Les importations sous le microscope !
Huit laboratoires mobiles bouleversent le contrôle des importations et réduisent les délais de cinq jours à quelques minutes.
Cinq jours ramenés à quelques minutes. C’est le gain de temps spectaculaire obtenu depuis novembre 2025 grâce au déploiement de huit laboratoires mobiles de dernière génération dans les principaux ports commerciaux du pays, d’Alger à Ghazaouet en passant par Oran, Béjaïa, Annaba, Skikda, Jijel et Mostaganem. Présentés samedi à la presse nationale au port d’Alger, à la veille de la Journée mondiale des droits des consommateurs, ces équipements de pointe marquent un tournant dans la stratégie de contrôle des marchandises importées : ils permettent désormais d’analyser en temps réel la conformité des produits, notamment agroalimentaires, avant même qu’ils ne franchissent les enceintes portuaires. Un double objectif se dessine derrière cette avancée : protéger la santé de 46 millions de consommateurs algériens et fluidifier le transit des conteneurs pour sécuriser l’approvisionnement du marché national.
L’Algérie, qui importe chaque année des milliards de dollars de marchandises — dont une part considérable de produits alimentaires —, a longtemps souffert d’un maillon faible dans sa chaîne de contrôle aux frontières. Les analyses de conformité étaient jusqu’ici réalisées dans des laboratoires fixes, éloignés des quais, selon des procédures complexes qui immobilisaient les cargaisons pendant plusieurs jours. Le coût économique de ces retards, supporté in fine par les importateurs et répercuté sur les prix à la consommation, constituait un frein reconnu à la compétitivité du commerce extérieur. Les huit nouveaux laboratoires, acquis sur instructions du président de la République Abdelmadjid Tebboune et confiés au Centre algérien de contrôle de la qualité et de l’emballage (CACQE), établissement rattaché au ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, changent la donne. Installés dans des véhicules utilitaires légers adaptés et assemblés localement, ils embarquent des instruments capables de réaliser des analyses microbiologiques et physico-chimiques détaillées directement sur les quais. « La mission principale de ces laboratoires consiste en la vérification de la conformité des produits aux normes et caractéristiques techniques, selon la législation en vigueur, dans le cadre de la protection de la santé et de la sécurité des consommateurs, ainsi que pour contribuer efficacement au dédouanement des conteneurs dans des délais très courts », a expliqué Mohamed Mezghache, directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère, lors de la visite organisée samedi au port d’Alger.
Le cas emblématique de la poudre de lait
L’exemple le plus parlant de cette transformation logistique concerne un produit hautement stratégique pour l’Algérie : la poudre de lait. Qu’elle soit destinée à la filière industrielle ou à l’alimentation infantile, sa vérification de conformité nécessitait auparavant un délai minimal de cinq jours, le temps d’acheminer les échantillons vers un laboratoire fixe, de procéder aux tests, puis de transmettre les résultats aux inspecteurs du commerce. Ce délai est désormais réduit à quelques minutes. « La mise en service de ces laboratoires a permis de faire un saut qualitatif en matière d’analyses microbiologiques des produits importés, en réduisant les délais qui passent de plusieurs jours à quelques minutes », a confirmé Mohamed Khelifa, chef du projet chargé de l’acquisition de ces équipements. Les ingénieurs mobilisés sur le terrain vérifient notamment la composition de la poudre de lait en protéines, matières grasses, acidité et taux d’humidité, autant de paramètres critiques pour la sécurité alimentaire.
Conformité halal et détection des résidus de pesticides
Au-delà des contrôles classiques de qualité, ces laboratoires répondent à une préoccupation sociétale forte en Algérie : la garantie du caractère halal des produits importés. Les équipements permettent de détecter la présence éventuelle de matières d’origine porcine ou de substances alcooliques dans les denrées alimentaires, selon Mohamed Khelifa. Ils offrent également la possibilité d’évaluer le niveau de résidus de pesticides et de vérifier l’authenticité des matières premières naturelles entrant dans la composition des produits. « C’est une première pour le pays de réaliser ce type d’analyses sur le terrain dans un délai rapide sur des échantillons au niveau des ports et postes frontaliers », a souligné le responsable, précisant que des compétences algériennes de haut niveau ont été formées à cet effet en partenariat avec des organismes internationaux. Concrètement, le dispositif fonctionne selon un schéma de coordination interministérielle. Les inspecteurs du commerce prélèvent les échantillons sur les cargaisons en collaboration avec les services des douanes et les autorités portuaires. Les analyses sont réalisées immédiatement dans le laboratoire mobile stationné sur le port, et les résultats permettent aux inspecteurs de prendre des décisions instantanées quant à l’admission ou au refus de la marchandise. Cette rapidité d’exécution constitue un atout majeur pour les opérateurs économiques, dont les conteneurs restaient parfois bloqués des jours durant dans l’attente de résultats d’analyse, générant des surcoûts de surestaries et de stockage. Mohamed Mezghache a par ailleurs souligné que le ministère du Commerce dispose désormais « des outils de contrôle de qualité au niveau des postes frontaliers qui peuvent répondre aux sollicitations des autres services et opérateurs, notamment les douanes et les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement ». Cette capacité d’intervention ne se limite d’ailleurs pas aux ports : les laboratoires mobiles peuvent également être déployés sur les marchés locaux, où des inspecteurs prélèvent des échantillons de produits en vue d’analyses instantanées, renforçant ainsi le maillage du contrôle sur l’ensemble du territoire. Dans un contexte où l’Algérie s’efforce de rationaliser sa facture d’importation tout en garantissant la qualité des produits mis à la disposition des consommateurs, le déploiement de ces laboratoires mobiles apparaît comme une pièce maîtresse du nouveau dispositif de régulation du commerce extérieur.
Amar Malki

