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Des installations énergétiques fermées dans le sillage de la guerre dans le Golfe : Les marchés pétroliers et gaziers s’affolent !

Des frappes de drones iraniens contre des installations stratégiques de QatarEnergy au Qatar, lundi, ont provoqué la suspension immédiate de la production de gaz naturel liquéfié dans l’émirat et déclenché une onde de choc sur les marchés mondiaux de l’énergie, le baril de Brent s’envolant de près de 9 % pour franchir brièvement la barre des 80 dollars, tandis que le gaz européen bondissait de plus de 25 %, faisant planer le spectre d’une crise énergétique mondiale aux conséquences imprévisibles. La guerre a rattrapé les hydrocarbures. Ce lundi matin, le ministère qatari de la Défense a confirmé que deux drones lancés depuis le territoire iranien ont frappé des sites situés dans les zones industrielles de Mesaieed et de Ras Laffan, les deux poumons énergétiques du petit émirat gazier. Le premier engin a touché un réservoir d’eau au sein d’une centrale électrique à Mesaieed, le second a visé directement une installation appartenant à QatarEnergy à Ras Laffan, le plus grand complexe de liquéfaction de gaz au monde. Si aucune victime n’a été signalée, les dégâts matériels et surtout les conséquences économiques s’annoncent considérables. La réaction du géant qatari de l’énergie ne s’est pas fait attendre. QatarEnergy a annoncé « l’interruption de la production de GNL et des produits associés dans les installations concernées », invoquant « la situation sécuritaire ». L’entreprise a précisé que « les évaluations des dégâts sont en cours » et qu’elle « tiendrait ses parties prenantes informées de l’évolution de la situation », tout en affirmant « accorder une importance particulière à ses relations avec ses partenaires ». Derrière le langage diplomatique, c’est un séisme qui secoue le marché mondial du gaz naturel liquéfié, dont le Qatar est le premier exportateur planétaire. Les marchés ont réagi avec une violence rare à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran la veille et les menaces qui pèsent sur les installations pétrolières et gazières dans la région. Vers 08h45 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 8,66 % pour s’établir à 79,18 dollars, après avoir touché un pic à 82,37 dollars en début de séance, un niveau sans commune mesure avec les 61 dollars enregistrés au début de l’année. Le WTI nord-américain suivait la même trajectoire haussière, gagnant 8,01 % à 72,39 dollars. Du côté du gaz, la flambée est encore plus spectaculaire : le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, affichait une hausse de plus de 25 % à 40,375 euros le mégawattheure, après avoir bondi de 28 % en cours de séance. Au cœur de toutes les inquiétudes se trouve le détroit d’Ormuz, ce goulet d’étranglement de 40 kilomètres de large par lequel transite environ 20 % du pétrole consommé dans le monde, soit quelque 20 millions de barils par jour, et un cinquième du commerce mondial de GNL, principalement en provenance du Qatar. L’escalade militaire dans le Golfe compromet désormais sévèrement le trafic maritime dans ce passage névralgique. Face à l’explosion des primes d’assurance, les principales compagnies de transport maritime ont annoncé suspendre leurs traversées, entraînant de facto un arrêt quasi total du trafic. Le scénario cauchemardesque d’un verrouillage d’Ormuz, longtemps agité comme une hypothèse théorique dans les cercles géostratégiques, est en train de devenir une réalité tangible. Des analystes préviennent déjà que le pétrole brut pourrait grimper jusqu’à 100 dollars le baril en cas d’interruption prolongée des livraisons via le détroit, notamment si de nouvelles attaques devaient cibler d’autres installations pétrolières dans la région. Si les pays importateurs membres de l’OCDE disposent théoriquement de réserves stratégiques couvrant 90 jours de consommation, cette ligne de défense ne résisterait pas longtemps à un blocage durable de la principale artère énergétique mondiale. Ce bouleversement revêt une double dimension. À court terme, la hausse des cours profite mécaniquement aux recettes d’exportation d’hydrocarbures. Mais à moyen terme, une déstabilisation durable du marché mondial de l’énergie, couplée à un embrasement régional, constituerait une menace pour l’ensemble de l’architecture économique internationale dont aucun pays ne sortirait indemne. Cette crise rappelle, s’il en était encore besoin, la fragilité extrême d’un système énergétique mondial suspendu à quelques points de passage stratégiques et à la stabilité précaire d’une région qui n’en finit plus de s’embraser.

Samira Ghrib

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