Une révolution hydrique dans le Grand Sud !
Des investissements massifs sont déployés dans la déminéralisation de l’eau au cœur de ses wilayas sahariennes, condition préalable au désenclavement économique d’un Sud appelé à devenir un pôle stratégique de développement agricole, minier et d’échanges avec le continent africain.
Deux projets d’envergure ont été lancés simultanément à In-Salah et à Tindouf, portant à un niveau inédit l’effort de mobilisation de la ressource hydrique dans des régions où la forte salinité des nappes souterraines constitue depuis toujours un obstacle majeur à l’essor économique et au bien-être des populations. À In-Salah, le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, a procédé jeudi au lancement d’une seconde station de déminéralisation d’une capacité de 60 000 mètres cubes par jour, implantée à côté de l’installation existante. Le projet, « lancé sur instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune », selon le ministre, vise à « renforcer l’approvisionnement en eau des citoyens, améliorer le service public et accompagner le développement dans les deux wilayas » d’In-Salah et de Tamanrasset. Car l’enjeu dépasse la seule commune d’implantation : la nouvelle station alimentera le dispositif de transfert In-Salah–Tamanrasset, une infrastructure colossale qui achemine l’eau sur 750 kilomètres à travers le désert. Avec cette capacité supplémentaire, l’objectif est d’atteindre un volume global de transfert de 100 000 mètres cubes par jour d’eau de qualité vers Tamanrasset, capitale du Hoggar et carrefour névralgique des routes transsahariennes. Confié à des entreprises nationales spécialisées pour un délai de réalisation de treize mois, ce chantier est présenté comme « structurant » par les autorités, tant pour l’amélioration de la qualité de l’eau potable que pour la sécurisation hydrique de toute la région et l’impulsion d’une « dynamique de développement socioéconomique ».
À quelque 1 500 kilomètres plus à l’ouest, la wilaya de Tindouf bénéficie d’un effort parallèle. Une deuxième station de déminéralisation, d’une capacité de 10 000 mètres cubes par jour, y a été lancée dans le cadre de la stratégie nationale de sécurité hydrique. Le directeur par intérim des Ressources en eau de la wilaya, Mohamed Baali, a précisé à l’APS que « les travaux ont été entamés et comprennent également le forage de dix puits, ainsi que la réalisation de deux conduites d’adduction et de collecte, permettant ainsi de renforcer les capacités de production et d’améliorer la qualité de l’eau distribuée ». Le chantier, confié à l’entreprise Cosider sous la supervision de l’Algérienne des Eaux, prévoit des équipements modernes de traitement des eaux souterraines et d’élimination des excès de sels et de minéraux. En parallèle, la station existante fait l’objet d’un projet d’extension qui portera sa capacité de 15 000 à 20 000 mètres cubes par jour, dans le cadre d’un programme complémentaire approuvé par le président Tebboune au profit de la wilaya.
Ces investissements prennent tout leur sens au regard de la transformation économique que l’Algérie entend impulser dans ses territoires méridionaux. Tindouf abrite le gisement géant de minerai de fer de Gara Djebilet, dont l’exploitation à grande échelle nécessite des volumes d’eau considérables. Le développement de périmètres agricoles dans le Grand Sud, ambition récurrente des plans gouvernementaux, suppose lui aussi une eau abondante et de qualité. C’est dans cette logique que Mohamed Baali a signalé « l’inscription de l’étude d’un projet de transfert d’eau Sud-Sud, partant de Timimoun, passant par Beni Abbès et El Abadla, vers Tindouf puis Gara Djebilet ». Ce futur corridor hydrique, s’il se concrétise, dessinerait une dorsale reliant plusieurs wilayas sahariennes entre elles, rompant avec le schéma classique de transferts nord-sud et offrant aux grands projets miniers et agricoles du Sud-Ouest l’eau indispensable à leur viabilité. Dans un contexte où l’Algérie mise sur le développement de ses échanges avec l’Afrique subsaharienne — via la route transsaharienne, les zones franches et les corridors logistiques en projet —, la sécurisation de la ressource en eau dans le Grand Sud n’est pas seulement une question de service public : c’est le socle sans lequel aucune activité économique d’envergure ne peut s’implanter durablement dans ces territoires immenses et encore largement sous-équipés.
Amar Malki

