L’ONU tire la sonnette d’alarme : Une « vague croissante » d’islamophobie à l’échelle mondiale
Les Nations unies ont lancé lundi depuis New York un avertissement solennel contre la multiplication des actes de discrimination et de violence visant les quelque deux milliards de musulmans à travers le monde, dans un contexte international marqué par les guerres au Moyen-Orient et la prolifération des discours de haine sur les réseaux sociaux. Lors d’une réunion de l’Assemblée générale organisée à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, célébrée chaque année le 15 mars, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dressé un tableau alarmant. « Nous sommes confrontés à une montée de l’intolérance et de la haine antimusulmanes », a-t-il déploré, détaillant les formes multiples que revêt cette hostilité : « Discrimination institutionnelle, marginalisation socio-économique, restrictions migratoires généralisées, surveillance et profilage injustifiés. » Le chef de l’ONU a toutefois tenu à souligner que la violence la plus visible ne constitue que la partie émergée d’un phénomène bien plus diffus. « Les préjugés peuvent aussi être subtils », a-t-il averti, évoquant « des opportunités discrètement refusées, des suppositions laissées sans réponse, des questions empreintes de suspicion », autant d’expériences quotidiennes qui, accumulées, « façonnent des vies entières ». Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a confirmé cette tendance dans un message vidéo adressé à l’Assemblée, évoquant une « vague croissante » d’islamophobie à l’échelle mondiale. « Partout dans le monde, les actes de harcèlement, de discrimination et de violence visant les musulmans ont augmenté », a-t-il constaté, précisant que des musulmans « sont attaqués dans la rue et à l’école », que des mosquées sont vandalisées et que « les commentaires haineux prolifèrent sur les réseaux sociaux », ciblant souvent « les femmes et les filles qui portent le hijab ». Au-delà des agressions physiques, le responsable onusien a souligné que les discriminations s’infiltrent dans des domaines plus ordinaires tels que l’emploi, le logement et l’accès aux soins, et que dans certains pays ces biais peuvent même être « inscrits dans la loi ». Il a également dénoncé l’usage abusif de politiques antiterroristes servant à « surveiller et détenir des musulmans » et le profilage systématique des voyageurs venant de pays à majorité musulmane. Miguel Angel Moratinos, nommé en mai 2025 envoyé spécial du secrétaire général chargé de coordonner l’action internationale contre l’islamophobie, a pour sa part estimé que le danger principal ne réside pas dans la sphère numérique mais dans l’instrumentalisation politique de la haine. « L’augmentation des actes islamophobes en Europe est très, très grave », a-t-il déclaré devant l’Assemblée, avant d’ajouter : « Le plus dangereux n’est pas la plateforme numérique, c’est la plateforme politique. Ce sont des responsables qui encouragent leur électorat à utiliser les réseaux sociaux pour insulter et répandre la haine. » L’ancien ministre espagnol a également pointé « la grande ignorance qui existe dans le monde occidental à propos de l’islam », un déficit de connaissance qui nourrit selon lui les fantasmes et les amalgames, à l’heure où les conflits au Moyen-Orient alimentent une circulation massive de discours hostiles en ligne.
Malik Meziane

