Sécurité hydrique à Bouira : Derbal hausse le ton !
En visite de travail à Bouira samedi, le ministre de l’Hydraulique Taha Derbal a alterné satisfecit et mises en garde, appelant les responsables locaux du secteur à œuvrer « sans relâche et avec rigueur » pour rattraper les retards accusés dans la réalisation de plusieurs projets structurants. Une injonction qui résonne dans une wilaya dotée de ressources hydriques considérables, mais où des communes continuent de souffrir de perturbations récurrentes dans l’alimentation en eau potable, particulièrement en période estivale. Le ton était donné dès l’arrivée du ministre. Après avoir écouté un exposé détaillé sur l’état d’avancement des projets du secteur, Taha Derbal a salué les progrès accomplis avant d’insister, sans ambiguïté, sur ce qui reste à faire. « Je valorise tout ce qui a été réalisé et les progrès atteints qui ont permis une amélioration en matière d’approvisionnement en eau potable à travers la wilaya, mais nous devons fournir des efforts supplémentaires pour concrétiser tous les objectifs tracés auparavant et répondre aux attentes », a-t-il déclaré.
La wilaya de Bouira concentre pourtant un portefeuille de projets hydrauliques d’une ampleur rarement atteinte dans l’histoire récente de la région. La visite du ministre, qui l’a conduit aux quatre coins de la wilaya, a permis de mesurer à la fois l’étendue des chantiers engagés et la complexité des défis qui restent à surmonter. Première étape significative : la commune montagneuse de Saharidj, où le ministre a inspecté le projet de réhabilitation de la source Lainser Averkane, dit « La source noire ». Doté d’une enveloppe financière de 470 millions de dinars, ce projet prévoit la construction d’un réservoir d’une capacité de 5 000 mètres cubes et la pose d’une conduite de 2 300 mètres. Son objectif est d’assurer un approvisionnement régulier en eau potable pour les communes de la région Est de la wilaya, un secteur géographiquement enclavé qui peine depuis des années à bénéficier d’une desserte suffisante et continue. Le déplacement s’est ensuite poursuivi vers M’Chedallah, où est en cours l’un des projets les plus stratégiques du programme : le raccordement de l’usine de dessalement d’eau de mer de Tighremt, située à Béjaïa, au système des transferts du barrage Tilesdit à Bechloul. Lancés en septembre 2025 pour une enveloppe de 10 milliards de dinars, les travaux portent sur la réalisation d’un réseau de conduites et d’une série d’ouvrages hydrauliques. L’usine de Tighremt, dont la capacité de traitement atteint 300 000 mètres cubes d’eau par jour, est appelée à alimenter non seulement les communes de Béjaïa, mais également les wilayas limitrophes, dont Bouira et Bordj Bou Arréridj. Une interconnexion des systèmes hydrauliques qui illustre la nouvelle approche adoptée par les pouvoirs publics : gérer la ressource en eau à l’échelle régionale plutôt que wilaya par wilaya, pour en optimiser la distribution et réduire les inégalités territoriales. Toujours au niveau du barrage de Tilesdit, le ministre s’est enquis de l’avancement des travaux d’extension de la station de traitement. Le directeur de l’Algérienne des eaux de Bouira, Hakim Lacen, a précisé à cette occasion que « une fois mise en service, cette station assurera la distribution d’un volume important d’eau aux habitants des communes bénéficiaires, notamment celles de la partie Est de la wilaya de Bouira ». Un projet dont la livraison conditionnera directement le quotidien de milliers de foyers qui composent encore, bon an mal an, avec des coupures à répétition. La visite a également mis en lumière la dimension agricole de la politique hydraulique menée dans la wilaya. À Bouira même, le ministre a inspecté les travaux en cours à la station d’épuration des eaux usées, dont la mise en service permettra de transférer les eaux traitées vers le plateau irrigué d’El Asnam. À Aïn Bessam, un projet similaire est en cours de réalisation pour renforcer l’irrigation agricole du plateau des Aribs. Le réemploi des eaux épurées à des fins agricoles constitue l’un des axes majeurs de la stratégie nationale de gestion de l’eau, dans un contexte de stress hydrique croissant aggravé par les effets du changement climatique sur les précipitations et les niveaux des barrages. La dernière étape de la visite, dans la commune montagneuse de Zbarbar à l’ouest de la wilaya, a été l’occasion pour le ministre de donner le coup d’envoi des travaux de forage de trois puits artésiens. Ce projet s’inscrit dans le prolongement d’une décision prise par le président de la République Abdelmadjid Tebboune lors du Conseil des ministres du 18 février 2024, qui avait ordonné le lancement d’études géophysiques pour identifier et mobiliser les ressources souterraines dans les zones déficitaires. Taha Derbal a exprimé l’espoir que ce projet, une fois réalisé, pourrait « régler les problèmes des pénuries dans cette région de la wilaya », où l’accès à l’eau demeure une préoccupation quotidienne pour les habitants. En clôturant sa visite, le ministre a tenu à replacer les enjeux dans leur cadre global. Bouira, a-t-il souligné, dispose d’« importants atouts » en matière de ressources hydriques, tant souterraines que superficielles, à commencer par le raccordement du système de transfert du barrage Koudiet Acerdoune à la station de dessalement de Cap Djenet 2. « Il s’agit d’importants atouts qui pourraient mettre fin au calvaire des pénuries à Bouira, sur lesquels nous devons travailler davantage et être plus rigoureux, notamment en ce qui concerne la gestion », a-t-il insisté, avant de réaffirmer son engagement à soutenir la wilaya dans la réhabilitation des réseaux d’alimentation en eau potable, notamment à Ath Laâziz, au nord-est de la wilaya.
Le message du ministre est ainsi doublement lisible : d’un côté, la reconnaissance d’un effort d’investissement public considérable consenti par l’État dans un secteur qu’il qualifie lui-même de « névralgique » ; de l’autre, une exigence de résultats concrets et mesurables sur le terrain, sans laquelle ces milliards de dinars engagés resteront lettre morte pour les citoyens qui attendent, parfois depuis des années, de tourner enfin le robinet sans craindre d’en voir sortir le vide.
Chokri Hafed
