Trump menace l’Iran, Téhéran riposte : Les infrastructures énergétiques au cœur d’une escalade sans précédent
Le président américain Donald Trump a menacé samedi de détruire les centrales électriques iraniennes si le détroit d’Ormuz, fermé depuis début mars, n’était pas rouvert sous 48 heures, provoquant une riposte immédiate de Téhéran qui a promis de frapper en retour les installations énergétiques, informatiques et de dessalement d’eau liées aux États-Unis et à Israël dans l’ensemble de la région du Golfe. Cette spirale d’ultimatums, au 23e jour d’un conflit armé déclenché par des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, fait peser une menace concrète et inédite sur l’architecture énergétique mondiale.
« Si l’Iran n’ouvre pas pleinement, sans menace, le détroit d’Ormuz, dans les 48 heures à compter de ce moment précis, les États-Unis d’Amérique frapperont et anéantiront ses diverses centrales électriques, en commençant par la plus grande », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social, samedi à 23 h 44 GMT, fixant ainsi l’échéance à la fin de la journée de lundi. Il n’a pas précisé quelle installation il désignait comme cible prioritaire. Cette déclaration constitue une escalade notable dans le discours de Trump, qui avait auparavant confié à la chaîne PBS avoir « délibérément évité » de cibler les centrales électriques iraniennes en raison des « années de dommages » et du « traumatisme » que cela infligerait à la population civile. La réponse iranienne n’a pas tardé. Dès dimanche, un porte-parole du Quartier général central de Khatam al-Anbiya, l’organe supervisant les opérations militaires iraniennes, a déclaré dans un communiqué rapporté par l’agence Fars : « Si les infrastructures de carburant et d’énergie de l’Iran sont attaquées par l’ennemi, toutes les infrastructures énergétiques, informatiques et de dessalement appartenant aux États-Unis et au régime sioniste dans la région seront ciblées. »
Zéro retenue
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait déjà averti vendredi que l’Iran ferait preuve de « zéro retenue » en cas d’attaque contre ses installations. Dans une interview accordée au site Al-Araby Al-Jadeed publiée dimanche, le chef de la diplomatie iranienne a par ailleurs posé ses conditions : « Cette guerre prendra fin lorsque nous serons certains qu’elle ne se reproduira pas et que des réparations seront également payées. Nous avons connu cela l’année dernière : Israël a attaqué, puis les États-Unis sont revenus, se sont réorganisés et nous ont attaqués de nouveau », a-t-il déclaré en référence au précédent conflit de juin 2025. C’est précisément la menace réciproque pesant sur les infrastructures énergétiques qui inquiète le plus les observateurs et les capitales de la région. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent quotidiennement environ vingt millions de barils de pétrole, est l’un des points de passage les plus stratégiques de l’économie mondiale. Depuis sa fermeture effective au début du mois de mars, en représailles aux frappes américano-israéliennes, les cours du brut se sont envolés, les coûts d’expédition et d’assurance maritime ont bondi, et les perturbations économiques se sont propagées bien au-delà de la région. Le parlement iranien envisage désormais de légiférer pour imposer des frais de « passage sûr » aux navires empruntant le détroit, une initiative présentée par le député Saeed Rahmatzadeh, membre de la commission économique, comme « une pratique courante dans de nombreuses voies maritimes importantes à travers le monde ». Téhéran a par ailleurs indiqué qu’un passage sécurisé pourrait être garanti si des États tiers, comme le Japon, coordonnaient leurs opérations de transit avec l’Iran.
Mais c’est la perspective d’une frappe délibérée contre les installations énergétiques — qu’elles soient iraniennes ou situées dans les pays du Golfe abritant des bases américaines — qui constitue le scénario le plus redouté. Les usines de dessalement, dont dépendent des millions d’habitants dans la péninsule arabique pour leur approvisionnement en eau potable, les réseaux électriques, les terminaux pétroliers et gaziers, les centres de données : l’ensemble du maillage infrastructurel qui soutient la vie quotidienne et l’économie de la région se retrouve, des deux côtés, brandi comme cible potentielle.
1.300 morts !
Les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, débutées le 28 février, auraient déjà fait au moins 1 300 morts, parmi lesquels l’ancien Guide suprême Ali Khamenei. Téhéran a riposté par des salves répétées de drones et de missiles visant l’entité sioniste et les pays du Golfe accueillant des forces américaines, tandis que le président iranien Massoud Pezeshkian saluait samedi la résilience de la population, affirmant que le peuple iranien « a créé une scène extraordinaire » en défendant « son humanité, ses droits, sa nation et son intégrité territoriale » et que « les rues n’ont jamais été désertes ».
Face à cette spirale, la communauté internationale multiplie les appels à la désescalade. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté les belligérants à mettre fin à l’escalade, avertissant qu’elle risquait « d’échapper totalement à tout contrôle ». Il a réclamé la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz, soulignant qu’une fermeture prolongée causerait « de grandes souffrances à de nombreux peuples à travers le monde qui n’ont aucun lien avec ce conflit ». « Il est temps que la primauté du droit l’emporte sur la loi de la force et que la diplomatie triomphe de la guerre », a-t-il insisté. Le Conseil européen, à l’issue de son sommet de Bruxelles, a appelé à « la retenue maximale, à la protection des civils et des infrastructures civiles, et au respect total du droit international », indiquant que l’Union européenne était « pleinement prête à contribuer à tous les efforts diplomatiques ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mobiliser « tous les moyens » de son pays pour relancer le dialogue, tandis que le roi Abdallah II de Jordanie a souligné la nécessité de recourir à la diplomatie. Pékin, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Wang Yi, a réitéré que « contenir l’extension du conflit au Moyen-Orient » figurait parmi les priorités, appelant l’ONU et le Conseil de sécurité à « jouer pleinement leur rôle ».
Les conséquences du conflit dépassent déjà largement le cadre militaire. Le Qatar a adressé une lettre officielle au président de l’Organisation de l’aviation civile internationale pour exposer les perturbations causées par la fermeture de l’espace aérien sur le trafic passager et le fret, rappelant le rôle stratégique de la région comme hub de transit mondial. L’Autorité de l’aviation civile irakienne a prolongé dimanche la fermeture de son espace aérien de 72 heures supplémentaires, invoquant « une évaluation continue de la situation sécuritaire ».
Lyes Saïdi

