Les ingérences étrangères, ferment d’instabilité en Afrique
À l’occasion de la 39e session ordinaire du Sommet de l’Union africaine (UA), le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a livré un message ferme et sans ambiguïté à l’adresse de l’ensemble des dirigeants du continent : les ingérences extérieures constituent l’un des principaux facteurs d’instabilité en Afrique et entravent durablement les processus de paix et de construction démocratique.
Dans une allocution, lue en son nom par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, lors de la séance consacrée à l’examen du rapport du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, Le Prséident Tebboune a délivré un message qui a résonné comme un appel solennel à la souveraineté collective du continent. Au cœur du discours présidentiel, une mise en garde claire : l’Afrique ne pourra résoudre ses crises tant que des acteurs extérieurs continueront de s’immiscer dans ses affaires internes. Le Président Tebboune a appelé sans détour à « faire face aux ingérences extérieures illégitimes, qui comptent parmi les principaux facteurs attisant l’instabilité et entravant les processus de règlement des conflits et de construction démocratique sur le continent ». Une déclaration qui prend tout son poids dans un contexte géopolitique où plusieurs foyers de tension africains — de la Libye au Sahel, en passant par la Corne de l’Afrique — sont exacerbés par des rivalités et des agendas étrangers. Pour le chef de l’État, la réponse à ces défis passe nécessairement par la pleine opérationnalisation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité et, surtout, par la traduction concrète du principe fondateur des « solutions africaines aux problèmes africains ». Un principe souvent invoqué dans les enceintes continentales, mais que le président de la République entend voir passer du stade du slogan à celui de la réalité opérationnelle.
Libye : appel au retrait immédiat des forces étrangères et des mercenaires
C’est sur le dossier libyen que la dénonciation des ingérences étrangères a trouvé son illustration la plus directe. Le président Tebboune a réitéré le soutien de l’Algérie au processus politique inter-libyen ainsi qu’aux efforts conjugués de l’UA et des Nations unies pour rapprocher les parties libyennes. Mais il a surtout martelé que « l’unique issue à la crise réside dans l’organisation d’élections libres et transparentes et le retrait complet et immédiat de toutes les forces étrangères et des mercenaires ». Une exigence qui vise à garantir l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Libye, pays voisin dont la déstabilisation affecte directement la sécurité de toute la région.
Sahel, Soudan, Corne de l’Afrique : une vision globale
Le président de la République a élargi son analyse à l’ensemble des crises qui secouent le continent. S’agissant du Sahel, il a plaidé pour une approche globale et intégrée, articulant sécurité et développement, et s’attaquant aux racines socioéconomiques qui alimentent l’extrémisme violent — une manière implicite de rappeler que les réponses exclusivement militaires, souvent portées par des puissances extérieures, ne sauraient suffire. Sur le Soudan, le président Tebboune a exprimé sa profonde consternation face à la tragédie humanitaire et aux violations sans précédent qui frappent le pays, saluant le rôle central de l’UA dans la recherche d’une issue à la crise. Il a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au lancement d’un dialogue national inter-soudanais « souverain et inclusif », insistant sur ce la souveraineté qui traduit, là encore, le refus de toute tutelle extérieure sur le destin des peuples africains. Dans la Corne de l’Afrique, l’Algérie a souligné la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des États et de privilégier le dialogue constructif dans le cadre des mécanismes de l’UA pour le règlement des différends.
RDC et Sahara occidental : souveraineté et droit des peuples
Le Président Tebboune a également réaffirmé le plein soutien de l’Algérie à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, dans un contexte de résurgence du conflit dans l’est du pays. Sur la question du Sahara occidental, il a renouvelé l’appui de l’Algérie aux efforts onusiens en vue d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité, tout en soulignant l’importance de poursuivre un engagement constructif sous l’égide de l’ONU. Cette prise de parole du président Tebboune à Addis-Abeba confirme la constance de la doctrine algérienne en matière de politique africaine : défense intransigeante de la souveraineté des États, refus des ingérences étrangères, promotion du dialogue et des solutions endogènes. Dans un continent confronté à des « complexités géopolitiques et des pressions sécuritaires accrues », comme le relève le rapport du CPS présenté sous la présidence égyptienne, le message du Président Tebboune est à la fois un avertissement et une feuille de route : l’Afrique ne sera en paix que lorsqu’elle sera véritablement maîtresse de son destin.
Azzedine Belferag

