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Takdjout annonce que la réunion se tiendra dans les prochains jours : La tripartite de retour

Dix ans d’absence. C’est le vide que le retour annoncé de la tripartite — ce cadre de concertation réunissant le gouvernement, la centrale syndicale et le patronat — est appelé à combler. Amar Takdjout, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), a levé le voile sur cette réunion imminente lundi, en marge du Forum du quotidien El Moudjahid, à la veille du double anniversaire de la création de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures. L’annonce, sobre dans la forme, est lourde de sens sur le fond : après une décennie d’absence, le dialogue social institutionnalisé entre les trois grandes forces économiques du pays reprend ses droits.

Takdjout a précisé dans une déclaration à plusieurs de nos confgrères, que cette réunion, initialement prévue la semaine dernière avant d’être reportée, se tiendra dans les tout prochains jours. Elle rassemblera des membres du gouvernement, la direction de l’UGTA et les représentants du patronat autour d’un ordre du jour volontairement large. Parmi les dossiers prioritaires figurent le renforcement du dialogue social, l’élaboration d’une approche globale de l’emploi et du développement économique « fondée sur le partenariat et la complémentarité », ainsi que l’ensemble des questions liées aux droits et obligations des travailleurs et à la relance économique. Le secrétaire général a toutefois tenu à cadrer les attentes : cette première rencontre aura avant tout vocation à établir les règles du jeu. Il s’agira de « définir la nature de la réunion dans sa forme », de trancher notamment sur la question de savoir si la tripartite sera pérenne et périodique, ou si elle fonctionnera de manière conjoncturelle, convoquée « chaque fois que la nécessité l’exige ou en fonction des dossiers soumis ». Une réunion pour organiser les réunions, en somme, mais dont la portée symbolique dépasse largement cet aspect procédural.

Car c’est sur le fond que Takdjout a livré ses déclarations les plus significatives, et les plus personnelles. Le dossier de l’exécution des décisions de justice en faveur des travailleurs sera, a-t-il annoncé, l’un des axes centraux qu’il portera devant les employeurs des secteurs public et privé. Il entend les contraindre à « se conformer aux jugements et décisions de justice rendus en faveur des travailleurs », des décisions qui se chiffrent, selon lui, en dizaines de cas non appliqués dans différents secteurs. Ce contentieux récurrent constitue, pour le responsable syndical, une ligne rouge dont le franchissement répété mine la crédibilité de l’ensemble du dispositif de protection sociale.

Takdjout n’a pas dissimulé l’amertume que lui inspire cette situation. Dans une formule d’une franchise inhabituelle pour un responsable de son rang, il a confié : « Ce dossier me fait honte et pèse sur mes épaules, et il sera l’une des principales raisons de mon départ à la tête de la centrale syndicale, si les circonstances m’y contraignent. » Il est allé plus loin, reconnaissant publiquement ses propres limites institutionnelles : « Je ne suis pas celui qui applique les décisions de justice. Mon rôle au sein de l’Union est de transmettre les problèmes et préoccupations des travailleurs aux décideurs et aux responsables… mais la situation me dépasse, et c’est ce qui me révolte. »

Dans un registre plus institutionnel, Takdjout a également dressé un bilan des acquis socioéconomiques récents, qu’il présente comme le fruit d’un dialogue social constant. Il a salué les augmentations des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage, ainsi que les grands chantiers d’infrastructures, miniers et industriels engagés ces dernières années, y voyant « une orientation claire vers le renforcement de la croissance nationale et le soutien du pouvoir d’achat des citoyens ». Ces avancées, a-t-il souligné, doivent être consolidées et préservées, ce qui suppose précisément que les partenaires sociaux se retrouvent autour d’une table.

Le dialogue social, a-t-il rappelé en cette veille d’anniversaire, est pour l’UGTA « la pierre angulaire pour assurer l’équilibre et la stabilité », une « approche constante visant à rapprocher les vues et à proposer des solutions consensuelles entre les différents partenaires, à même de garantir la protection des intérêts des travailleurs et de soutenir le processus du développement national ». Fondée il y a soixante-dix ans, le 24 février 1956, l’UGTA a traversé toutes les mutations du pays.

Hocine Fadheli

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