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2e Grande commission mixte algéro-nigérienne : L’énergie, les infrastructures et les finances au cœur de la coopération

L’énergie, les infrastructures et les finances sont au cœur d’une relance diplomatique et économique de grande envergure. Réunis dimanche à Niamey pour une session préparatoire à la 2e Grande commission mixte algéro-nigérienne prévue dès lundi, experts et hauts responsables des deux pays ont passé en revue l’ensemble des dossiers de coopération bilatérale, dans le prolongement direct de la visite d’État effectuée en février dernier par le chef de l’État nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, à Alger. Symbole fort de ce regain d’intérêt mutuel : le projet de gazoduc transsaharien est relancé avec une promesse de mise en œuvre « très prochainement ». La tenue de cette réunion de commission mixte au niveau des experts n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans la continuité directe des engagements pris lors des entretiens entre le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le Général Tiani, à Alger, en février 2026. À l’issue de cette rencontre au sommet, les deux chefs d’État avaient convenu de relancer les mécanismes de coopération bilatérale, de tenir la Grande commission mixte à Niamey et d’organiser des consultations politiques et sectorielles régulières. La réunion de dimanche constitue ainsi la première traduction concrète, au niveau opérationnel, d’une volonté politique affirmée au plus haut niveau.

Coprésidée par Boualem Chebihi, Directeur général Afrique au ministère algérien des Affaires étrangères, et Souleymane Issakou, Secrétaire général du ministère nigérien des Affaires étrangères, la session a réuni des représentants de plusieurs départements ministériels des deux pays. Dans des commissions sectorielles, les délégations ont examiné l’état d’avancement des accords bilatéraux en vigueur, identifié de nouvelles pistes de coopération et dégagé des priorités communes pour les mois à venir.

Énergie, routes, télécoms : les chantiers du partenariat

Les discussions ont couvert un spectre large de secteurs structurants. L’énergie figure en tête des priorités partagées, suivie par les infrastructures de transport, les télécommunications et les finances. Sur le volet des mobilités, les deux délégations ont examiné la question de la facilitation de la circulation des personnes et des biens, l’accélération des échanges commerciaux et le développement des corridors de transport. L’achèvement de la route transsaharienne dans son tronçon traversant le Niger a notamment été évoqué comme un levier essentiel d’intégration régionale. Dans son allocution d’ouverture, Boualem Chebihi a insisté sur la nécessité de dépasser le cadre des déclarations d’intention pour produire des résultats mesurables. Il a souligné « l’importance de traduire cette volonté politique en résultats tangibles, à travers la consolidation des acquis, l’accélération de la mise en œuvre des projets structurants communs et l’élargissement de la coopération à de nouveaux secteurs prometteurs ». Le diplomate algérien a tout particulièrement mis en avant la nécessité de renforcer les échanges économiques et commerciaux dans les zones frontalières, espaces stratégiques où les deux économies se rejoignent au quotidien.

Le gazoduc transsaharien dans sa dernière phase

C’est peut-être le signal le plus attendu de cette journée préparatoire. Le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), qui relierait les champs gaziers algériens à l’Europe en passant par le Niger et le Nigeria, a été remis en avant lors des échanges. Le vice-directeur de Sonidep, la société pétrolière nigérienne, Inouba Kader, a été catégorique : « Le projet sera mis en œuvre très prochainement », a-t-il déclaré, précisant qu’il s’agit d’un projet de développement commun porteur de retombées économiques et sociales à bénéfices partagés pour les deux pays. Ce projet colossal, conçu il y a plusieurs décennies mais jamais pleinement concrétisé en raison d’obstacles financiers, sécuritaires et diplomatiques, est perçu comme un potentiel transformateur pour toute la région. Il permettrait au Niger de valoriser les ressources de son sous-sol tout en offrant à l’Algérie un corridor de transit supplémentaire vers les marchés européens. Inouba Kader a également salué « l’initiative des hautes autorités » des deux pays pour relancer la coopération, notamment dans le secteur pétrolier nigérien, soulignant que cette dynamique s’appuie sur une volonté politique clairement exprimée dans les deux capitales.

La réunion de Niamey ne se tient pas dans un vide géopolitique. Boualem Chebihi a rappelé que la 2e session de la Grande commission mixte intervient dans « un contexte régional marqué par de nombreux défis, en particulier sécuritaires ». La région sahélienne traverse une période de turbulences profondes, marquée par la persistance des groupes armés, les recompositions d’alliances entre États et une reconfiguration des présences militaires étrangères. Dans ce contexte, l’Algérie réaffirme son positionnement : elle entend renforcer sa coopération avec le Niger « dans le respect de sa souveraineté, suivant une approche globale alliant sécurité et développement », selon les termes du chef de la délégation algérienne. La visite du Général Tiani à Alger en février dernier avait d’ailleurs constitué, aux yeux de Chebihi, « un tournant décisif en incarnant la volonté commune de hisser notre partenariat à un niveau stratégique supérieur ». Ce langage diplomatique, volontiers solennel, traduit une réalité plus prosaïque : dans un Sahel recomposé, Alger et Niamey cherchent à consolider une relation bilatérale qui leur offre à tous deux des garanties de stabilité et de développement.

Une coopération fondée sur des valeurs partagées

Du côté nigérien, le ton a été à la réciprocité. Souleymane Issakou a insisté sur la « profondeur des relations algéro-nigériennes », affirmant que la tenue de cette session témoigne de l’intérêt que les dirigeants des deux pays accordent au renforcement des liens bilatéraux, « fondés sur l’amitié, la fraternité et le respect mutuel ». Il a qualifié cette commission de « cadre de dialogue reflétant la solidité des relations bilatérales » et d’instrument au service d’un développement durable bénéficiant aux deux nations. Le diplomate nigérien a également replacé cette rencontre dans le contexte de la politique étrangère que le Niger entend désormais mener, précisant que son pays « s’emploie à refonder sa politique et à renforcer sa coopération avec des pays partageant les mêmes valeurs, à l’instar de l’Algérie ». Une formulation qui, dans le contexte des bouleversements diplomatiques au Sahel, prend une résonance particulière. La Grande commission mixte prévue lundi devrait prolonger ces échanges préparatoires en actant des décisions concrètes. Les deux délégations auront à charge de transformer les intentions exprimées par leurs dirigeants respectifs en engagements formels, assortis d’échéanciers. C’est à cette aune que sera mesuré le succès réel d’une rencontre dont les signaux préliminaires sont, pour l’heure, résolument positifs.

Chokri Hafed

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