La guerre s’étend à l’ensemble du Moyen-Orient : Au bord de l’embrasement !
Des frappes de drones iraniens contre des installations stratégiques de QatarEnergy, lundi 2, ont provoqué la suspension immédiate de la production de gaz naturel liquéfié dans l’émirat et déclenché une flambée spectaculaire des cours du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux, dans un contexte d’escalade militaire généralisée au Moyen-Orient où les affrontements entre l’Iran d’un côté, l’entité sioniste et les États-Unis de l’autre, menacent désormais de faire basculer toute la région dans un conflit ouvert aux conséquences incalculables.
Ce que les chancelleries redoutaient depuis l’agression génocidaire sioniste contre Ghaza, en octobre 2023, est en train de prendre forme. La guerre, longtemps circonscrite au territoire palestinien, a progressivement débordé ses frontières pour contaminer l’ensemble de l’espace moyen-oriental. Le Liban, le Yémen, la Syrie, l’Irak : un à un, les théâtres d’opérations se sont multipliés, entraînant dans leur sillage un nombre croissant d’acteurs étatiques et non étatiques. L’agression lancée par l’alliance américano-israélienne contre l’Iran samedi rique d’entrainer toute la région dans le chaos avec un théâtre des opérations s’est élargi dans le sillage de la riposte iranienne pour toucher l’ensemble des pays du Golfe. L’attaque iranienne contre le Qatar, premier exportateur mondial de GNL, marque cependant un saut qualitatif dans cette escalade.
Le ministère qatari de la Défense a confirmé que deux drones lancés depuis le territoire iranien ont frappé des sites situés dans les zones industrielles de Mesaieed et de Ras Laffan, les deux poumons énergétiques de l’émirat. Le premier engin a touché un réservoir d’eau au sein d’une centrale électrique à Mesaieed, le second a visé directement une installation appartenant à QatarEnergy à Ras Laffan, le plus grand complexe de liquéfaction de gaz au monde. Aucune victime n’a été signalée, mais les conséquences économiques se sont avérées immédiates. QatarEnergy a annoncé « l’interruption de la production de GNL et des produits associés dans les installations concernées », invoquant « la situation sécuritaire ». L’entreprise a précisé que « les évaluations des dégâts sont en cours » et qu’elle « tiendrait ses parties prenantes informées de l’évolution de la situation ».
Les motivations iraniennes s’inscrivent dans une logique d’escalade réciproque. Depuis des mois, Téhéran subit des frappes israéliennes ciblant ses intérêts et ceux de ses alliés au Liban, en Syrie et en Irak. L’élimination de hauts responsables militaires iraniens et du Hezbollah par l’entité sioniste, les opérations contre les sites nucléaires iraniens menées avec le soutien logistique américain, et le renforcement continu du dispositif militaire occidental sont autant d’actes d’agression justifiant pour Téhéran une riposte à la hauteur de la menace. En frappant le Qatar, allié des États-Unis qui abrite la plus grande base militaire américaine au Moyen-Orient, l’Iran a choisi de porter le conflit sur le terrain économique mondial, là où la pression est la plus forte sur ses adversaires.
La réaction des marchés a été d’une violence proportionnelle à l’enjeu. Vers 08h45 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 8,66 % à 79,18 dollars, après avoir brièvement franchi la barre des 82 dollars en début de séance, très loin des 61 dollars enregistrés au début de l’année. Le WTI nord-américain suivait la même trajectoire, gagnant 8,01 % à 72,39 dollars. Le gaz européen connaissait une flambée encore plus brutale : le contrat à terme du TTF néerlandais, référence du marché européen, affichait une hausse de plus de 25 % à 40,375 euros le mégawattheure, après avoir bondi de 28 % en cours de séance. Au cœur de cette panique se trouve le détroit d’Ormuz, ce goulet de 40 kilomètres par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, soit 20 millions de barils par jour, et un cinquième du commerce planétaire de GNL.
Trump évoque l’envoi de troupes au sol
Depuis Washington, la réponse du président Donald Trump ne s’est pas fait attendre. Le chef de l’exécutif américain a annoncé le déploiement de renforts militaires massifs dans la région du Golfe, incluant un deuxième groupe aéronaval et des batteries de défense antimissile supplémentaires acheminées vers les bases américaines au Qatar, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis. Plus significatif encore, le président américain a évoqué pour la première fois la possibilité d’envoyer des troupes au sol pour sécuriser les installations énergétiques stratégiques et les voies de navigation dans le détroit d’Ormuz, une option qui, si elle se concrétisait, marquerait un tournant majeur dans l’implication directe des États-Unis dans le conflit. Le Pentagone a relevé le niveau d’alerte de l’ensemble des forces du CENTCOM, le commandement militaire américain couvrant la totalité du Moyen-Orient. Cette posture offensive s’inscrit dans la doctrine de « pression maximale » que l’administration Trump applique à l’égard de l’Iran, mais elle comporte le risque de transformer une guerre par procuration en un affrontement direct entre deux puissances militaires majeures, un scénario aux conséquences potentiellement catastrophiques pour la stabilité régionale et mondiale.
