rare : celle du pont. Le président du Haut Conseil islamique, Dr. Mabrouk Zaid El Kheir, a d’emblée posé le diagnostic en affirmant que revisiter la pensée du défunt revient à évoquer « une école intégrée qui s’est distinguée par sa capacité exceptionnelle à élaborer un projet éducatif et culturel conciliant l’authenticité de la référence et les impératifs de la modernité ». Une formule qui résume tout le défi algérien : comment être soi sans se fermer au monde, comment avancer sans renier ses racines ?
L’enseignant Mohamed Esseghir Belallam a livré un témoignage personnel éclairant sur le génie de son maître, soulignant qu’il « a su conjuguer ouverture et conservatisme ». Cette alliance paradoxale explique peut-être pourquoi Kacem Naït Belkacem dérange encore. Dans une époque polarisée où chacun campe sur ses positions, son approche nuancée tranche. Les interventions du Dr. Mouloud Aouimer et du Dr. Saïd Bouizri ont précisément exploré cette méthode, analysant « la critique intellectuelle et la modération agissante en tant qu’outils de construction d’une personnalité nationale équilibrée ». Autrement dit : ni rupture brutale avec la tradition, ni crispation identitaire paralysante.
La seconde séance a plongé dans les dimensions pédagogiques de son œuvre, révélant un penseur qui ne se contentait pas de théories abstraites mais proposait une architecture concrète pour l’enseignement. Ses réflexions sur « l’enseignement authentique » et le « discours civilisationnel » visaient à forger des Algériens capables de naviguer entre plusieurs univers culturels sans perdre leur boussole intérieure. Un projet qui résonne étrangement avec les défis actuels de l’école algérienne, tiraillée entre arabisation, ouverture sur les langues étrangères et préservation de tamazight.
Les participants ont conclu que la pensée de Mouloud Kacem Naït Belkacem constitue un « capital éducatif précieux, contribuant au renforcement de la conscience culturelle et à la formation d’une génération fière de son appartenance, capable d’affronter les défis prospectifs avec une vision claire ». Reste que ce capital demeure largement inexploité. D’où les recommandations finales appelant à intégrer cet héritage dans les programmes culturels, éducatifs et de l’enseignement religieux. Un vœu pieux ou une véritable volonté de réhabilitation ? L’avenir le dira, mais une chose est certaine : en célébrant Mouloud Kacem Naït Belkacem, le Haut Conseil islamique envoie un signal symbolique fort. Celui d’une Algérie qui peut enfin accepter la complexité de son identité sans en faire un champ de bataille idéologique. Le défunt penseur l’avait compris : l’authenticité n’est pas dans le repli, mais dans la capacité à dialoguer avec soi-même et avec le monde. Une leçon qui n’a pas pris une ride.
Mohand Seghir

