Culture

Musique andalouse : Zakia Kara Terki ensorcelle le TNA

La cantatrice a déroulé pendant près de deux heures une quinzaine de pièces puisées dans le répertoire le plus exigeant de la musique savante.

Le Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi a vécu, lundi soir, l’une de ces soirées rares où le temps semble suspendu. Devant un public recueilli, conquis dès les premières mesures, la diva de la musique andalouse Zakia Kara Terki a offert un récital d’une rare intensité, mêlant la rigueur des grands classiques à la ferveur particulière du mois de Ramadhan. Un concert organisé sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts, inscrit dans le programme d’animation des soirées du mois sacré que le TNA déploie chaque année avec soin. Vêtue d’un ensemble en soie noire rehaussé de strass argentées, mandole en main, la cantatrice a déroulé pendant près de deux heures une quinzaine de pièces puisées dans le répertoire le plus exigeant de ce genre savant : m’dihs, aroubi et autres classiques interprétés dans les modes Araq, Sika, Raml El Maya et Moual, au croisement des deux grandes écoles qui structurent cette tradition séculaire — la Senâa d’Alger et la Ghernati de Tlemcen. Des titres consacrés par les siècles et les grands maîtres de cette musique héritée de l’Andalousie perdue : « Alguit ana khoudet », « Ma teftaker », « Ya men dara », « Koullif’tou bi badri », « Dir el oqar » et « Hanina », pour conclure dans la cadence ternaire du berouali avec quelques kh’lasset qui ont achevé de transporter la salle.

Autour d’elle, un orchestre de musiciens chevronnés dont la complicité trahissait des années de scène partagée : Mohamed Said Belkhier au piano, Salim Bradaï et Djamel Kebladj aux violons altos, Krimou au banjo, Moulay Tidjani à la derbouka et Kamel Si Saber au tar. Un écrin sonore d’une précision et d’une sobriété remarquables, entièrement au service d’une voix « suave » dont la puissance tient moins au volume qu’à la profondeur du phrasé et à l’intelligence du texte. Car Zakia Kara Terki n’est pas venue au maqam andalou par hasard. Longtemps nourrie par l’école Ghernati de Tlemcen, elle s’installe à Alger en 1978 avec un objectif unique : maîtriser les contenus savants de l’école Senâa. Elle rejoint successivement les associations « El Djazaïria El Moussiliya » puis, en 1980, « El Fakhardjia », où elle a pour maître El Hadj Hamidou Djaïdir, figure tutélaire de la tradition algéroise disparue en 2004. En 1996, elle forme son propre orchestre et s’engage dans une carrière solo qui compte aujourd’hui sept opus couvrant l’ensemble des répertoires des écoles de Tlemcen et d’Alger. Un parcours d’une cohérence rare, entièrement consacré à la transmission et à l’approfondissement d’un patrimoine que peu osent aborder dans toute sa complexité.

Le public, lui, n’a rien perdu de cette leçon magistrale. Savourant chaque inflexion, chaque modulation, les spectateurs ont interagi avec la cantatrice tout au long du récital, la couvrant à l’issue de la soirée de salves d’applaudissements et de youyous nourris. Une communion rare entre une artiste et son public, portée par la grâce particulière des nuits de Ramadhan.

Mohand Seghir

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