Opéra d’Alger : Une soirée au rythme du dialogue interculturel
Jeudi soir, l’Opéra d’Alger Boualem Bessaih s’est transformé en écrin de velours pour un concert qui a su marier avec élégance la tradition lyrique européenne et les accents chaleureux du bassin méditerranéen. Sous le titre prometteur «Éclats musicaux», cette soirée a orchestré une rencontre artistique rare entre l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger, dirigé avec brio par le maestro Lotfi Saidi, et la voix enivrante du ténor tunisien Hassan Doss. Dès les premières mesures, le public algérois a été conquis. Hassan Doss, dans toute sa splendeur vocale, a déployé un registre impressionnant qui a fait vibrer les murs centenaires de la salle. Sa voix, à la fois puissante et veloutée, s’est prêtée avec une aisance remarquable aux pages immortelles de Tchaïkovski, Verdi, Mozart, Rossini et Vivaldi. Les mélomanes ont ainsi pu savourer des extraits de «Carmen», du «Barbier de Séville» et de «Rigoletto», interprétés avec une justesse d’expression qui témoigne d’une maîtrise technique aboutie.
Mais la soirée ne s’est pas contentée de revisiter les classiques européens. Dans un geste de générosité artistique, Hassan Doss a également rendu hommage au patrimoine méditerranéen en interprétant «Lmouni Li Ghaïrou Meni» et «Gatoussa Erramad», deux joyaux du répertoire traditionnel qui ont fait écho aux racines partagées entre les deux pays. Les séquences de chant napolitain, ce répertoire vibrant d’émotion et de passion populaire, ont achevé de conquérir une assistance visiblement émue par tant de générosité vocale.
Ce dialogue interculturel s’est enrichi de la participation de jeunes talents algériens prometteurs. La soprano Dina Khiari et le ténor Bilal Sahraoui ont brillamment tenu leur partition, apportant une fraîcheur bienvenue à ce programme ambitieux. Leur prestation a illustré cette belle transmission entre générations et entre écoles, entre expérience tunisienne et renouveau algérien, dans un esprit de partage et d’émulation artistique qui a donné à la soirée une dimension particulièrement émouvante.
À l’issue du concert, Hassan Doss n’a pas caché son émotion de fouler pour la première fois la scène de ce «magnifique édifice» et de rencontrer un public algérien «fin connaisseur de cet art exigeant». «C’est une expérience artistique nouvelle dont je suis très fier, une occasion de partager des moments de joie musicale tout en explorant le patrimoine universel», a-t-il confié, tout en saluant «le niveau exceptionnel» de l’orchestre symphonique algérien.
Le ténor tunisien a également évoqué la master class qu’il vient d’animer auprès des étudiants de l’Institut National Supérieur de Musique et de plusieurs artistes indépendants. Cette session de formation au chant lyrique s’est déroulée dans une atmosphère studieuse et chaleureuse qui lui a permis de «découvrir des voix puissantes et prometteuses». Durant ces journées pédagogiques, il a partagé son expérience en matière de techniques lyriques, de contrôle vocal, de respiration et d’expression artistique, contribuant ainsi à enrichir l’espace académique algérien par un précieux échange d’expertises et un accompagnement dans l’éclosion des talents.
«Éclats musicaux» aura donc été bien plus qu’un simple concert, c’est une véritable célébration de la fraternité artistique maghrébine, où les voix se répondent par-delà les frontières, portées par la langue universelle de la musique et l’ambition commune de faire rayonner l’excellence lyrique en Méditerranée.
Mohand S.

