Justice : Boudjemaa plaide pour une magistrature spécialisée
La création de deux nouvelles juridictions à Boufarik et Ouled Yaïch a fourni jeudi le cadre d’un déplacement du garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, venu réaffirmer les ambitions réformatrices de l’appareil judiciaire algérien. Le ministre de la Justice a choisi de délivrer, jeud, un message clair sur l’avenir du système judiciaire algérien. L’inauguration simultanée du tribunal de commerce spécialisé de Boufarik et du tribunal administratif d’Ouled Yaïch — deux infrastructures dont l’ouverture s’inscrit dans un vaste programme de modernisation engagé par le gouvernement — a réuni autour du garde des Sceaux le wali de Blida, Djamel Eddine Hashas, ainsi que Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), signal fort de la convergence souhaitée entre ambitions judiciaires et impératifs économiques. Au cœur du discours de Lotfi Boudjemaa : la formation. Dans un contexte où la complexité croissante des contentieux commerciaux et administratifs exige des compétences toujours plus pointues, le ministre a insisté sur le fait que son département accorde «une importance extrême à la formation de magistrats spécialisés, notamment pour ce type de juridictions». Cette déclaration prend tout son sens au regard du profil des dossiers traités par ces nouveaux tribunaux : litiges bancaires, dettes d’entreprises, conflits entre opérateurs économiques et administration — autant de matières qui supposent une maîtrise technique que la formation généraliste ne saurait suffire à garantir. Le ministre a d’ailleurs élargi cette exigence à l’ensemble du personnel judiciaire, indiquant que le secteur accorde désormais un «intérêt majeur à la formation et à l’actualisation des connaissances de l’ensemble de ses personnels, dont particulièrement les magistrats des tribunaux administratifs et de commerce, appelés à traiter des litiges nécessitant une parfaite maîtrise de ces domaines, afin de protéger les intérêts des citoyens, des commerçants et des établissements économiques et financiers, et de faire de la justice un facteur incitatif à l’investissement et contribuant au développement de l’économie nationale». Une formulation qui place explicitement la réforme judiciaire dans la trajectoire de la politique économique nationale, à l’heure où l’Algérie cherche à diversifier ses sources de croissance et à renforcer la confiance des investisseurs. Sur le volet administratif, Boudjemaa a tenu à rappeler la dimension éminemment politique de la justice administrative, qu’il a présentée comme le «véritable garant des droits des citoyens qui y recourent lorsqu’ils s’estiment lésés par l’administration» — un rôle qui exige du juge, selon lui, «une grande vigilance et une formation continue». Ces propos interviennent dans un contexte où le rapport entre l’administration et l’administré demeure une préoccupation centrale des autorités, qui affichent une volonté de rééquilibrer ce rapport à travers des mécanismes juridictionnels plus accessibles et plus réactifs. Le ministre a également plaidé pour le développement de la conciliation comme mode alternatif de règlement des différends, la qualifiant de «moyen efficace pour régler les litiges commerciaux nécessitant rapidité et souplesse, permettant ainsi de réduire le nombre d’affaires portées devant les tribunaux et d’en accélérer le traitement, notamment celles liées aux contentieux bancaires et aux dettes». Une orientation qui reflète une tendance de fond dans les systèmes judiciaires modernes, où la désaturation des tribunaux passe autant par la médiation que par la construction de nouvelles salles d’audience. La journée s’est prolongée par une visite au siège de l’Ordre des avocats de Blida, où Boudjemaa a salué l’engagement de la profession dans la numérisation du secteur. Il a qualifié les organisations de défense de «partenaire essentiel pour la promotion et le développement du secteur de la justice, ainsi que pour la consécration d’une justice plus moderne et plus efficace, bénéficiant de la confiance du citoyen» — une main tendue à une profession parfois en tension avec les réformes institutionnelles. Le ministre a enfin rencontré magistrats et personnels de la Cour de Blida, s’enquérant des réalités du terrain avant de regagner Alger.
Chokri Hafed

