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Soudan : Mille jours d’une guerre qui dévore un pays et ses habitants

Mille jours. C’est le cap sinistre que le Soudan a franchi il y a un peu plus d’un mois, sans que la communauté internationale n’ait réussi à mettre fin à une guerre qui a presque détruit le troisième plus grand pays d’Afrique. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, jeudi, les responsables onusiens ont dressé un tableau accablant d’un conflit qui s’étend, s’intensifie et broie des millions de vies civiles dans une impunité quasi totale. Pendant ce temps, Washington a annoncé des sanctions contre trois commandants des Forces de soutien rapide, accusés d’avoir supervisé des massacres de masse lors de la prise d’El-Fasher, au Darfour. C’est Rosemary DiCarlo, chef des affaires politiques de l’ONU, qui a ouvert les débats en termes sans ambiguïté. Elle a décrit ces mille jours comme marqués par une « violence effroyable, des souffrances inimaginables et une impunité totale pour les auteurs d’une longue liste d’atrocités et de crimes de guerre ». Sur le terrain, les combats ne montrent aucun signe d’apaisement. Les lignes de front fluctuent dans les États du Darfour Nord, du Kordofan Nord, du Kordofan Sud et du Nil Bleu. Les forces armées soudanaises ont annoncé avoir brisé les sièges imposés par les FSR sur les villes de Kadugli et de Dilling, dans le Kordofan du Sud, mais El Obeid, au Kordofan du Nord, reste encerclée sur trois côtés par les forces paramilitaires. Plus préoccupant encore, les FSR ont ouvert un nouveau front dans l’État du Nil Bleu, tandis que les deux belligérants ont recours de manière croissante aux drones à longue portée et aux frappes aériennes, qui sont devenus, selon DiCarlo, « une caractéristique déterminante du conflit ». Les conséquences pour les populations civiles et les infrastructures sont catastrophiques, et aucune région du Soudan n’est désormais à l’abri. La responsable onusienne a également tiré la sonnette d’alarme quant au risque de débordement régional, évoquant des mouvements signalés de groupes armés à travers la frontière avec le Soudan du Sud.

La directrice de la division des opérations de l’OCHA, Edem Wosornu, a pour sa part décrit une crise humanitaire qui se détériore à une vitesse alarmante. Plus d’un million de personnes sont déplacées dans la seule région du Kordofan. Plus de 12 millions de femmes et de filles se trouvent confrontées à ce qu’elle a qualifié de « crise dans la crise », la demande de services vitaux ayant bondi de 350 % depuis le début du conflit. Au total, 4,2 millions d’enfants et de femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë, dans un pays où le système de santé est en lambeaux. Le prix humain payé par ceux qui tentent malgré tout de venir en aide aux populations est lui aussi vertigineux : 130 travailleurs humanitaires, presque tous Soudanais, ont été tués depuis le début des hostilités.

C’est dans ce contexte que Washington a choisi de frapper, jeudi, en annonçant des sanctions ciblées contre trois commandants des FSR directement impliqués dans les atrocités commises lors de la prise d’El-Fasher, fin octobre dernier. Le général Elfateh Abdullah Idris Adam et les commandants Gedo Hamdan Ahmed Mohamed et Tijani Ibrahim Moussa Mohamed sont désormais visés par un gel de leurs avoirs aux États-Unis et une interdiction de tout contact commercial avec des personnes ou entreprises américaines. Selon le département du Trésor, le général Idris s’est filmé lui-même en train de tuer des civils désarmés, se vantant publiquement d’en avoir massacré des milliers. Les deux autres commandants sont accusés d’avoir participé directement et indirectement au meurtre de milliers de personnes, ainsi qu’à des enlèvements, des actes de torture et des violences sexuelles. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a été catégorique : les États-Unis ne « toléreront pas cette campagne de terreur et de massacres insensés au Soudan ». Ces sanctions font suite à des décisions similaires prises en décembre et janvier par le Royaume-Uni puis l’Union européenne, ciblant les mêmes responsables militaires.

L.S.

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