Culture

Marcel Khalifa enflamme l’Opéra d’Alger avec son répertoire engagé

Le légendaire chanteur et oudiste libanais Marcel Khalifa a offert samedi soir à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh un concert mémorable devant un public conquis. Pendant plus de deux heures, l’artiste de 74 ans a interprété les œuvres majeures de son répertoire, notamment des mises en musique de poèmes du regretté poète palestinien Mahmoud Darwich, célébrant l’humanité, la liberté et la cause palestinienne qui définit sa présence artistique depuis quatre décennies.

La soirée s’est ouverte sur une création inédite. Marcel Khalifa a inauguré son récital par une œuvre musicale spécialement composée pour l’Algérie, intitulée « Bahr » (la mer), avant d’enchaîner, oud à la main, avec une sélection des plus beaux poèmes du défunt Mahmoud Darwich. Accompagné de son fils Rami au piano et de son neveu Sary au violoncelle, le virtuose a fait revivre au public des moments de grâce musicale avec des titres emblématiques tels que « Ya tayr al-hamam », « Mountasiba al-kama amchi », « Rita wal-boundoukia » ou encore « Ahino li-khoubz oummi », sous un tonnerre d’applaudissements nourris. L’artiste a également interprété des extraits musicaux comme « Beyrouth El Djazair » et « Sarkha », qu’il a dédiés « aux familles des martyrs, tombés sur une terre pure », a-t-il précisé avec émotion. Sa voix mélodieuse et son interprétation parfaite ont transporté l’assistance dans un voyage artistique mêlant poésie arabe et engagement politique, signature de son œuvre.

La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, présente à cette soirée aux côtés du président de l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel Amar Bendjedda, de l’ambassadeur du Liban en Algérie Ali Al Moula et du chargé de la gestion de l’Opéra Mourad Senoussi, a souligné que ce concert s’inscrivait dans le cadre du « riche programme artistique des soirées du mois sacré pour cette année, avec la participation de plusieurs artistes arabes de renom conviés en Algérie afin de raviver le goût artistique raffiné ». La ministre a profité de l’occasion pour saluer le projet de création de l’Orchestre Philharmonique d’Alger, qui s’inscrit selon elle dans le cadre de « la politique artistique globale du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à relancer l’intérêt pour la musique classique et raffinée ». Elle a ajouté que ce projet national et culturel était « à même de contribuer à la relance du monde de la musique en Algérie à travers la création de liens alimentant cet établissement, à savoir les instituts de musique lesquels forment les compétences musicales pour qu’elles soient qualifiées au niveau national et international ».

Visiblement ému par l’accueil chaleureux du public algérien, Marcel Khalifa s’est déclaré « très heureux d’animer ce concert artistique en Algérie après une absence de près de quinze ans ».

La chanson engagée est vivante

L’artiste s’est dit « très admiratif de l’adhésion du public algérien qui a repris avec enthousiasme et une grande interaction » son long répertoire artistique et ses chansons les plus célèbres, gravées dans la mémoire des générations. « L’Algérie occupe une place très particulière dans mon cœur », a-t-il confié, rappelant qu’elle fut « dès le début des années soixante-dix, l’une des premières scènes à avoir accueilli ses nouveautés artistiques ».

Interrogé sur la pérennité de la chanson engagée dans le paysage musical contemporain, Marcel Khalifa a affirmé avec conviction que « la chanson engagée est vivante et constitue un message humanitaire résistant au temps, portant toujours les causes de l’humanité dans toute sa profondeur et ses rêves ». Cette déclaration résonne comme un manifeste artistique pour un musicien qui n’a jamais séparé son art de son engagement politique et humaniste.

Cette soirée inaugurale marque le début d’une tournée algérienne pour l’icône libanaise. Marcel Khalifa animera un deuxième concert à l’Opéra d’Alger, suivi de deux autres représentations à Oran et Constantine, confirmant ainsi la place privilégiée qu’occupe l’Algérie dans le cœur et la carrière de cet artiste dont l’œuvre a marqué plusieurs générations de mélomanes à travers le monde arabe et au-delà.

Mohand Seghir

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