Pétrole : L’OPEP anticipe la reprise de la demande, le Brent frôle les 100 dollars
La guerre qui secoue le Moyen-Orient depuis fin février a brutalement rebattu les cartes du marché pétrolier mondial. Alors que l’OPEP publiait jeudi ses prévisions de demande pour 2027 — relativement optimistes —, les cours du brut flambaient en parallèle sous l’effet des tensions militaires dans le Golfe, propulsant le Brent au seuil symbolique des 100 dollars le baril. Un contexte inédit qui oblige les grandes organisations internationales à naviguer entre projections de long terme et urgence géopolitique. Selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, la demande mondiale de brut devrait progresser d’environ 1,3 million de barils par jour en 2027. Ce sont les pays hors OCDE qui porteront l’essentiel de cette croissance, avec une hausse attendue de 1,2 million de barils par jour, tirée notamment par les économies émergentes d’Asie et d’Afrique. Les pays de l’OCDE, eux, ne contribueront qu’à hauteur de 100 000 barils par jour supplémentaires, confirmant le ralentissement structurel de leur consommation énergétique. Des chiffres qui témoignent d’une demande mondiale encore soutenue, malgré la transition énergétique en cours.
Côté production, l’OPEP indique que l’extraction au sein de ses pays membres a progressé de 164 000 barils par jour en février par rapport à janvier, pour atteindre 28,63 millions de barils quotidiens. Une hausse portée en grande partie par l’Arabie Saoudite, qui a significativement relevé sa production le mois dernier — à 10,882 millions de barils par jour contre 10,10 millions en janvier. Selon des sources proches du dossier citées par Reuters, Riyad avait anticipé d’éventuelles perturbations d’approvisionnement en constituant un plan d’urgence avant les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, survenues le 28 février.
Ces frappes ont effectivement déclenché une onde de choc sur les marchés. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz — passage stratégique par lequel transite une part considérable du pétrole mondial — contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production, amputant l’offre mondiale de 7,5 % selon l’Agence internationale de l’énergie. Résultat : le baril de Brent de la mer du Nord a franchi le cap des 100 dollars cette semaine, avant de refluer légèrement. Ce vendredi, il s’échangeait autour de 99,82 dollars, tandis que le WTI américain reculait à 94,47 dollars.
Une décision de Washington a contribué à calmer provisoirement la flambée : les États-Unis ont annoncé jeudi une autorisation temporaire de vente du pétrole russe stocké sur des navires, permettant aux pays intéressés d’y accéder sans risquer de sanctions américaines. Le ministre des Finances Scott Bessent a justifié cette mesure par la volonté d’« accroître la portée mondiale de l’offre existante ». Pour les analystes de Natixis, « les marchés restent cependant dominés par les tensions autour du détroit d’Ormuz et les variations des prix du pétrole ». Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB, résume l’ambiance générale : « L’aversion au risque domine actuellement. Les marchés d’actions oscillent au rythme des nouvelles. » Si les Bourses européennes limitaient leurs pertes en fin de matinée, le choc géopolitique, selon Stephen Innes de SPI AM, « a discrètement réécrit le scénario mondial en quelques jours ».
Samira Ghrib