Un Moyen-Orient transformé en champ de bataille multifronts
Les dernières 72 heures ont offert un condensé saisissant de la violence qui ravage désormais la région sur au moins cinq théâtres d’opérations simultanés. Dans le Golfe persique, outre les frappes contre le Qatar, les Gardiens de la Révolution iraniens ont tiré des missiles antinavires contre un pétrolier battant pavillon des Îles Marshall au large du détroit d’Ormuz, provoquant un incendie à bord qui a nécessité l’évacuation de l’équipage par la marine omanaise. En réponse, des chasseurs F/A-18 américains décollant du porte-avions USS Abraham Lincoln, positionné en mer d’Arabie, ont mené des raids contre des batteries de missiles côtiers iraniennes sur l’île d’Abou Moussa et à Bandar Abbas, détruisant selon le Pentagone « plusieurs sites de lancement et un centre de commandement ». L’Iran a dénoncé « une agression directe contre son territoire souverain » et averti que « toute nouvelle attaque entraînerait la fermeture totale et définitive du détroit d’Ormuz au trafic maritime ».
Au Liban, l’armée d’occupation sioniste a intensifié ses opérations terrestres dans le sud du pays, engageant plusieurs brigades blindées et d’infanterie au-delà du fleuve Litani, un seuil géographique que Tsahal n’avait plus franchi depuis la guerre de 2006. Les combats de rue dans les localités de Bint Jbeil, Maroun al-Ras et Khiam ont été d’une rare intensité, les combattants du Hezbollah utilisant un réseau de tunnels et de positions fortifiées pour ralentir la progression israélienne. L’aviation israélienne a parallèlement poursuivi ses bombardements massifs sur la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah, rasant des immeubles entiers dans les quartiers de Haret Hreik et de Dahieh, faisant selon les autorités libanaises plus de 200 morts civils en une seule journée. En représailles, le Hezbollah a tiré des salves de roquettes Fajr-5 et de missiles de précision Fateh-110 sur Haïfa, la troisième ville d’Israël, touchant une zone industrielle et provoquant des incendies majeurs dans les installations pétrochimiques de la baie, tandis que des drones d’attaque atteignaient pour la première fois des faubourgs de Tel-Aviv, déclenchant des sirènes d’alerte dans toute l’agglomération.
Sur le territoire iranien, l’entité sioniste a mené dans la nuit de dimanche à lundi une vague de frappes aériennes d’une ampleur sans précédent. Les cibles visées comprenaient des installations liées au programme nucléaire iranien à Natanz et Ispahan, des bases des Gardiens de la Révolution à Chiraz et Kermanshah, ainsi que des centres de commandement dans la périphérie de Téhéran. Les autorités iraniennes ont reconnu des « dommages limités » sur certains sites militaires tout en affirmant avoir intercepté « la majorité des projectiles » grâce à leurs systèmes de défense antiaérienne russes S-300 et Bavar-373. Téhéran a riposté en lançant une salve de missiles balistiques Fattah-2 et Kheibar Shekan en direction de l’entité sioniste, dont une partie a été interceptée par le Dôme de fer et le système Arrow, mais plusieurs projectiles auraient atteint la base aérienne de Nevatim dans le désert du Néguev, endommageant des pistes et des hangars selon des images satellite diffusées par des sources iraniennes.
En Irak et en Syrie, les milices pro-iraniennes regroupées au sein du Hachd al-Chaabi ont lancé une série d’attaques coordonnées contre les bases américaines d’Aïn al-Assad dans la province irakienne d’Al-Anbar et d’Al-Tanf à la frontière syro-jordanienne, utilisant des drones kamikazes et des roquettes Katyusha. Le Pentagone a reconnu que « plusieurs militaires américains ont été blessés » lors de ces attaques, sans fournir de bilan précis, tout en ripostant par des frappes aériennes contre des dépôts d’armes et des quartiers généraux de milices à Deir ez-Zor en Syrie et dans la banlieue de Bagdad. Au Yémen, les Houthis ont revendiqué des tirs de missiles balistiques contre des navires de guerre américains dans le sud de la mer Rouge et annoncé le lancement d’un drone à longue portée en direction d’Eilat, en solidarité avec « l’axe de la résistance ». La coalition américano-britannique a répondu par des bombardements intensifs contre des positions houthies à Hodeidah et Sanaa, provoquant des victimes civiles et une condamnation des Nations unies.
Lyes Saïdi

