L’Algérie compte désormais plus de 218 000 femmes entrepreneures : Le pari réussi de l’autonomisation économique des femmes
En ce 8 mars, journée mondiale des droits de la femme, un chiffre mérite d’être salué : en six ans, le nombre de femmes inscrites au registre de commerce en Algérie a bondi de 37%, passant de 159 807 fin 2019 à 218 486 à la première semaine de mars 2026. Derrière cette statistique publiée par le Centre national du registre du commerce (CNRC), c’est la réalité d’une transformation silencieuse mais profonde de la place des femmes dans l’économie algérienne qui se dessine. La progression est d’autant plus remarquable qu’elle s’est produite dans un contexte particulièrement difficile. Ces six années ont été marquées par la pandémie de Covid-19, ses confinements successifs et le choc économique qui s’en est suivi, puis par une inflation persistante qui a érodé le pouvoir d’achat des ménages et fragilisé les petits commerces. Que les femmes aient choisi, précisément pendant cette période, de franchir le pas de l’entrepreneuriat en nombre croissant dit quelque chose de leur détermination et de leur capacité de résilience.
Les 218 486 femmes inscrites se répartissent en deux catégories distinctes. La grande majorité, soit 194 443, exercent en tant que personnes physiques — commerçantes à titre individuel. Les 24 043 restantes sont inscrites en tant que personnes morales, c’est-à-dire gérantes d’entreprises, un profil qui témoigne d’une ambition entrepreneuriale plus structurée. Ces données ne prennent pas en compte les professions libérales, les activités agricoles ni les métiers traditionnels, régis par un cadre législatif spécifique : le vivier réel de l’activité économique féminine est donc bien plus large que ce que les registres du CNRC donnent à voir.
La photographie sectorielle révèle une diversité qui contredit les clichés. Chez les personnes physiques, le commerce de détail alimentaire arrive certes en tête avec 17,06% des activités, mais le podium s’arrête là pour les secteurs traditionnellement associés aux femmes. Le commerce de l’habillement, des bijoux et des cosmétiques représente 10,60%, suivi par l’hébergement et la restauration (7,04%), le commerce d’articles sportifs et de bureau (6,18%) et le transport avec ses services annexes (6,03%). Un panorama qui dessine une femme algérienne commerçante bien plus mobile et polyvalente qu’on ne l’imagine.
Plus révélatrice encore est la cartographie des femmes gérantes d’entreprises. Loin des boutiques et des échoppes, ces 24 043 cheffes d’entreprise investissent des secteurs à forte valeur ajoutée. En tête, les activités liées aux matériaux de construction, à l’architecture et aux grands travaux publics (8,49%), suivies des bureaux d’études, de consultation et d’assistance (8,04%), puis des activités culturelles, médias et publicité (5,71%). Des domaines longtemps considérés comme des chasses gardées masculines, désormais investis par des femmes qui ont choisi de diriger, non de subir.
La répartition géographique des registres de commerce confirme, sans surprise, la domination des grands pôles urbains. Alger concentre à elle seule 26 648 registres, soit 12,2% du total national, suivie d’Oran (14 267), Tizi Ouzou (8 713), Constantine (7 627), Blida (6 587) et Sidi Bel Abbès (6 483). Cette concentration dans les métropoles traduit une réalité connue : l’accès aux marchés, aux réseaux professionnels et aux services de financement reste inégalement réparti sur le territoire.
Un bémol, et il est de taille : avec 218 486 femmes pour un total de 2 422 953 commerçants inscrits au CNRC, les femmes ne représentent encore que 9% de l’ensemble des opérateurs économiques enregistrés. La progression est réelle, le chemin reste long. Ce 9% est à la fois un motif de satisfaction et un rappel que l’égalité économique entre hommes et femmes en Algérie demeure un chantier ouvert. Les leviers existent — accès au financement, simplification administrative, dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise — mais leur plein déploiement conditionne la suite de cette dynamique encourageante. En attendant, ces 218 486 femmes qui ont choisi d’entreprendre méritent, en ce 8 mars, bien plus qu’un chiffre, mais un hommage.
Samir Benisid

