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Annexion de la Cisjordanie par l’entité sioniste : Albanese tire la sonnette d’alarme

Alors que l’occupation sioniste accélère l’expropriation foncière en Cisjordanie occupée, une onde de résistance internationale se lève : la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese tire la sonnette d’alarme, plus de 80 États condamnent ces mesures illégales, et une initiative citoyenne européenne pour suspendre l’accord UE-Israël franchit ses premiers seuils. La mécanique de l’annexion est à l’œuvre — mais elle ne passe plus inaperçue.

Ce qui se joue en Cisjordanie occupée depuis le 8 février n’est pas une réforme administrative parmi d’autres. Lorsque le Cabinet de sécurité israélien a entériné ce jour-là un ensemble de mesures destinées à faciliter l’enregistrement foncier et l’acquisition de propriétés dans le territoire occupé, il a posé une nouvelle pierre dans l’édifice de ce que les juristes du droit international n’hésitent plus à appeler une annexion progressive et planifiée. Une dépossession organisée, méthodique, que la communauté internationale observe avec une inquiétude croissante mais une impuissance qui, elle aussi, a ses limites.

C’est dans ce contexte que la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a pris la parole mercredi avec une clarté qui tranche avec le langage diplomatique habituel. « Ces mesures ne sont pas de simples ajustements administratifs de routine », a-t-elle déclaré. Ce sont, ajoute-elle, des étapes délibérées et progressives vers une annexion permanente, avancées pièce par pièce, en plein jour et dans une totale impunité. Des mots qui résonnent comme un acte d’accusation, formulé depuis Genève, à l’adresse d’un État qui continue d’agir hors de tout cadre juridique contraignant.

Albanese, la fonctionnaire qui dérange

Francesca Albanese n’est pas une voix isolée dans le système onusien, mais elle est certainement la plus exposée aux pressions politiques. Sa méthode est simple : appliquer le droit international tel qu’il existe, sans égard pour les équilibres diplomatiques qui ont longtemps servi de paravent à l’impunité israélienne. Sur les mesures foncières du 8 février, elle est sans ambiguïté : l’ouverture des registres fonciers aux revendications publiques rend les propriétaires palestiniens de plus en plus vulnérables aux pressions, aux spoliations et aux transferts forcés. Elle rappelle que l’annexion d’un territoire occupé est catégoriquement interdite par le droit international, en vertu de l’article 2(4) de la Charte des Nations unies et de la Quatrième Convention de Genève, et que l’avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de justice a confirmé l’illégalité de la politique de colonisation israélienne, en précisant que tous les États ont l’obligation de s’abstenir de reconnaître ou d’assister cette situation.

Mais c’est précisément cette rigueur juridique qui lui vaut les foudres de certains gouvernements occidentaux. En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a choisi de maintenir sa demande publique de démission de la rapporteuse, réitérée mercredi devant l’Assemblée nationale malgré les critiques convergentes de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme et du Comité de coordination des procédures spéciales de l’ONU. La CNCDH avait pourtant appelé Paris à rectifier publiquement des accusations reposant, selon elle, sur une déformation manifeste des propos d’Albanese. Peine perdue : Barrot a préféré l’attaque frontale, au risque de créer ce que la CNCDH a qualifié de précédent dangereux pour l’indépendance des experts onusiens. Cette posture française, dénoncée comme une ingérence inacceptable dans les mécanismes de protection internationale, illustre à quel point Albanese dérange — et donc, à quel point elle touche juste.

Car ce que la rapporteuse documente depuis des mois, c’est exactement ce que les faits sur le terrain confirment : depuis le 8 octobre 2023 et le lancement de l’agression génocidaire sioniste contre Ghaza, la Cisjordanie a connu une intensification sans précédent des opérations militaires israéliennes. Tueries, arrestations, déplacements forcés, expansion accélérée des colonies — les autorités palestiniennes affirment que ces mesures visent à imposer de nouvelles réalités sur le terrain, rendant toujours plus irréversible ce que le droit international continue formellement d’interdire.

80 États et une Europe citoyenne face au fait accompli

La résistance à cette annexion rampante ne se limite pas aux couloirs genevois du Palais des Nations. Mardi, devant le siège de l’ONU à New York, l’envoyé de la Palestine Riyad Mansour a lu, au nom de plus de 80 États et de plusieurs organisations internationales, une déclaration de condamnation ferme des décisions israéliennes en Cisjordanie. Ces mesures unilatérales, ont-ils affirmé collectivement, sont contraires aux obligations de l’entité sioniste en vertu du droit international et doivent être immédiatement annulées. Le groupe a réaffirmé son opposition à toute forme d’annexion, à tout changement de la composition démographique du territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Al Qods-Est, et à tout ce qui compromettrait la perspective d’un État palestinien viable.

Cette mobilisation diplomatique trouve un écho inattendu dans la société civile européenne. L’initiative citoyenne européenne lancée mi-janvier par l’Alliance de la gauche européenne pour obtenir la suspension de l’accord d’association liant l’Union européenne à Israël vient de franchir les seuils minimums requis dans sept pays : Belgique, Finlande, France, Irlande, Italie, Espagne et Suède. La France arrive en tête avec plus de 200 000 signatures. Pour que cette initiative aboutisse, elle devra réunir un million de signatures valides dans l’ensemble de l’UE d’ici un an — un objectif que ses initiateurs jugent désormais atteignable. L’argument central est juridique : l’accord d’association est conditionné au respect des droits humains, et les violations documentées de l’entité sioniste constituent un manquement grave à cette clause. Ce que des militants réclamaient depuis des années devient une démarche institutionnelle, audible par les institutions européennes.

Lyes Saïdi

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