Monde

Palestine occupée : Le cri d’alarme de Francesca Albanese

La voix de la rapporteuse spéciale des Nations unies résonne comme un réquisitoire. Depuis Genève, Francesca Albanese a lancé, cette semaine, un appel d’une gravité sans précédent à la communauté internationale, exigeant une « intervention massive » pour mettre fin au génocide en cours à Ghaza. Pendant ce temps, le bilan de l’agression s’alourdit inexorablement : 72 263 martyrs et 171 948 blessés depuis le 7 octobre 2023, selon les autorités sanitaires palestiniennes, en majorité des femmes et des enfants. Présentant lundi son rapport devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, Francesca Albanese n’a pas usé de circonlocutions diplomatiques. « Je n’ai absolument aucun espoir que les Palestiniens de Ghaza soient sauvés s’il n’y a pas une intervention massive pour arrêter Israël », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse, avant d’ajouter que « la manière la plus pacifique d’arrêter Israël est de couper les liens économiques, militaires et financiers ». Une injonction directe aux États membres de l’ONU, dont elle questionne ouvertement la cohérence : « Comment se fait-il que les États membres continuent d’entretenir des relations avec Israël ? », s’est-elle interrogée, rappelant leur obligation de « ne pas transférer d’armes à un État qui commet des crimes de guerre ». Le tableau qu’elle dresse de la situation à Ghaza est celui d’une catastrophe délibérée et méthodique. Malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 10 octobre dernier, 687 Palestiniens ont été tués et 1 849 autres blessés depuis la trêve, tandis que les corps de 756 martyrs ont été récupérés des décombres. Des civils vivant encore sous des tentes continuent d’être pris pour cible. Pour Albanese, cette aggravation « n’est pas une coïncidence » mais est « intentionnelle », s’inscrivant dans la poursuite des destructions, de la famine et des souffrances infligées à une population déjà à genoux.

La rapporteuse onusienne a également présenté les conclusions accablantes de son rapport sur la torture et la détention, dans lequel elle détaille « l’usage généralisé et systématique de la torture par Israël, ainsi que la création d’un environnement de torture contre les Palestiniens ». Depuis le début de l’escalade en octobre 2023, les forces d’occupation ont arrêté plus de 18 500 Palestiniens, dont au moins 1 500 enfants. Près de 100 sont morts en détention, environ 4 000 restent victimes de disparition forcée, et des milliers d’autres sont détenus sans inculpation ni procès. Le rapport cite des pratiques d’une barbarie documentée : « de violents passages à tabac, des fractures osseuses infligées intentionnellement, des entraves prolongées, des privations de sommeil, la faim, le refus de soins médicaux, des violences sexuelles et des viols », touchant des hommes, des femmes et des enfants. « Depuis le début de la récente escalade, le système carcéral sioniste a dérivé pour devenir une sorte de laboratoire de pratiques cruelles et délibérées », a-t-elle affirmé devant le Conseil, ajoutant que ce qui était autrefois pratiqué dans l’ombre se fait désormais ouvertement, porté par « un système fondé sur l’humiliation, la douleur et la dégradation systématique, approuvé aux plus hauts niveaux politiques ». Face aux critiques israéliennes, Albanese n’a pas fléchi : « Israël peut dire ce qu’il veut. Il doit néanmoins rendre des comptes. Ses dirigeants méritent d’être à La Haye. » Elle a également dénoncé les tentatives de la déstabiliser personnellement, en réponse aux propos du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui avait réclamé sa démission : « C’est dommage que même des ministres d’États qui se disent démocratiques suivent cette machination de distraction. » La menace, selon elle, dépasse les frontières de Ghaza. « Ghaza ne représente que le début de cette nouvelle phase d’escalade dans l’effacement des Palestiniens », a-t-elle averti, pointant des dynamiques similaires déjà visibles au Liban et en Iran. « Cela ne s’arrêtera pas là », a-t-elle prévenu. 

L.S.

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *