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La guerre au Moyen-Orient provoque la pire crise énergétique de l’histoire !

La fermeture du détroit d’Ormuz depuis le 28 février et les frappes réciproques visant les infrastructures pétrolières et gazières au Moyen-Orient ont retiré quelque 400 millions de barils du marché mondial en trois semaines, provoquant une flambée des cours de plus de 50 % et poussant l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à qualifier cette crise de pire perturbation énergétique de l’histoire, supérieure au choc pétrolier de 1973. Selon les analystes, le blocage de ce passage étroit longeant les côtes iraniennes prive le monde de 20 % de ses approvisionnements en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL). Parallèlement, les échanges de frappes entre l’Iran et l’entité sioniste ont endommagé des installations dont la réparation pourrait prendre des années : l’entité sioniste a visé mercredi le champ gazier iranien de South Pars, et l’Iran a frappé le lendemain le complexe qatari de Ras Laffan, dont le PDG de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, a estimé auprès de Reuters que la perte de production atteindrait 12,8 millions de tonnes de GNL par an — soit environ 3 % de l’offre mondiale — pour une durée de trois à cinq ans.

Les bruts du Golfe à 164 dollars

Le baril de Brent a dépassé 112 dollars en clôture vendredi 20 mars, tandis que les bruts du Golfe, essentiels aux économies asiatiques, ont atteint le record de 164 dollars. Le kérosène a franchi 220 dollars le baril en Europe, renchérissant directement le prix des billets d’avion, et le gallon d’essence aux États-Unis a bondi d’un dollar depuis le début du conflit pour atteindre quatre dollars, alors même que Washington importe peu de brut moyen-oriental. « Le marché fait face à une pénurie aiguë de produits qui ne peuvent tout simplement pas être consommés parce qu’ils n’existent plus », a résumé à Reuters Natasha Kaneva, analyste chez JP Morgan, pour qui la réduction de la demande constitue désormais le seul levier disponible. « On ne peut pas contourner le problème par des économies marginales. Les prix vont monter suffisamment haut pour que les gens cessent de consommer », a renchéri Dan Pickering, directeur des investissements chez Pickering Energy Partners. Aditya Saraswat, vice-président du cabinet Rystad Energy, souligne que l’étendue des secteurs touchés — carburants, chimie, GNL, intrants pour les engrais — distingue qualitativement cette crise de toutes les précédentes tensions dans le Golfe.

Mesures d’urgence

Les gouvernements ont commencé à imposer des mesures d’urgence. La Thaïlande a ordonné à ses fonctionnaires de renoncer aux déplacements à l’étranger et d’emprunter les escaliers plutôt que les ascenseurs. Le Bangladesh a fermé ses universités. Le Sri Lanka a instauré un rationnement du carburant, la Chine a interdit les exportations de produits pétroliers raffinés, et le Royaume-Uni a inscrit dans son plan de contingence énergétique une réduction des limitations de vitesse. L’AIE a recommandé vendredi le télétravail généralisé et l’évitement du transport aérien. Ses stocks stratégiques, débloqués à hauteur de 400 millions de barils — un volume record —, ne couvrent toutefois que vingt jours d’impact du conflit, selon les analystes. Au-delà de l’énergie, c’est la sécurité alimentaire mondiale qui est menacée : un tiers du commerce mondial d’engrais transite normalement par Ormuz. Les prix de l’urée ont grimpé de 30 à 40 %, les usines d’engrais en Inde, au Bangladesh et en Malaisie réduisent ou suspendent leur production faute de matières premières, et Maximo Torero, économiste en chef de la FAO, avertit que si le conflit perdure quelques semaines de plus, les semis de printemps seront compromis et l’offre mondiale de céréales, d’aliments pour bétail, de produits laitiers et de viande significativement réduite.

Sabrina Aziouez

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