Trafic de cannabis hybride : L’Algérie sonne l’alarme !
L’Algérie a porté, en marge de la 69ᵉ session de la Commission des stupéfiants des Nations Unies (CND) tenue à Vienne du 9 au 13 mars 2026, le combat contre le cannabis hybride sur la scène internationale, en organisant une rencontre spéciale consacrée aux dangers croissants de cette drogue nouvelle génération sur la santé publique et la sécurité nationale, a annoncé jeudi l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) dans un communiqué officiel.
Cette initiative, loin d’être un simple exercice diplomatique, s’inscrit dans un contexte sécuritaire extrêmement préoccupant. L’Algérie partage plus de 1 900 kilomètres de frontières terrestres avec le Maroc, pays que le Rapport mondial sur les drogues de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) classe régulièrement comme le premier producteur et exportateur mondial de résine de cannabis. Selon les estimations onusiennes, le royaume chérifien consacrerait environ 50 000 hectares à la culture du cannabis, principalement dans la région du Rif, une superficie qui n’a cessé de croître depuis la promulgation, en 2021, de la loi 13-21 légalisant les usages dits « thérapeutiques et industriels » de la plante. Une légalisation que de nombreux observateurs et experts internationaux considèrent comme un paravent destiné à blanchir une économie souterraine pesant plusieurs milliards de dollars et à intensifier, sous couvert de légalité, la production de variétés hybrides toujours plus puissantes et plus nocives.
C’est précisément ce virage vers le cannabis hybride qui constitue aujourd’hui le cœur de l’alerte lancée par Alger à la tribune de Vienne. Selon le communiqué de l’ONLCDT, « des experts du ministère de la Justice, du ministère de la Santé et de la Gendarmerie nationale ont présenté des exposés spécialisés ayant mis en exergue les résultats des analyses de laboratoire effectuées sur le cannabis introduit illégalement en Algérie par ses frontières ouest ». Ces analyses « ont révélé, ces dernières années, une tendance à la hausse du taux de la substance à effet psychoactif (THC), ce qui rend ce type de cannabis à haute teneur particulièrement dangereux en termes de dépendance et d’effets négatifs sur la santé mentale et physique, notamment chez les jeunes, qui en sont les principaux consommateurs ». Le cannabis hybride, issu de croisements génétiques sophistiqués, peut en effet atteindre des taux de THC dépassant les 30 %, là où le cannabis traditionnel du Rif oscillait historiquement entre 5 et 10 %. Ce bond qualitatif transforme radicalement la nature même de la substance : il ne s’agit plus de la résine artisanale d’antan, mais d’un produit quasi synthétique dont les effets psychotiques, les risques de dépendance sévère et les dommages neurologiques irréversibles, en particulier sur les cerveaux en développement des adolescents, sont documentés par la littérature médicale internationale.
Une guerre de la drogue
Le danger est littéralement aux portes de l’Algérie. Les bilans opérationnels publiés chaque année par le ministère de la Défense nationale (MDN) témoignent de l’ampleur du phénomène. Les unités de l’Armée nationale populaire (ANP) et les services de sécurité saisissent annuellement des dizaines de tonnes de résine de cannabis le long de la bande frontalière ouest. Le MDN a, à plusieurs reprises, pointé directement du doigt le Makhzen, l’accusant de mener une véritable guerre de la drogue contre l’Algérie, en utilisant les réseaux de narcotrafic comme un instrument de déstabilisation stratégique. Les bilans périodiques du MDN font état de la neutralisation régulière de narcotrafiquants, de la destruction de casemates servant au stockage de drogue dans les zones frontalières et de la saisie de quantités considérables de kif traité, confirmant que les tentatives d’inondation du territoire national ne faiblissent pas, bien au contraire.
L’ONLCDT souligne d’ailleurs dans son communiqué l’importance « d’une mobilisation nationale globale adaptée à l’ampleur de ces menaces complexes et de la lutte contre les réseaux de trafic de drogues qui ont développé leurs méthodes dans leurs tentatives visant à inonder le territoire national de cette drogue mortelle ». Les intervenants à Vienne ont également détaillé « la réponse intégrée adoptée par les autorités publiques et les corps de sécurité, alliant mesures coercitives et préventives, et ce, en plus de la prise en charge sanitaire, les soins et la réinsertion, en application des orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre de la stratégie nationale de prévention contre les stupéfiants et les substances psychotropes (2025-2029) adoptée en avril 2025 ». La stature de l’Algérie dans ce combat a été reconnue par la communauté internationale lors de cette session. Un expert algérien a été choisi pour représenter l’ensemble du continent africain au sein du nouveau groupe d’experts multilatéral chargé d’élaborer des recommandations pour renforcer l’application des accords internationaux de contrôle de la drogue. Une consécration qui confirme le leadership d’Alger en la matière, mais qui ne saurait occulter l’urgence de la menace : tant que le Maroc continuera de produire du cannabis à l’échelle industrielle et de développer des variétés hybrides toujours plus dévastatrices, l’Algérie restera en première ligne d’une guerre chimique silencieuse qui cible sa jeunesse et sa stabilité.
Salim Amokrane

