Catastrophe annoncée pour Ghaza : L’entité sioniste menace 37 ONG humanitaires d’expulsion
Human Rights Watch dénonce une politisation de l’aide humanitaire visant à affamer davantage une population déjà exsangue.
Trente-sept organisations humanitaires internationales sont menacées d’expulsion de Ghaza et de Cisjordanie à partir du 1er mars, après avoir refusé de se soumettre aux nouvelles exigences d’enregistrement imposées par l’occupation. Dix-sept d’entre elles ont saisi ce mardi la Cour suprême israélienne pour bloquer cette décision qui risque de priver des millions de Palestiniens d’une aide vitale, dans un contexte de catastrophe humanitaire sans précédent. Human Rights Watch dénonce une politisation de l’aide humanitaire visant à affamer davantage une population déjà exsangue. L’offensive contre les organisations humanitaires s’appuie sur la Résolution gouvernementale 2542, adoptée en décembre 2024, qui oblige toutes les organisations internationales assistant les Palestiniens à s’enregistrer des autorités d’occupation. Le 30 décembre dernier, Tel-Aviv a notifié à 37 organisations, dont Médecins Sans Frontières, Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés et Save the Children, que leurs licences d’opération ne seraient renouvelées qu’à condition de fournir la liste nominative de leurs employés palestiniens et leurs données biographiques. Face à ce chantage, seules 27 organisations ont accepté de se plier à ces exigences, tandis que les autres refusent catégoriquement de compromettre les principes humanitaires fondamentaux. Dans leur recours judiciaire déposé le 22 février, elles affirment que ces nouvelles règles violent le droit international humanitaire et constituent une arme supplémentaire dans la stratégie d’étouffement du peuple palestinien.
Les organisations humanitaires justifient leur refus par le respect des principes cardinaux de neutralité et d’indépendance. « Nous ne transférerons pas de données personnelles sensibles à un État partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données », a martelé un porte-parole d’Oxfam en janvier dernier. En mai 2025, 55 organisations avaient déjà dénoncé ces nouvelles règles qui subordonnent l’enregistrement des ONG à « un alignement politique et idéologique, ce qui compromet la neutralité, l’impartialité et l’indépendance des acteurs humanitaires ». Michelle Randhawa, de Human Rights Watch, a dénoncé sans détour la manœuvre israélienne, affirmant que « la politisation par Israël des exigences d’enregistrement pour les organisations humanitaires entrave leurs activités vitales, alors même que les autorités israéliennes continuent d’imposer à Ghaza un blocus illégal et aux effets désastreux ». Elle a exhorté l’occupation à « annuler les exigences d’enregistrement et cesser d’interférer avec les organisations qui tentent de répondre aux crises humanitaires dévastatrices qu’elle a créées à Ghaza et en Cisjordanie ».
Les conséquences de cette expulsion massive seraient catastrophiques pour la population palestinienne. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, si ces organisations cessaient leurs activités, un établissement de santé sur trois devrait immédiatement fermer ses portes, privant 20.000 patients de soins spécialisés mensuels. Les maladies d’origine hydrique s’aggraveraient et la détection ainsi que le traitement de la malnutrition connaîtraient des lacunes immédiates et graves. Ces organisations gèrent actuellement 60% des hôpitaux de campagne à Ghaza, tous les centres de stabilisation pour enfants souffrant de malnutrition sévère, et fournissent 42% de tous les services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène. Le gouvernement de l’occupation ne s’est engagé sur aucune mesure pour combler le déficit d’aide qui résulterait de leur départ.
Une situation humanitaire alarmante
Cette offensive intervient alors que la situation humanitaire à Ghaza atteint des niveaux apocalyptiques. Selon le Centre satellitaire des Nations Unies, 81% de toutes les structures de l’enclave ont été endommagées à la mi-octobre 2025. Les 36 hôpitaux et la majorité des centres de soins primaires ont été détruits ou endommagés, tandis que 97% des écoles ont subi le même sort. L’organisme mondial Integrated Food Security Phase Classification a établi qu’entre la mi-octobre et fin novembre, environ 1,6 million de personnes à Ghaza, soit 77% de la population, étaient confrontées à une famine de niveau critique ou pire. Malgré le cessez-le-feu conclu en octobre 2025, l’occupation maintient son blocus meurtrier, rejetant systématiquement les demandes d’entrée de matériel de secours. En novembre 2025, le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, révélait que les autorités israéliennes avaient rejeté 107 demandes d’entrée de matériel de secours, prétextant qu’il s’agissait d’articles à « double usage ». Fin octobre 2025, le Conseil norvégien pour les réfugiés dénonçait le blocage de près de 50 millions de dollars de biens essentiels, notamment denrées alimentaires, fournitures médicales et matériaux d’abri, stockés aux points de passage et dans des entrepôts.
L’expulsion des organisations humanitaires s’inscrit dans la continuité d’une guerre totale menée contre toute forme d’assistance au peuple palestinien. Depuis octobre 2023, 543 travailleurs humanitaires ont été tués lors d’attaques israéliennes à Ghaza, auxquels s’ajoutent 255 journalistes, 1.700 secouristes et 967 membres du personnel éducatif. En mai 2024, Human Rights Watch avait établi que les forces israéliennes avaient délibérément attaqué huit sites d’aide humanitaire dont les coordonnées exactes avaient pourtant été communiquées aux autorités. Cette nouvelle offensive fait suite à l’interdiction de l’UNRWA, dont la Cour internationale de justice a pourtant confirmé en octobre 2025 l’impartialité, concluant que les allégations israéliennes étaient sans fondement et que l’obstruction de ses activités violait le droit international. En Cisjordanie, l’occupation poursuit parallèlement son entreprise de colonisation, ayant expulsé de force 32.000 personnes de trois camps de réfugiés en janvier et février 2025, un crime de guerre et crime contre l’humanité selon le droit international. Michelle Randhawa a conclu que faire de la distribution de l’aide humanitaire un instrument de contrôle politique s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à affaiblir la société civile palestinienne et à réduire la présence internationale dans le territoire occupé.
Lyes Saïdi

