Protection du patrimoine, Imzad et industrie cinématographique : Alger et Niamey actent leur coopération culturelle
La ministre de la Culture et des Arts, Mme Maliha Bendouda, et son homologue nigérien ont paraphé, lors d’une visite officielle de haut rang conduite par le Premier ministre Sifi Ghrieb à Niamey, un accord-cadre de coopération culturelle qui ouvre un nouveau chapitre dans les relations bilatérales entre l’Algérie et le Niger. Un texte ambitieux, ancré dans une histoire partagée, et tourné vers un avenir de création et de solidarité patrimoniale.
C’est dans le sillage d’une délégation ministérielle de premier plan que Mme Bendouda a fait le déplacement à Niamey. La visite n’avait rien d’un déplacement de courtoisie. Elle s’inscrivait dans une volonté politique affirmée de faire de la culture un levier de développement et de rapprochement entre deux peuples que lient des siècles de brassage. Le ministère de la Culture et des Arts a d’ailleurs souligné dans son communiqué officiel que cet accord constitue « une étape pratique pour faire de la culture un moteur du développement économique et du rapprochement social dans notre région ». Au cœur du texte signé figurent plusieurs axes prioritaires. Le premier concerne la protection du patrimoine culturel commun : les deux pays entendent mutualiser leur expertise en matière de restauration de monuments historiques et de sauvegarde du patrimoine immatériel, un héritage que les deux nations partagent largement dans l’espace sahélo-saharien. Le second axe porte sur la lutte contre le trafic illicite de biens culturels, fléau qui continue de saigner les richesses archéologiques de la région. La coopération sécuritaire et technique entre Alger et Niamey devrait permettre de mieux protéger ces trésors enfouis que convoitent les réseaux criminels internationaux.
L’accord prévoit également l’organisation de semaines culturelles croisées — algériennes au Niger, nigériennes en Algérie —, destinées à faire connaître aux deux peuples les expressions artistiques et les patrimoines de l’un et de l’autre. Dans le domaine audiovisuel et littéraire, les deux ministères s’engagent à encourager les coproductions cinématographiques et à faciliter la participation des créateurs des deux pays aux foires et festivals internationaux. Une mesure phare retient l’attention : l’organisation d’un festival commun consacré à l’Imzad, cet instrument millénaire des Touareg, dont la résonance traverse les frontières et unit les communautés des deux pays.
La démarche, au-delà des protocoles diplomatiques, dit quelque chose d’essentiel sur la vision stratégique algérienne en direction du continent africain. En plaçant la culture au rang des priorités d’une visite officielle, Alger réaffirme que la profondeur des liens civilisationnels constitue le socle le plus solide des partenariats durables. Le Sahel, trop souvent réduit aux seules crises sécuritaires, se révèle ici sous un autre visage : celui d’un espace de création, de mémoire et de dialogue entre des peuples qui ont toujours su qu’ils appartenaient à un même monde.
Mohand Seghir

