Actualité

Un premier agrément accordé à une société de capital-risque à caractère universitaire 

L’Algérie vient de franchir une étape décisive dans la transformation de son système universitaire en acteur économique de premier plan. Lundi à Alger, les ministres de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, et des Finances, Abdelkrim Bouzred, ont remis le premier agrément jamais accordé à une société de capital-risque à caractère universitaire, au profit de la Société d’investissement financier de l’Université Alger 3. Cette initiative, qui s’inscrit dans la réforme globale de l’enseignement supérieur voulue par le président Abdelmadjid Tebboune, ambitionne de faire de l’université un moteur de développement économique et un incubateur de projets innovants. Kamel Baddari a qualifié cet événement de « première nationale », soulignant qu’il « s’inscrit dans le processus de réforme de l’université algérienne » et constitue « le premier agrément accordé par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB) à une institution universitaire représentée par l’Université Alger 3, sous la forme d’une société de capital-risque, en sus de l’organisation d’un fonds de fonds ». Le ministre a insisté sur le fait que cette initiative « consacre l’engagement du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, en faveur de la réforme de l’université et du renforcement de son rôle économique, en lui permettant de se transformer en un acteur productif contribuant au financement du développement ». L’enjeu est de taille pour l’économie nationale qui cherche à diversifier ses sources de revenus au-delà des hydrocarbures. Dotée d’un capital de 188,8 millions de dinars, cette société d’investissement représente bien plus qu’un simple véhicule financier. Elle incarne la volonté des autorités de créer un écosystème où l’innovation universitaire peut se traduire en projets économiquement viables, générant emplois et valeur ajoutée. Dans un pays où le taux de chômage des jeunes diplômés reste préoccupant, cette structure pourrait devenir un tremplin pour transformer les idées novatrices des chercheurs et étudiants en entreprises concrètes.

Abdelkrim Bouzred a salué « cette initiative pionnière qui consacre l’entrée de l’université dans le domaine de l’investissement financier, dans une démarche sans précédent reflétant la transformation qualitative du rôle de l’université en tant que partenaire clé dans la dynamique du développement économique ». Le ministre des Finances a également souligné que cette expérience représente « un véritable soutien au développement du marché financier national et au renforcement de la culture de l’initiative et de l’esprit d’investissement », ajoutant qu’elle met en avant « la maturité des compétences nationales et leur capacité à contribuer efficacement à la construction d’une économie diversifiée et durable, fondée sur le savoir et l’innovation ».

Du côté de la COSOB, le président Youcef Bouznada a souligné que cette réalisation représente « une étape cruciale dans le contexte des réformes profondes initiées par l’État », précisant qu’elle « traduit l’engagement de la commission à parachever l’arsenal juridique et réglementaire à même de moderniser le marché financier, de manière à garantir la transparence et l’efficacité, à protéger les investisseurs et à renforcer la confiance dans le climat des affaires ». Cette déclaration intervient dans un contexte où l’Algérie tente d’améliorer son attractivité auprès des investisseurs, tant nationaux qu’internationaux.

La dimension stratégique de ce projet dépasse le cadre d’une seule université. Khaled Rouaksi, recteur de l’Université d’Alger 3, a déclaré à la presse que cet événement constituait « une étape qualitative vers la construction d’un réseau national de fonds de capital-risque à caractère universitaire capable de soutenir les projets innovants ». L’ambition affichée est donc de créer un modèle reproductible à travers l’ensemble des établissements universitaires du pays, créant ainsi un maillage national de financement de l’innovation.

Le rôle de fonds de fonds attribué à cette société constitue un autre levier stratégique. Selon le communiqué conjoint publié à l’issue de la cérémonie, la structure assurera « l’investissement, aux côtés des fonds universitaires créés, et la supervision de leur gestion, ce qui permettra de coordonner les efforts, de mobiliser les ressources financières disponibles et de renforcer la complémentarité entre les différents acteurs de l’écosystème de l’innovation universitaire ». Cette architecture financière vise à optimiser l’allocation des ressources et à mutualiser les risques inhérents au capital-risque.

Cette initiative s’inscrit dans la promulgation récente du cadre réglementaire relatif aux organismes de placement collectif à capital risque, reflétant ainsi l’orientation de l’État vers « l’édification d’une économie fondée sur la connaissance et le soutien à l’innovation au sein du milieu universitaire ». Reste désormais à voir comment cette première société concrétisera ses investissements et si d’autres universités suivront rapidement le mouvement pour créer un véritable écosystème national de financement de l’innovation universitaire.

Malik Meziane

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *