Soudan : L’ONU met en garde contre de nouvelles atrocités au Kordofan
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme s’est déclaré lundi extrêmement préoccupé par la situation dans la région du Kordofan au Soudan, où des attaques de drones menées par les Forces de soutien rapide ont tué 90 civils et fait 142 blessés en un peu plus de deux semaines, jusqu’au 6 février, selon les documents établis par son bureau. Volker Türk s’est exprimé lors d’une discussion sur le Soudan devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, attirant l’attention de la communauté internationale sur la détérioration de la situation humanitaire dans cette région du centre du pays. Le Haut-Commissaire a affirmé que les atrocités commises par les Forces de soutien rapide lors de la prise d’El-Facher constituent une catastrophe qu’il aurait été possible d’éviter, exprimant la crainte que les mêmes scénarios se répètent dans le Kordofan. Türk a rappelé que son bureau avait tiré la sonnette d’alarme sur le risque d’atrocités de masse commises par les FSR dans la ville assiégée d’El-Facher pendant plus d’un an, documentant à plusieurs reprises des schémas de telles atrocités, notamment lors de l’offensive des FSR pour s’emparer du camp de Zamzam. Il a souligné que la menace était évidente mais que les avertissements de l’ONU ont été ignorés. Le Haut-Commissaire a déclaré que la responsabilité de ces atrocités incombe entièrement aux FSR, à leurs alliés et à ceux qui les soutiennent, tout en affirmant que la communauté internationale doit faire mieux. Il a averti que si la communauté internationale reste les bras croisés, à se lamenter, elle ne peut que s’attendre à pire. Le responsable onusien a indiqué que ces deux dernières semaines, l’armée soudanaise a brisé les sièges de Kadougli et de Dilling, mais que les frappes de drones des FSR se poursuivent, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi les civils dans la région du Kordofan.
Dimanche, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé avoir enregistré plus de 30 morts en une semaine lors de trois attaques contre des centres médicaux dans la région du Kordofan-Sud. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré sur les réseaux sociaux que le système de santé du Soudan est de nouveau attaqué, affirmant que depuis le 3 février, trois centres médicaux ont été ciblés dans le Kordofan-Sud, une région souffrant déjà de malnutrition aiguë. Le conflit qui oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide ravage le Soudan depuis avril 2023. Cette guerre a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, déraciné environ 14 millions de personnes et provoqué ce que l’ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde. Les combats se sont intensifiés dans plusieurs régions du pays, entraînant des déplacements massifs de populations et une détérioration catastrophique de la situation humanitaire.
Sur le plan diplomatique, le Soudan a annoncé lundi qu’il reprendra pleinement ses activités au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, se disant convaincu que la coopération régionale constitue le fondement sur lequel reposent les perspectives de la coopération internationale. Le ministère soudanais des Affaires étrangères a précisé dans un communiqué que cette reprise d’activités fait suite au communiqué publié par l’IGAD, dans lequel le Secrétariat exécutif s’est engagé à se conformer aux cadres fondateurs de l’action régionale commune et au principe de non-ingérence dans les affaires internes des États membres, notamment à travers la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté du Soudan, de l’unité de son territoire et de son peuple, ainsi que de l’intégrité de ses institutions nationales. Le ministère soudanais a souligné que le gouvernement affirme que les questions de la paix et de la sécurité internationales figurent parmi les priorités prises en compte, déployant tous les efforts nécessaires pour leur préservation aux niveaux régional et international. Il a réaffirmé la conviction du Soudan que la coopération régionale constitue la base sur laquelle reposent les perspectives de la coopération internationale.
L’Autorité intergouvernementale pour le développement a salué lundi la décision du Soudan de reprendre pleinement sa participation aux activités de l’organisation, y voyant une confirmation de la solidarité régionale et de l’engagement collectif en faveur de la paix et de la stabilité. Le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu, a affirmé dans un communiqué que le retour actif du Soudan, en tant qu’État membre fondateur, renforce l’unité de l’organisation et accroît sa capacité à faire face aux priorités régionales communes. Il a souligné que cette décision constitue une nouvelle preuve de la solidarité régionale et de l’engagement collectif en faveur de la paix, de la stabilité et de la coopération dans l’ensemble de la région. Le responsable de l’IGAD a réitéré la disponibilité du Secrétariat général à travailler étroitement avec le Soudan afin de parvenir à une solution pacifique aux questions actuelles et d’œuvrer pour un avenir sûr et prospère pour le peuple soudanais et pour toute la région.
L.S.

