Les exportations de GNL bondissent de 74 % depuis le début de la guerre au Moyen-Orient : L’Algérie, acteur clé de la sécurité énergétique
Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont enregistré un bond de 74 % au cours des deux premières semaines de mars 2026 par rapport à la même période de février, selon des données compilées par l’unité de recherche énergétique de la plateforme spécialisée « Attaqa » basée à Washington, confirmant le rôle central de l’Algérie dans la sécurité d’approvisionnement de l’Europe au moment où la guerre déclenchée le 28 février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran paralyse le détroit d’Ormuz et bouleverse les marchés mondiaux de l’énergie.
D’après ces données, le volume total des expéditions algériennes de GNL a atteint 462 000 tonnes au cours des deux premières semaines de mars, contre environ 265 000 tonnes durant la période équivalente de février. Les livraisons hebdomadaires ont elles-mêmes progressé de 29 % en l’espace d’une seule semaine, passant de 201 000 tonnes lors de la première semaine de mars à 261 000 tonnes la semaine suivante, « reflet de l’accélération de la demande de gaz algérien à mesure que le conflit s’intensifie dans la région », souligne Ahmed Chawqi, directeur de l’unité de recherche d’Attaqa.
La position géographique de l’Algérie, directement reliée au bassin méditerranéen et à proximité immédiate du marché européen, lui permet de se substituer partiellement aux approvisionnements en provenance du Golfe, désormais bloqués par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz. Selon la plateforme Attaqa, les autorités se préparent à saisir les opportunités du marché spot du GNL, avec des dispositions opérationnelles visant à augmenter la cadence de chargement des navires dans les jours à venir, tout en étudiant la réorientation de certaines cargaisons vers des pays arabes importateurs. La France, la Turquie, l’Espagne et la Croatie figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette montée en puissance. Les livraisons vers la France ont bondi de 65 000 tonnes à plus de 108 000 tonnes entre la première et la deuxième semaine de mars, tandis que la Turquie a reçu un total de 136 000 tonnes depuis le début du mois. L’Espagne a réceptionné une cargaison de 75 000 tonnes en début de mois, une première en trois mois, et la Croatie a rejoint la liste des clients avec une livraison de 76 000 tonnes, la première depuis juillet 2025.
Ces performances s’inscrivent dans une dynamique de long terme. L’Algérie a lancé d’importants programmes d’investissement visant à accroître sa capacité de production gazière et pétrolière. Alnaft prépare notamment le lancement prochain de l’appel d’offres « Algeria Energy Bid Round 2026 », destiné à attirer les investissements internationaux dans l’exploration et le développement de nouveaux gisements d’hydrocarbures. Ahmed Chawqi relève à ce propos que « les perturbations mondiales sur le marché du GNL, de la guerre en Ukraine à celle contre l’Iran, imposent à l’Algérie de moderniser en permanence ses infrastructures et d’exploiter pleinement ses capacités pour demeurer un fournisseur de premier plan, en particulier pour l’Europe ».
Samira Ghrib

