Opec+ : Vers le maintien du gel de la production
Le marché pétrolier traverse une période de turbulences marquée par la remontée spectaculaire des cours et l’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Alors que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés s’apprêtent à se réunir dimanche, les observateurs s’attendent à ce que l’alliancemaintienne sa stratégie de gel de la production pour le mois de mars, dans un contexte où le baril de Brent a franchi la barre symbolique des 70 dollars pour la première fois depuis septembre.
Selon cinq délégués de l’OPEC+ interrogés par l’agence Reuters, les huit membres producteurs du groupe concernés par des réductions volontaires de la production devraient reconduire leur pause sur les augmentations décidées il y a quelques mois lors de leur rencontre prévue dimanche. Cette décision intervient alors que les cours du brut s’envolent sous l’effet conjugué des menaces américaines contre l’Iran et des perturbations de l’approvisionnement au Kazakhstan. Le Brent s’est ainsi hissé jusqu’à près de 72 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis le mois d’août dernier, défiant les prévisions d’un surplus d’offre qui devait normalement peser sur les prix.
Les huit pays concernés par cette réunion, à savoir l’Arabie saoudite, la Russie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, le Koweït, l’Irak, l’Algérie et Oman, avaient initialement prévu d’augmenter leurs quotas de production de quelque 2,9 millions de barils par jour entre avril et décembre 2025, soit environ 3% de la demande mondiale. Toutefois, face à une consommation saisonnièrement plus faible, ils ont décidé de geler ces hausses programmées pour la période de janvier à mars 2026. Trois des cinq délégués consultés ont précisé que la réunion de dimanche ne devrait pas donner lieu à des décisions allant au-delà du mois de mars, soulignant l’approche prudente adoptée par l’Opep+ dans un environnement marqué par une forte volatilité. En parallèle de cette rencontre, le Comité ministériel conjoint de surveillance, organe sans pouvoir décisionnel sur la politique de production, doit également tenir séance ce même jour. L’atmosphère sur les marchés pétroliers s’est considérablement tendue ces derniers jours en raison de l’intensification de la pression exercée par le président américain Donald Trump sur Téhéran. Washington a multiplié les signaux d’alerte concernant le programme nucléaire iranien, n’hésitant pas à brandir la menace d’une action militaire et à déployer un groupe naval dans la région. L’administration Trump a imposé des sanctions économiques massives visant à assécher les revenus pétroliers de l’Iran.
Cette escalade verbale et militaire a eu un impact immédiat sur les cours du brut. En l’espace d’une semaine, le West Texas Intermediate a bondi de plus de 6%, tandis que le Brent a enregistré une hausse supérieure à 7%. Les analystes soulignent que l’Iran, membre de l’OPEC et l’un des dix premiers producteurs mondiaux de pétrole, occupe une position stratégique majeure en tant que pays riverain du détroit d’Ormuz, cet étroit passage maritime par lequel transite environ 20% de la production mondiale de brut. Toute perturbation dans cette zone aurait des répercussions considérables sur l’approvisionnement énergétique mondial. Les tensions géopolitiques ne sont pas le seul facteur de soutien des prix. Le Kazakhstan a également contribué à resserrer l’offre mondiale après avoir subi une série de perturbations dans son secteur pétrolier ces derniers mois. Le pays a annoncé mercredi qu’il procédait au redémarrage progressif du gigantesque gisement de Tengiz, dont l’arrêt avait privé le marché d’importantes quantités de brut. Pour les experts de Commerzbank, ces tensions géopolitiques constituent actuellement la principale préoccupation du marché pétrolier. Néanmoins, l’analyste Barbara Lambrecht estime que dès que ces risques géopolitiques perdront de leur acuité médiatique, les prix devraient naturellement amorcer un reflux, laissant entrevoir une normalisation progressive du marché.
Samira Ghrib

