Opéra d’Alger : Le Trio Joubran à l’affiche
Ils sont trois, ils sont frères, et ils ne font qu’un. Samir, Wissam et Adnan Joubran monteront sur la scène de l’Opéra d’Alger « Boualem Bessaïh » le 17 avril 2026, pour une soirée placée sous le haut patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda. Vingt ans de carrière, un instrument partagé, une voix collective forgée dans la fidélité au oud, ce luth oriental dont ils ont fait, à eux trois, une langue à part entière, mais aussi la voix de la Palestine.
Natifs de Nazareth et héritiers d’une longue dynastie de luthiers, les frères Joubran n’ont pas simplement perpétué un art ancestral : ils l’ont réinventé. Là où le oud s’était toujours imposé comme instrument de soliste, ils en ont fait une conversation à trois voix, inventant une formule inédite dans l’histoire de la musique orientale. Leur démarche ne relève ni de la démonstration technique ni de la surenchère virtuose, mais d’une recherche constante d’équilibre, chacun des trois frères portant sa part sans jamais écraser les deux autres. C’est précisément cette retenue, alliée à une maîtrise souveraine de l’improvisation, qui leur a valu une reconnaissance internationale croissante depuis leurs débuts en 2002. Des salles mythiques comme l’Olympia de Paris ou le Carnegie Hall de New York ont accueilli leurs concerts, invariablement à guichets fermés.
Sur scène, accompagnés du percussionniste Youssef Hbeisch, leur compatriote, ils construisent des architectures sonores où la composition écrite et l’improvisation spontanée se fondent sans couture visible. Un regard échangé entre les trois frères suffit à faire basculer la musique dans une autre direction, comme si l’accord se nouait avant les mots. À Alger, ils interpréteront des œuvres tirées de leur répertoire, dont des pages mises en résonance avec la poésie de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien disparu en 2008, qu’ils ont longtemps accompagné dans ses lectures publiques. Cette alliance du vers et de la corde reste l’une des expressions les plus abouties de leur art, là où la mélodie prolonge ce que la langue ne peut plus contenir.
Car derrière la musique, il y a la Palestine. Leur sixième album, The Long March, en est la démonstration la plus explicite. Œuvre de longue haleine, il traduit un engagement qui ne se résume pas à un geste symbolique : les Joubran y affirment que leur musique participe, à sa manière, à la lutte d’un peuple pour sa reconnaissance et sa dignité. Pour l’un des titres, Carry the Earth, ils se sont associés à Roger Waters, figure tutélaire de Pink Floyd, dans un hommage à tous ceux qui résistent pour leur terre — et plus particulièrement à la mémoire de quatre jeunes cousins ghazaouis tués en jouant au football sur une plage. Écouter le Trio Joubran, c’est ainsi faire l’expérience d’une musique qui n’a jamais renoncé à dire le monde et la résistance d’un peuple.
Une nuit kazakhe à l’Opéra
Deux semaines plus tôt, le 2 avril, l’Opéra d’Alger proposera une soirée d’une tout autre couleur. En collaboration avec l’ambassade du Kazakhstan, et dans le cadre des célébrations du trentième anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays, trois instrumentistes kazakhs — Timur Ourmanshev au piano, Maksat Djoussoupov au violon et Mourad Narbikov au violoncelle — partageront la scène avec l’Orchestre symphonique de l’Opéra, dirigé par le maestro Lotfi Saïdi. La musique classique, ce soir-là, jouera les ambassadrices là où la diplomatie s’arrête.
Mohand Seghir

