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Nucléaire iranien : Un nouveau round de négociations prévu en mars

À mi-chemin entre la menace militaire et la table des négociations, le dossier nucléaire iranien traverse l’une de ses semaines les plus denses depuis des mois. Tandis que Washington et Téhéran s’accordent à reconnaître des divergences persistantes sur les modalités d’un futur accord, de nouvelles négociations sont prévues début mars, et la possibilité d’un accord provisoire n’est pas écartée. En arrière-plan, les tensions diplomatiques entre l’Iran et l’Union européenne franchissent un nouveau palier, avec une escalade aux conséquences encore imprévisibles. Le tableau d’ensemble est celui d’une diplomatie en mouvement, mais au pas mesuré. Dimanche, un haut responsable iranien a confirmé à l’agence Reuters que les pourparlers indirects entre Téhéran et Washington se poursuivaient, tout en reconnaissant des points de vue divergents sur deux questions centrales : la portée de la levée des sanctions américaines contre l’Iran, et les mécanismes concrets d’une limitation du programme nucléaire iranien en contrepartie. Malgré ces désaccords, ce même responsable a maintenu que « la possibilité de parvenir à un accord provisoire existe », et que de nouvelles discussions étaient prévues début mars.

Cette fenêtre diplomatique est également confirmée du côté iranien au plus haut niveau. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a indiqué vendredi, dans une interview à la chaîne américaine MSNBC, que Téhéran serait en mesure de soumettre un projet d’accord à la délégation américaine dans les deux à trois jours. Le lendemain, il s’entretenait pour la deuxième fois de la semaine avec le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi. Les deux hommes ont insisté sur l’importance d’un « engagement constructif et du recours au dialogue » pour aboutir à un accord durable. Grossi, qui avait qualifié les négociations de Genève de « positives », a réaffirmé la disponibilité de l’AIEA à accompagner l’élaboration du cadre de négociation. Sur le fond, Téhéran se dit prêt à envisager plusieurs scénarios : le transfert d’une partie de ses stocks d’uranium hautement enrichi vers un pays tiers, la dilution de leur pureté, ou encore la création d’un consortium régional d’enrichissement. En échange, l’Iran réclame la reconnaissance formelle de son droit à l’enrichissement nucléaire à des fins pacifiques, une ligne rouge que Téhéran n’entend pas franchir. Washington, de son côté, a longtemps exigé un abandon total de l’enrichissement, mais des signaux récents suggèrent qu’une formule intermédiaire, intégrant un enrichissement qualifié de « symbolique » hors du territoire iranien, pourrait être examinée, à condition qu’elle soit assortie de garanties absolues contre toute acquisition de l’arme nucléaire.

À Washington, des voix discordantes

La partie américaine, elle, est loin d’être monolithique. L’émissaire Steve Witkoff, qui mène les négociations pour la Maison Blanche, a reconnu sur Fox News que convaincre Téhéran restait « difficile ». Il a également révélé que Donald Trump se disait surpris par le refus iranien de « se rendre » malgré la pression exercée et la présence militaire navale américaine dans la région, et a par ailleurs indiqué avoir rencontré Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah d’Iran, sur instruction présidentielle, précisant néanmoins que la politique conduite restait celle de Trump. Selon le site Axios, le président américain n’aurait pas encore tranché sur l’éventualité de frappes contre l’Iran. Dans son entourage, certains conseillers lui recommanderaient de temporiser et de continuer à utiliser la menace militaire comme levier diplomatique. D’autres, comme le sénateur républicain Lindsey Graham, exhortent au contraire Trump à ne pas se laisser freiner par ces voix prudentes.

Pendant que les négociations irano-américaines cherchent leur équilibre, un nouveau front s’est ouvert avec l’Union européenne. En réponse à la décision des États membres de l’UE de classer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique comme organisation terroriste — une décision approuvée début janvier par les ministres des Affaires étrangères européens —, Téhéran a annoncé samedi une mesure de réciprocité : les forces navales et aériennes de tous les États membres de l’UE sont désormais officiellement classées comme organisations terroristes par l’Iran. Le ministère iranien des Affaires étrangères a justifié cette décision en s’appuyant sur une loi nationale de 2019, en dénonçant ce qu’il qualifie de « violation flagrante des principes du droit international » par les gouvernements européens. Cette escalade symétrique, si elle reste pour l’heure essentiellement symbolique, complique davantage le contexte diplomatique général et illustre la fragilité des équilibres dans lesquels s’inscrivent les négociations en cours.

L.S.

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