Culture

Bastion 23 :  « El Bahdja El Djazaïria » clôture en beauté les soirées « Layali Er’Rias »

C’est dans une atmosphère de recueillement et de ferveur spirituelle que la troupe « El Bahdja El Djazaïria » a mis un terme, mardi soir à Alger, aux soirées « Layali Er’Rias » du Ramadhan, en offrant au public du Palais des Raïs un récital de madihs d’une rare élévation, célébrant tout à la fois l’authenticité du patrimoine religieux algérien et la beauté d’un art vocal millénaire. Le Centre des arts et de la culture du Bastion 23 — ce haut lieu de la mémoire culturelle algéroise niché au bord de la mer — a accueilli pour l’occasion un programme d’animation placé sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts. Lancées le 26 février dernier, les soirées « Layali Er’Rias » ont rythmé tout le mois sacré, proposant chaque soir aux amateurs de musique et de chant traditionnel un rendez-vous avec le patrimoine immatériel de l’Algérie. C’est à « El Bahdja El Djazaïria » qu’est revenu l’honneur d’en signer la clôture, une distinction qui témoigne à elle seule du prestige dont jouit cette formation au sein du paysage musical algérien. Sur scène, le septet a déployé toute l’étendue de son art durant près d’une heure. Autour du virtuose du clavier Réda Brahimi et du percussionniste Abderrahmane Bouguerra, les choristes Saïd Mehibel, président du collectif, Smaïl Hadj Kouider, directeur artistique, Smaïl Bouzidi, Mohamed El Hilali et Kamel Mahami ont interprété une quinzaine de pièces, autant de louanges au divin et d’expressions d’adoration envers le Prophète Mohamed (QSSL). La soirée s’est ouverte avec « Taleb Ghofranek Ya Allah », une pièce du regretté Rabah Kadem (1948-2021), figure tutélaire du madih algérois, dont la mémoire plane encore sur ce répertoire avec une présence presque palpable. Le programme a ensuite défilé comme un voyage intérieur, de « Qa’da b’Rihet z’men » à « Rabbi qasad’tou wadjhaka », de « Nebda kouli besm’Allah » à « Saad mersoul Allah », en passant par « Koullou salati wa salami » et « Ya ness djarat’li gharayeb ». La troupe a également rendu hommage à une autre grande figure disparue du patrimoine musical algérien, Abderrahmane Aziz (1920-1992), en interprétant « Ya qaâba ya bit Rabbi », l’une de ses œuvres les plus emblématiques. Les gammes pentatoniques de « Ardjaê lel’lah » ont quant à elles ajouté une couleur modale particulière à l’ensemble du programme, révélant la richesse et la diversité des registres maîtrisés par les membres de la formation. Dans de belles variations modales et rythmiques, les voix présentes et étoffées du septet ont enveloppé l’assistance d’une chaleur sonore rare, instaurant dès les premières notes une ambiance conviviale faite d’apaisement et de sérénité. Le public, visiblement conquis, a savouré chaque instant de cette randonnée spirituelle et onirique, applaudissant longuement les artistes à l’issue de chaque pièce, en signe d’une adhésion totale à ce voyage au cœur du sacré. Cette performance n’est pas le fruit du hasard. Fondée en 1997, la troupe « El Bahdja El Djazaïria » a construit au fil des décennies une discographie solide et une réputation qui dépasse largement les frontières de la capitale. Cinq albums jalonnent son parcours : « Hiya ou houwa » (1998), « Ferha daïma » (2000), « Fadjir ghadabek » (2002), « Qorratou el aïn » (2010), auxquels s’ajoute un album consacré aux chants religieux et aux variétés algériennes, ainsi que plusieurs singles. La formation a également participé à de nombreuses manifestations culturelles en Algérie et à l’étranger, portant la voix du patrimoine algérien bien au-delà de ses frontières naturelles.

En choisissant « El Bahdja El Djazaïria » pour clore les soirées « Layali Er’Rias », les organisateurs ont rendu un hommage mérité à une troupe qui incarne avec constance et fidélité l’âme profonde du chant religieux algérois. Dans ce Bastion 23 où les pierres elles-mêmes semblent garder la mémoire des siècles, la musique a une fois de plus accompli ce que nulle autre forme d’expression ne saurait réaliser : relier les vivants à leurs racines, et le présent à l’éternité.

Mohand S.

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