55 après la nationalisation des hydrocarbures, la diversification prend forme : Le nouveau front de la souveraineté
Cinquante-cinq ans après la nationalisation des hydrocarbures décidée par le président Houari Boumediene le 24 février 1971, l’Algérie ouvre un nouveau chapitre de sa souveraineté économique : celui de la valorisation industrielle de ses ressources énergétiques et minières, portée par un programme d’investissement de 60 milliards de dollars sur la période 2025-2029, qui ambitionne de transformer le pays en puissance industrielle émergente et de rompre définitivement avec le cycle de la dépendance.
Le 24 février 1971, l’Algérie posait l’acte fondateur de son indépendance économique. Ce jour-là, le pays récupérait 51 % des intérêts des sociétés pétrolières françaises concessionnaires opérant dans le sud algérien, ainsi que la totalité des champs gaziers en exploitation. La décision, annoncée par le défunt président Houari Boumediene, parachevait un processus enclenché dès le lendemain de l’indépendance politique de 1962 : reprendre le contrôle total des richesses nationales pour les mettre au service du développement du pays. La philosophie était limpide, et elle portait en germe un rêve immense — celui d’un cercle vertueux où la souveraineté sur les ressources du sous-sol, pétrolières et gazières d’abord, servirait de levier pour bâtir une économie autonome, diversifiée et affranchie de toute tutelle extérieure.
C’est dans ce sillage que fut créée, dès le 31 décembre 1963, la Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures, Sonatrach, devenue depuis l’outil central de la politique énergétique du pays. Au fil des décennies, l’Algérie a réussi à bâtir une industrie pétrolière et gazière parmi les plus développées au monde, devenant un fournisseur fiable et sûr à l’échelle internationale » tout en répondant aux besoins nationaux croissants. Le pays est parvenu à satisfaire la quasi-totalité de ses besoins énergétiques — carburants, gaz, électricité — et à atteindre l’autosuffisance en dérivés pétroliers.
Mais si la nationalisation de 1971 a gagné la bataille de la souveraineté énergétique, le défi qui se pose aujourd’hui est d’une autre nature. Il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter la matière brute, mais de la transformer sur le sol national, d’en capter la valeur ajoutée et d’enclencher enfin le cycle vertueux rêvé il y a plus d’un demi-siècle : passer de l’indépendance politique à l’indépendance économique réelle. C’est précisément ce nouveau front de la souveraineté que l’Algérie entend désormais ouvrir.
Le 55e anniversaire de la nationalisation intervient, ainsi, dans un contexte particulier, marqué notamment par la détermination de l’État à poursuivre la réalisation de grands projets structurants de valorisation des ressources du pays, traduisant l’ambition grandissante d’édifier une économie diversifiée et émergente. Ces projets s’inscrivent dans la dynamique économique impulsée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à valoriser les ressources locales et à renforcer la position de l’Algérie sur les marchés internationaux et régionaux.
Passer de l’extraction à la valorisation en aval
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sonatrach a tracé un programme d’investissement colossal de l’ordre de 60 milliards de dollars pour la période 2025-2029. L’enjeu central de ce plan est clairement identifié : faire passer le taux de transformation des hydrocarbures en produits à forte valeur ajoutée de 32 % actuellement à 50 % à l’horizon 2029. C’est là que réside le changement de paradigme. Il ne s’agit plus de vendre du brut, mais de produire du polypropylène, du MTBE (méthyl tert-butyl éther), de l’essence par vapocraquage du naphta, du gasoil et du bitume par craquage du fuel, de l’éthylène et du Linéaire Alkyl Benzène (LAB). La raffinerie de Hassi Messaoud, l’unité de vapocraquage d’Arzew — qui devra produire 1,2 million de tonnes supplémentaires d’essence —, l’unité de craquage de Skikda, le complexe LAB d’Arzew et le complexe d’éthylène de Skikda constituent les piliers industriels de cette ambition.
La diversification par les projets miniers industriels intégrés
Mais le nouveau front de la souveraineté ne se limite pas aux hydrocarbures. Le lancement de grands projets miniers vient compléter le dispositif et ouvrir un second cercle vertueux, celui de la valorisation des ressources du sous-sol non énergétiques. L’exploitation de la mine de fer de Gara Djebilet et le projet intégré de phosphate dans les wilayas de Tébessa et de Souk Ahras — qui doit permettre à l’Algérie de devenir l’un des plus grands exportateurs d’engrais» au monde — traduisent cette volonté de sortir du cycle de la dépendance aux seuls revenus pétroliers et gaziers. Ces mégaprojets miniers viennent appuyer cette ambition affichée de consacrer la souveraineté nationale dans divers secteurs stratégiques afin de hisser l’économie nationale au rang des pays émergents.
L’attractivité du secteur énergétique algérien continue par ailleurs de susciter l’intérêt des grands groupes internationaux, comme en témoignent les nombreux contrats de partenariat signés ces dernières années, illustrant la confiance renouvelée dans le potentiel algérien.
Cinquante-cinq ans après l’acte historique de Boumediene, l’Algérie est ainsi en train de concrétiser la promesse originelle de la nationalisation. Le rêve d’alors — transformer la souveraineté sur les ressources en souveraineté économique et industrielle globale — prend aujourd’hui une forme tangible à travers des mégaprojets en phase de réalisation. Le cercle vertueux se met en branle : de l’extraction à la transformation, du pétrole au phosphate, de la matière première au produit fini. C’est un nouveau chapitre qui s’écrit, celui d’une Algérie qui ne se contente plus d’être un réservoir de matières premières, mais qui ambitionne de devenir une puissance industrielle à part entière.
Melissa Roumadi Belferag

