Face à l’initiative trumpienne de création d’un Conseil de la paix : Guterres défend la primauté du Conseil de sécurité
Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réaffirmé lundi avec force la primauté exclusive du Conseil de sécurité en matière de paix et de sécurité internationales, lors d’un débat public de haut niveau organisé au siège de l’organisation à New York. Une déclaration qui intervient dans un contexte marqué par la multiplication d’initiatives parallèles et la proposition américaine de création d’un Conseil de la paix qui tend à concurrencer directement l’architecture onusienne traditionnelle. « À une époque où les initiatives se multiplient, le Conseil de sécurité des Nations unies reste le seul à disposer du pouvoir conféré par la Charte de l’ONU d’agir au nom de tous les États membres sur les questions de paix et de sécurité », a affirmé le chef de l’organisation mondiale devant l’assemblée réunie sous l’intitulé « Réaffirmer la primauté du droit international : voies pour relancer la paix, la justice et le multilatéralisme ». Antonio Guterres a insisté sur le caractère contraignant et universel des décisions émanant du Conseil de sécurité, seul organe habilité à adopter des résolutions s’imposant juridiquement à l’ensemble des États membres des Nations unies. « Le Conseil de sécurité est le seul à adopter des décisions contraignantes pour tous. Aucun autre organe ou coalition ne peut légalement exiger de tous les États qu’ils se conforment à des décisions liées à la paix et à la sécurité », a-t-il martelé, rappelant ainsi les fondements du droit international tel qu’établi en 1945. Le Secrétaire général a également souligné que seul le Conseil de sécurité peut autoriser le recours à la force en vertu du droit international, comme le prévoit explicitement la Charte des Nations unies, principe cardinal du système de sécurité collective mis en place après le conflit mondial.
Cette intervention intervient alors que les États-Unis ont proposé la création d’un Conseil de la paix, initialement conçu pour superviser la reconstruction de Ghaza, mais désormais envisagé comme une organisation internationale permanente chargée « d’assurer la paix mondiale » selon des règles qui rompent avec la diplomatie traditionnelle et le cadre onusien. Ce projet, qui place Donald Trump à sa présidence avec des pouvoirs quasi illimités, a suscité de vives controverses au sein de la communauté internationale, certains États y voyant une tentative de contourner le multilatéralisme incarné par l’ONU.
Réformer le Conseil de sécurité
Tout en défendant la légitimité unique du Conseil de sécurité, Antonio Guterres n’a pas éludé la nécessité d’une évolution de cette institution. Le chef de l’ONU a estimé qu’une réforme du Conseil de sécurité était devenue essentielle, appelant à agir sans délai pour renforcer la représentativité et l’efficacité de cet organe. Dans sa déclaration, Antonio Guterres a encouragé l’ensemble des États membres à renouveler leur engagement en faveur du droit international, les invitant à être à la hauteur des promesses et des obligations énoncées dans la Charte des Nations unies. Cet appel prend une résonance particulière dans un contexte international troublé, marqué par la multiplication des conflits, l’affaiblissement du multilatéralisme et la tentation de certaines puissances de privilégier des cadres alternatifs jugés plus conformes à leurs intérêts nationaux. La défense par le Secrétaire général du rôle central du Conseil de sécurité constitue ainsi un plaidoyer pour le maintien d’un ordre international fondé sur le droit et les institutions communes, face aux velléités de fragmentation de l’architecture de sécurité mondiale héritée de 1945.
L.S.

