Industrie chimique : Une série de projets d’investissement sous la loupe
Fibres de verre, fibres optiques, carbonate de sodium, membranes d’osmose inverse, encre industrielle. La liste des produits que l’Algérie continue d’importer massivement alors qu’elle dispose des capacités humaines et des ressources naturelles pour les fabriquer localement est longue. C’est précisément cette dépendance structurelle aux importations que cherche à corriger une rencontre tenue dimanche à Alger entre le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache, et une délégation de la Holding Algeria Chemical Specialities — ACS —, conduite par son PDG Samir Yahiaoui. Au cœur des discussions : la concrétisation d’une série de projets industriels stratégiques dans les filières chimiques et para-industrielles, avec l’AAPI comme bras facilitateur.
La rencontre ne relève pas du protocole. Elle s’inscrit dans une démarche volontariste engagée par l’agence, qui a multiplié ces derniers mois les séances de travail avec des opérateurs économiques publics et privés. L’objectif affiché est d’« orienter les investissements productifs vers les activités prioritaires et de renforcer la coordination avec les acteurs des secteurs public et privé, au service de l’économie nationale », selon le communiqué de l’AAPI. Une méthode de concertation qui tranche avec les logiques bureaucratiques habituelles et place l’agence dans un rôle d’intermédiation active entre ambitions industrielles et réalités du terrain. ACS n’est pas un opérateur marginal. La holding chapeaute quatre groupes industriels et sept entreprises publiques réparties sur des filières aussi variées que le plastique, le papier, le verre, les détergents et les produits parapharmaceutiques. Un périmètre déjà conséquent, mais que Samir Yahiaoui entend élargir considérablement. Lors de la réunion, le PDG d’ACS a présenté un exposé détaillé sur les projets ciblés à moyen terme, parmi lesquels la production de fibres de verre et de fibres optiques — deux matériaux clés pour les infrastructures de télécommunications et le bâtiment —, de carbonate de sodium, intrant chimique fondamental utilisé dans la fabrication du verre, des détergents et de nombreux produits industriels, mais aussi de membranes d’osmose inverse, utilisées dans les procédés de dessalement et de traitement de l’eau, et enfin d’encre industrielle. Autant de segments où l’Algérie demeure largement tributaire de l’étranger, exposant son tissu industriel aux aléas des marchés mondiaux et aux fluctuations des devises. Pour franchir le cap de l’investissement, ACS cherche des alliés. Yahiaoui a indiqué que la holding « s’emploie à chercher des partenaires nationaux ou étrangers, en vue de lancer la concrétisation de ces projets », et a formulé le souhait de bénéficier de « l’accompagnement de l’AAPI à toutes les étapes de leur réalisation ». Une demande de soutien institutionnel qui dit beaucoup sur les obstacles que rencontrent encore les opérateurs publics dans la mise en œuvre de leurs projets : accès au foncier industriel, autorisations administratives, ingénierie financière, identification de partenaires technologiques étrangers. Autant de verrous que l’AAPI est précisément mandatée pour lever.
La réponse d’Omar Rekkache ne s’est pas fait attendre. Le directeur général de l’agence a exprimé « la disposition de l’AAPI à accompagner la holding ACS dans la mise en œuvre de ses projets d’investissement, en assurant toutes les facilités nécessaires au soutien de leur acheminement ». Il a surtout tenu à souligner la portée stratégique des projets soumis, les qualifiant d’« opportunités prometteuses pour le développement d’une production locale des matières premières pour les bio-industries, à même de renforcer les chaînes de valeur nationales et de contribuer à réduire la dépendance aux importations ». Une formulation qui résume l’enjeu central de toute politique de substitution aux importations : ne pas se contenter d’assembler des produits finis, mais remonter suffisamment loin dans la chaîne pour maîtriser les intrants. Rekkache est allé plus loin, saluant « les efforts déployés par le staff dirigeant de ce groupe stratégique pour améliorer sa performance et renforcer sa contribution au développement des industries chimiques et au soutien de l’économie nationale », tout en insistant sur « l’importance du secteur des industries chimiques, étant l’un des secteurs névralgiques prioritaires pour l’économie nationale ». Une reconnaissance qui, au-delà de la courtoisie institutionnelle, reflète un repositionnement réel de la chimie dans la hiérarchie des priorités industrielles algériennes — longtemps éclipsée par les hydrocarbures et le BTPH. Car c’est bien là que réside l’enjeu de fond. L’Algérie dispose d’atouts réels pour développer une industrie chimique compétitive : des réserves de gaz naturel comme matière première, une main-d’œuvre qualifiée dans les filières scientifiques et techniques, et des besoins intérieurs suffisamment importants pour justifier des unités de production à grande échelle.
Amar Malki

