Culture

Un riche programme culturel déployé : Un Ramadhan en scène

L’Algérie se prépare à vivre un Ramadan bercé non seulement par la ferveur spirituelle, mais aussi par une effervescence culturelle exceptionnelle. Des salles de spectacles aux bibliothèques, des maisons de la culture aux cinémathèques, un programme dense et varié s’annonce à travers plusieurs wilayas.

Concerts de musique andalouse, soirées de madih et d’inchad, expositions d’arts plastiques, forums littéraires, projections de films patrimoniaux et activités dédiées aux enfants : le mois de jeûne devient aussi un mois de rencontres artistiques et de célébration du patrimoine vivant. Pensé comme un véritable parcours culturel national, ce programme officiel entend accompagner les soirées ramadanesques en offrant aux familles, aux jeunes et aux passionnés d’art des espaces de partage et d’émotion. À Alger, l’Opéra, le Palais de la culture Moufdi Zakaria et la Cinémathèque se transforment en pôles majeurs d’animation. En parallèle, les directions de la culture en région déclinent une programmation de proximité, ancrée dans les traditions locales, où le chant religieux côtoie le théâtre, les concours et les ateliers créatifs.

Des soirées musicales entre madih, malouf et patrimoine populaire

Ramadan reste en Algérie une saison privilégiée pour les musiques de l’âme. Le Palais de la culture Moufdi Zakaria propose ainsi une série de soirées où se mêlent le spirituel et le festif. Dès le 19 février, un concert de madih avec Nouar Youssef ouvre le bal, suivi de soirées de chant religieux, de musique hawzi et de répertoires populaires. Hamid Taleb Bendiab, Dounia El Djazaïria ou encore Leïla Borsali figurent parmi les artistes attendus, offrant au public un voyage musical à travers les styles qui façonnent l’identité algérienne.

L’Opéra d’Alger s’inscrit également dans cette dynamique en accueillant des soirées d’envergure. Le public pourra notamment retrouver Marcel Khalifé lors de deux soirées arabes exceptionnelles, ainsi que des concerts de malouf avec Kamel Bennani et Salim Fergani. D’autres rendez-vous mêleront variété moderne et musique andalouse, confirmant la volonté d’ouvrir Ramadan à toutes les sensibilités artistiques.

Dans les wilayas, la même ferveur s’exprime : à Blida, une soirée populaire avec Nadjib Bounour est annoncée, tandis que d’autres communes organisent des concerts de madih et d’inchad, renforçant le lien entre spiritualité et patrimoine musical.

Expositions, littérature et activités pour transmettre la culture

Au-delà des scènes musicales, Ramadhan se vit aussi dans les espaces d’exposition et de savoir. Le Palais de la culture Moufdi Zakaria abrite, tout au long du mois, une exposition d’arts plastiques intitulée « Asmaa Allah al-Housna » de l’artiste Koussa Ali, ainsi qu’un salon collectif dédié à l’artisanat traditionnel et aux objets décoratifs. Ces initiatives mettent en lumière la richesse du geste artistique et la transmission des savoir-faire.

Dans plusieurs maisons de la culture, des forums du livre et des rencontres littéraires sont programmés, à l’image de la manifestation « Forum du livre » qui prévoit l’accueil de figures littéraires locales. Les bibliothèques jouent un rôle central, en proposant concours de récitation, ateliers de lecture, séances de contes et activités éducatives pour enfants. À Tissemsilt, par exemple, une « soirée ramadanesque avec le hakawati » figure parmi les moments forts, mêlant oralité, humour et mémoire populaire.

Les jeunes publics ne sont pas oubliés : ateliers de calligraphie, quiz religieux, défis de lecture, concours du « petit muezzin » ou encore activités manuelles comme « Fanous Ramadan » traduisent l’ambition de faire de ce mois un temps d’apprentissage et de créativité.

Cinéma, théâtre et scènes régionales

Le programme ramadanesque s’étend également aux arts de la scène et au cinéma. La Cinémathèque d’Alger propose une programmation patrimoniale riche, avec des projections de films emblématiques tels que Zabana, Héliopolis, Fatma N’Soumer, ou encore Octobre à Paris. Un cycle qui permet de revisiter l’histoire nationale et les grandes œuvres du cinéma algérien et arabe. Le théâtre occupe aussi une place notable dans plusieurs régions. À Bouira, la salle de cinéma d’Amoukdala accueille la deuxième édition des Journées du monologue, tandis que des spectacles humoristiques et des pièces destinées aux enfants ponctuent les soirées. À Adrar, des représentations pour adultes, des expositions artisanales et des soirées de poésie féminine illustrent la diversité des propositions.

Le Théâtre national algérien, entre grandes scènes et fidélité au public

Parmi les institutions culturelles les plus attendues durant ce Ramadan, le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachta-Rézi occupe une place centrale. Fidèle à sa tradition d’accompagner les soirées ramadanesques par une programmation exigeante, le TNA propose cette année encore une série de rendez-vous où se croisent théâtre, musique populaire et célébration du patrimoine artistique national.

Le public algérois pourra notamment découvrir ou redécouvrir des productions scéniques destinées aux adultes, à l’image de la pièce « Djanazet Ayoub » (Funérailles d’Ayoub), signée Ahmed Rezzak, présentée dès la fin février. Une œuvre dramatique qui s’inscrit dans la continuité du théâtre engagé algérien, en abordant, à travers une mise en scène contemporaine, des thématiques humaines et sociales fortes. Dans le même esprit, la pièce «Ghodwa ya men’âach», adaptée d’un texte de Fernando Arrabal et mise en scène par Barkati Brahim, vient enrichir cette saison ramadanesque en proposant une réflexion scénique où l’absurde et la poésie se rencontrent.

Mais le Théâtre national ne se limite pas à la dramaturgie. Il reste aussi un espace privilégié pour la musique populaire et les soirées artistiques. Plusieurs concerts viendront ponctuer le mois sacré, avec des artistes appréciés du public comme Abbas Righi, Leïla Borsali, Karim Bouras ou encore Manal Gharbi.

Partout, la culture devient ainsi un prolongement naturel des soirées ramadanesques : après la rupture du jeûne, les familles se retrouvent dans les salles, les bibliothèques ou les places publiques pour écouter, regarder, apprendre et célébrer ensemble.

À travers cette programmation foisonnante, Ramadan 2026 s’annonce comme un mois où la spiritualité se conjugue à la création. Entre concerts de madih, soirées andalouses, cinéma engagé, théâtre régional et initiatives pour enfants, un calendrier culturel se déploie à la hauteur de notre héritage.

Mohand Seghir

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