Les bibliothèques au défi numérique : Entre héritage civilisationnel et désaffection silencieuse
C’est dans les murs de la bibliothèque principale de lecture publique « Dr Yahia Bouaziz » de Mascara qu’universitaires, écrivains et poètes se sont retrouvés samedi pour une conférence sobrement intitulée « Les bibliothèques : message civilisationnel et valeur humaine ». Organisée à l’occasion de la Journée arabe des bibliothèques, en coordination avec « Beit El Hikma » pour la pensée, la littérature et les arts, cette rencontre a mis des mots savants sur une inquiétude que beaucoup partagent sans toujours l’exprimer : celle de voir ces institutions fondatrices se vider de leur substance à l’heure du tout-numérique. Le professeur Tahar Bekeddar, de l’université Mustapha-Stambouli de Mascara, a posé d’emblée le cadre conceptuel. Pour lui, les bibliothèques de lecture publique remplissent « un rôle civilisationnel important » qui dépasse de loin la simple conservation de livres. Elles assurent, a-t-il rappelé, la préservation du patrimoine culturel et intellectuel de la société, la diffusion du savoir et l’encouragement à la lecture et à la recherche scientifique. Autant de missions qui résonnent comme autant d’urgences dans un pays où le taux de lecture demeure une préoccupation récurrente des acteurs culturels. Bekeddar est allé plus loin, insistant sur la dimension humaine de ces espaces : ces établissements « contribuent au développement de la personnalité de l’individu » en l’incitant à la découverte, à l’acquisition du savoir, au développement de la réflexion et de la créativité, tout en « élargissant les horizons intellectuels et culturels de l’être humain ». Un plaidoyer pour la bibliothèque comme école de vie autant que réservoir de connaissances. Son collègue, le professeur Larbi Messabih, a quant à lui centré son propos sur l’enjeu démocratique et pédagogique de ces institutions. Les bibliothèques publiques, a-t-il souligné, permettent « l’accès au savoir pour tous » et favorisent « le dialogue ainsi que l’échange d’idées entre les lecteurs » — une fonction sociale que ni l’algorithme ni le moteur de recherche ne sauraient véritablement remplir. Messabih a particulièrement insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les élèves et les étudiants dans ces structures, soulignant leur importance dans le développement des capacités cognitives, leur rôle dans « l’amélioration de la compréhension des cours et des conférences » et leur contribution à « l’enrichissement des recherches académiques ». Un appel direct aux établissements scolaires et universitaires à renouer avec ces espaces souvent négligés dans les cursus.
M.S.

