Culture

Musée du tapis de Babar : Un écrin en devenir pour un patrimoine millénaire

Dans les Aurès, là où les femmes transmettent de mère en fille les secrets d’un art ancestral, un chantier prend forme. À Babar, bourgade de la wilaya de Khenchela nichée dans les contreforts du massif, un musée entièrement dédié au tapis berbère doit ouvrir ses portes d’ici quelques mois. Une première pour cette spécialité artisanale dont la renommée dépasse largement les frontières nationales. Selon Mohamed El Allouani, directeur de la culture et des arts de la wilaya, la réception du bâtiment est attendue « durant le deuxième trimestre 2026 ». Le responsable évalue à 80 % le taux d’avancement des travaux, confirmant que la Direction des équipements publics, maître d’ouvrage délégué chargé du suivi du projet, a communiqué cette échéance. Lancé fin 2023 dans le cadre du programme complémentaire de développement décidé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune au profit de la wilaya de Khenchela, le projet a nécessité une réévaluation financière en cours de route. Le coût initial, fixé à 240 millions de dinars, a été porté à 300 millions de dinars, soit une rallonge de 60 millions de dinars, justifiée selon El Allouani par « les amendements apportés à l’étude technique et le changement du terrain d’assiette ».

Le futur établissement se veut bien davantage qu’un simple lieu d’exposition. Véritable centre de mémoire vivante, il accueillera un hall consacré à la présentation des modèles de tapis de Babar dans leurs multiples formats, chaque pièce accompagnée de fiches techniques précisant la date de tissage, les matières premières utilisées, ainsi que les techniques et outils propres à cette tradition. Un espace sera également réservé à la mise en lumière des grandes familles tisserandes, gardiennes d’un savoir-faire transmis oralement et dont la réputation a franchi les frontières. À ces fonctions muséographiques s’ajouteront des ateliers de tissage actifs et un atelier de restauration de tapis anciens, destiné à préserver l’intégrité des pièces patrimoniales les plus fragiles. Enfin, un espace de rencontre et d’échange entre artisans spécialisés complétera le dispositif, faisant du musée un lieu de vie autant que de conservation. Sur le plan scientifique, la Direction de la culture a finalisé le dossier scénographique du musée, qu’elle a transmis au ministère de tutelle. L’approbation de ce document conditionne le déblocage de l’enveloppe financière nécessaire à l’équipement intérieur de l’établissement avant sa mise en service. Une étape administrative dont l’issue déterminera, en pratique, la capacité du musée à tenir ses promesses dès son inauguration.

Car l’enjeu est de taille. Le tapis de Babar, reconnaissable à ses motifs géométriques caractéristiques et à la richesse de ses coloris naturels, est l’un des fleurons de l’artisanat algérien. Longtemps cantonné aux circuits informels de vente et aux expositions ponctuelles, cet art textile ne disposait d’aucun espace institutionnel permanent pour en assurer la valorisation et la transmission. L’ouverture prochaine de ce musée marque ainsi un tournant : pour la première fois, une infrastructure publique sera entièrement dédiée à sa préservation, son rayonnement et sa pédagogie.

M.S.

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