Sécurité alimentaire et changement climatique : La CNMA lance un bouclier assurantiel pour la céréaliculture
La Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) a finalisé un nouveau dispositif d’assurance agricole spécifiquement conçu pour couvrir les risques climatiques majeurs, à commencer par la sécheresse, fléau récurrent qui menace chaque année des millions d’hectares de terres céréalières à travers le pays. Ce mécanisme, dont les contours ont été arrêtés début 2026, ciblera en priorité la filière céréalière, érigée en priorité nationale dans la bataille que mène l’Algérie pour réduire sa dépendance aux importations de blé et garantir sa sécurité alimentaire. L’enjeu est considérable. L’Algérie figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de céréales, avec une facture qui pèse lourdement sur la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux et pousse les pouvoir publics à déployer un important programme de développement de la céréaliculture avec un objectif de production annuel de 9 millions de tonnes afin de garantir l’autosuffisance, notamment en blé dur. Parallèlement, le changement climatique accentue la vulnérabilité d’une agriculture largement tributaire de la pluviométrie : les épisodes de sécheresse se multiplient, les rendements deviennent erratiques et les agriculteurs, privés de filet de sécurité financier, hésitent à investir dans une filière perçue comme trop risquée. C’est précisément cette équation que le nouveau produit assurantiel entend résoudre. « Ce dispositif entre dans le cadre des orientations stratégiques du secteur agricole national et vise à créer un système intégré pour accompagner l’agriculteur, en assurant les risques majeurs liés aux changements climatiques, en particulier le déficit pluviométrique à l’origine de la sécheresse », a expliqué Cherif Benhabiles, directeur général de la CNMA, dans une déclaration à l’APS. « Ses principaux éléments ont été finalisés au début de l’année 2026 », a-t-il précisé. Le responsable a souligné que ce produit, « longtemps attendu », sera destiné « dans sa première phase, à assurer la filière céréalière dans toutes ses variétés, étant considérée comme une priorité nationale dans le cadre de la préservation de la sécurité alimentaire ». Reste cependant une étape cruciale : le cadre réglementaire. Cherif Benhabiles a assuré « la totale disponibilité de la CNMA à accompagner la mise en œuvre de ce mécanisme dès la finalisation du processus réglementaire mené par les autorités compétentes, notamment le ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche et celui des Finances, ce qui permettra de lancer cet important produit et offrir à l’agriculteur algérien la tranquillité nécessaire pour faire face aux aléas naturels et assurer la pérennité de la production agricole ». Dans un pays où la culture assurantielle demeure faible en milieu rural, le défi ne se limite pas à concevoir un produit : il faut convaincre les céréaliculteurs d’y adhérer massivement. La CNMA affirme poursuivre ses efforts pour élargir l’adhésion des agriculteurs, généraliser la culture assurantielle et adapter ses offres à la nature des risques actuels, tout en renforçant l’accompagnement de terrain. L’accélération du rythme des indemnisations constitue un autre levier de confiance. En 2025, la CNMA a versé plus de 8,1 milliards de dinars d’indemnités, selon son directeur général, qui a souligné que « la réduction des délais de remboursement dans les différentes branches d’assurance a permis aux assurés de rétablir rapidement leur équilibre financier et productif ». La caisse affiche d’ailleurs des résultats en nette progression, avec un chiffre d’affaires en hausse de plus de 12 % par rapport à 2024, porté par « l’accélération de la transformation digitale et la modernisation des services afin de garantir la transparence et la fluidité des transactions », selon Cherif Benhabiles. Pour 2026, au-delà de l’assurance céréalière, la CNMA prépare le lancement d’un package de micro-assurance proposant des solutions innovantes à faible coût, destinées aux petits agriculteurs, aux startups agricoles et aux porteurs de micro-projets. Une offre qui, si elle tient ses promesses, pourrait contribuer à sécuriser l’ensemble de la chaîne de production agricole algérienne face à un dérèglement climatique dont les effets, dans un pays semi-aride, ne font que s’aggraver.
Sabrina Aziouez

