Monde

Soudan du Sud : Au moins 169 morts dans un massacre dans le nord du pays

Au moins 169 personnes ont été tuées dimanche par des hommes armés dans le nord du Soudan du Sud, selon deux responsables locaux cités lundi par des médias, dans un contexte de violences qui se sont fortement aggravées ces dernières semaines dans ce pays en proie à la guerre et à la pauvreté.

Elizabeth Achol, responsable sanitaire de la région administrative de Ruweng, a confirmé que cent soixante-neuf corps ont été inhumés dans une fosse commune. James Monyluak, responsable de l’information de la zone, a fait état du même nombre de victimes, tout en soulignant que ce bilan pourrait encore s’alourdir si d’autres corps sont découverts dans les prochains jours. Ces tueries s’inscrivent dans une spirale de violences qui menace de plus en plus le Soudan du Sud d’une guerre civile généralisée. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a d’ailleurs appelé vendredi à une action urgente face à la dégradation sécuritaire que connaît le plus jeune État du monde, indépendant du Soudan depuis deux mille onze. La mission des Nations unies au Soudan du Sud, l’Unmiss, s’est déclarée dimanche alarmée par la recrudescence des violences dans le pays. Dans un communiqué, elle a déploré qu’au petit matin de dimanche, des jeunes armés non identifiés ont attaqué le siège du comté d’Abiemnom, situé près de la frontière avec le Soudan, faisant une vingtaine de blessés. La mission onusienne a également pris note avec préoccupation des informations faisant état de dizaines de morts parmi les civils et des responsables locaux lors de ces affrontements, sans toutefois donner plus de précisions sur ces incidents. Anita Kiki Gbeho, responsable de l’Unmiss, a exhorté dans le communiqué toutes les parties concernées à cesser les hostilités sans délai et à engager un dialogue constructif pour répondre à leurs griefs. Cet appel intervient alors que le Soudan du Sud traverse l’une des périodes les plus instables depuis son indépendance.

Les violences se sont particulièrement intensifiées ces dernières semaines dans plusieurs régions du pays, opposant l’armée loyale au président Salva Kiir et des milices soutenant son rival de longue date Riek Machar, placé depuis de longs mois en résidence surveillée. Cette nouvelle escalade fait craindre un embrasement généralisé dans un pays déjà ravagé par la guerre, la pauvreté et une corruption massive.

La situation humanitaire se détériore parallèlement à la dégradation sécuritaire. L’organisation non gouvernementale Médecins sans Frontières a déploré lundi avoir perdu le contact avec vingt-six de ses employés dans l’État de Jonglei, au centre-est du pays. Dans un communiqué, MSF a précisé que vingt-six des deux cent quatre-vingt-onze collègues travaillant à Lankien et Pieri sont toujours portés disparus suite aux récentes violences, et que l’organisation a perdu tout contact avec eux en raison de l’insécurité persistante. L’ONG a été contrainte de suspendre ses services médicaux dans ces deux villes de l’État de Jonglei. MSF a rappelé qu’un de ses centres à Lankien avait été touché par une frappe aérienne gouvernementale le trois février dernier, illustrant les dangers auxquels sont exposés les travailleurs humanitaires dans la région. Nombre de collaborateurs de MSF ont été contraints de fuir les violences avec leurs familles, a précisé l’organisation. Plusieurs sont désormais déplacés et réfugiés dans des zones reculées, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau et aux services essentiels. L’ONG a indiqué que la perte de contact pourrait être liée à l’absence de connectivité dans ces régions isolées, tout en se disant très préoccupée par le fait que certains de ses collègues puissent se trouver dans des situations très difficiles qui les empêchent de communiquer. Cette crise met en lumière les défis colossaux auxquels fait face le Soudan du Sud, État fragile qui peine à sortir du cercle vicieux de la violence depuis sa création. La communauté internationale, par la voix de l’ONU, appelle à une action urgente pour éviter que le pays ne sombre dans une guerre civile généralisée, mais les perspectives de règlement pacifique du conflit semblent s’éloigner au fil des semaines. Les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd de cette instabilité chronique, prises entre les feux croisés des belligérants et privées d’accès aux services de base.

Lyes Saïdi

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *