Royal tance Macron : La France paye cher son divorce avec Alger
Pendant que Rome et Hanoï courtisent le gaz algérien, Paris paie le prix d’une brouille diplomatique jugée « sans raison valable » par l’ancienne ministre. Alors que l’Europe se dispute les faveurs d’Alger pour sécuriser ses approvisionnements en gaz, la France fait cavalier seul, pénalisée par une brouille diplomatique que l’ancienne ministre Ségolène Royal juge aussi coûteuse qu’injustifiée. Dans un message publié vendredi sur le réseau social X, la présidente de l’Association France-Algérie a sévèrement mis en cause la décision d’Emmanuel Macron de suspendre les relations diplomatiques avec Alger, dénonçant « l’absurdité du conflit avec nos voisins producteurs de gaz, comme l’Algérie » dans un contexte mondial marqué par une flambée des prix de l’énergie.
La sortie de Ségolène Royal intervient dans un contexte énergétique particulièrement tendu. La guerre israélo-américaine contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont brutalement perturbé les flux pétroliers et gaziers en provenance du Golfe, renforçant d’un coup la position stratégique de l’Algérie sur le marché européen. Pendant que Paris reste à l’écart, Rome s’active : l’Italie, qui s’approvisionne déjà à hauteur d’un tiers de sa consommation en gaz auprès d’Alger, a entamé de nouveaux pourparlers bilatéraux, et la présidente du Conseil Giorgia Meloni doit effectuer une visite officielle le 28 mars prochain pour en approfondir les termes. Plus loin encore, le Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh a, le 18 mars dernier, sollicité officiellement la « solidarité » de l’Algérie face à la grave crise énergétique que traverse son pays, illustrant le rayonnement croissant d’Alger sur la scène internationale.
C’est dans ce tableau que Ségolène Royal enfonce le clou. Dénonçant les « insultes » répétées adressées à l’Algérie par certains responsables politiques français, elle estime que la suspension des relations diplomatiques par le président Macron a été décidée « sans raison valable », au moment même où le reste de l’Europe s’emploie à courtiser Alger. Pour l’ancienne candidate à la présidentielle, la leçon est simple et universelle : « le chaos mondial rappelle une nouvelle fois ce principe : s’entendre avec ses voisins est la base de la paix et du développement ». Un avertissement d’autant plus direct qu’il s’adresse au locataire de l’Élysée en pleine période de tensions géopolitiques où chaque erreur de calcul diplomatique se paye cash sur les marchés de l’énergie.
La France apparaît ainsi doublement isolée : diplomatiquement, par le gel de ses relations avec Alger ; économiquement, par son incapacité à négocier des accords gaziers au moment où ses partenaires européens consolident les leurs. Les consommateurs français pourraient à terme en supporter les conséquences, dans un pays déjà fragilisé par la volatilité des prix de l’énergie. Royal, qui préside une association dédiée au renforcement des liens entre les deux rives de la Méditerranée, plaide pour un dialogue pragmatique et dépassionné, seul à même, selon elle, d’éviter des conséquences « économiques et géopolitiques plus lourdes ». Dans la course au gaz algérien qui s’intensifie sur le continent, Paris risque de rater le train — si ce n’est déjà fait.
Hocine Fadheli

