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Semences et plants : L’Algérie veut briser sa dépendance aux importations

L’Algérie entend produire localement ses semences et ses plants afin de réduire une facture d’importation qui pèse sur ses équilibres extérieurs.

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a annoncé jeudi depuis Blida qu’un « programme ambitieux » avait été élaboré pour « réduire progressivement l’importation des semences et des plants, notamment concernant les cultures maraîchères ». L’enjeu est stratégique. Tant qu’un pays reste tributaire de fournisseurs étrangers pour le premier maillon de la chaîne agricole — la semence —, il s’expose à la volatilité des prix mondiaux, aux ruptures d’approvisionnement et aux pressions géopolitiques. Pour un État comme l’Algérie, reconquérir la maîtrise de son matériel végétal revient à sécuriser l’ensemble de sa production vivrière. Le ministre a d’ailleurs inscrit cette orientation dans le cadre plus large de « la sécurité alimentaire du pays », érigée en priorité gouvernementale dans un contexte international marqué par l’instabilité des marchés céréaliers et la montée des tensions commerciales.

Concrètement, le ministère mise sur l’intégration des technologies modernes dans la production locale de semences et de plants, avec l’ambition de passer, à moyen terme, d’une logique de substitution des importations à une logique exportatrice. Yacine El-Mahdi Oualid a fait état de « préparatifs pour la création d’un pôle de production de semences entre les wilayas de Ghardaïa et d’El-Menia », deux régions sahariennes où les conditions climatiques se prêtent à certaines cultures spécialisées. Cette infrastructure devrait, selon lui, « réduire les coûts de production et améliorer la compétitivité à l’exportation grâce à des investissements axés sur la technologie et la recherche scientifique ». Plusieurs filières sont concernées, y compris des variétés fruitières encore peu développées sur le territoire national, à l’image de la production de plants de bananier.

Le terrain offre déjà des résultats tangibles. À Beni Tamou, dans la wilaya de Blida, la pépinière Vitroplant, née d’un partenariat algéro-italien, produit près de quinze millions de plants par an — porte-greffes et arbres fruitiers — couvrant les besoins du marché national et commençant à se tourner vers l’export. Le ministre a qualifié Blida de « wilaya modèle dans l’adoption de la technologie et de la recherche scientifique dans l’activité agricole », soulignant que de nombreuses exploitations locales ont déjà introduit des techniques modernes d’irrigation, d’intrants et de plantation intensive. À Mouzaïa, l’exploitation pilote Bassatine Yessad illustre cette montée en gamme : la densité de plantation y atteint désormais 1 600 arbustes par hectare, contre 800 auparavant, signe d’une intensification raisonnée des rendements.

L’autre volet de la souveraineté alimentaire concerne le stockage. Un silo de céréales d’une capacité d’un million de quintaux est en cours de réalisation à El Affroun et devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année. Ce type d’infrastructure est indispensable pour réguler les flux, limiter les pertes post-récolte et constituer des réserves stratégiques face aux aléas climatiques et aux chocs de marché. Pris ensemble, ces chantiers dessinent une stratégie cohérente : maîtriser la semence en amont, intensifier la production au champ, sécuriser le stockage en aval.

Sabrina Aziouez

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