L’Opéra clôture ses soirées ramadanesques sur une nuit soufie
C’est dans une atmosphère de spiritualité intense et de recueillement que l’Opéra d’Alger Boualem Bessaïeh a accueilli, lundi, la soirée de clôture de son programme de « Soirées de l’Opéra ramadanesque », offrant au public une plongée dans les profondeurs du patrimoine soufi algérien, porté par la voix et l’art de la ville des Ponts suspendus, Constantine, mère des cités. C’est l’artiste Mohamed Rédha Boudebagh qui a eu l’honneur d’animer cette ultime soirée, à travers un spectacle intitulé « Hadhra et Diwan », programme ambitieux réunissant une palette de couleurs soufies et patrimoniales reflétant toute la richesse de l’héritage constantinois. Sur la scène prestigieuse de l’Opéra d’Alger, une élite d’artistes venus de Constantine a déployé un art total, mêlant avec une maîtrise confondante les traditions de l’Aïssaoua, des Fkirat, du Malouf et du Wassfane. Ces quatre registres, aux textures sonores et spirituelles distinctes, se sont fondus en une fresque artistique d’une cohérence saisissante, où les anachides — ces chants dévotionnels d’une beauté austère — se sont entrelacées aux rythmes traditionnels dans une harmonie envoûtante.
La performance collective qui a porté ce spectacle a conféré à la soirée une dimension spirituelle d’une rare profondeur. Le public, visiblement touché, a répondu avec chaleur à chacune des séquences proposées, dans une salle où régnait cette atmosphère particulière que seul le chant soufi sait créer : à mi-chemin entre l’émotion esthétique et l’élévation intérieure. La rencontre entre la solennité du lieu — l’un des plus beaux espaces culturels du pays — et la ferveur intime du répertoire soufi a produit une alchimie rare, faisant de cette nuit un moment hors du temps.
Cette soirée de clôture a ainsi mis un terme à un programme riche qui, tout au long du mois sacré, a célébré l’authenticité et la diversité du patrimoine artistique algérien dans l’un de ses plus beaux écrins. En confiant le mot de la fin au soufisme constantinois, l’Opéra d’Alger a rappelé avec éloquence que la culture algérienne puise sa force dans la profondeur de ses racines spirituelles autant que dans la variété de ses expressions régionales.
M.S.

