La réalisation de la ligne minière Est sous étroite surveillance : Poser les rails de la diversification économique
La modernisation du couloir ferroviaire reliant les gisements de phosphate de Tébessa au port d’Annaba entre dans sa phase décisive. Un chantier à 422 kilomètres qui conditionne la consolidation de la position de l’Algérie sur les marchés mondiaux des engrais.
Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports vient de confirmer la poursuite soutenue des travaux sur l’un des projets les plus structurants de l’économie nationale. Dans un communiqué publié samedi sur sa page Facebook, le ministère indique que, « dans le cadre de la concrétisation du projet stratégique de la Ligne minière Est, relatif au dédoublement, à la rectification du tracé et à la modernisation de la ligne reliant les mines de phosphate de la wilaya de Tébessa au quai minier du port d’Annaba, en passant par les wilayas de Souk Ahras, Guelma et El Tarf », les walis concernés « poursuivent l’accompagnement des différentes phases de réalisation, à travers le suivi de terrain périodique et la tenue de réunions de coordination, afin de garantir l’avancement des travaux dans les délais impartis ». Le texte précise que « les efforts se concentrent sur l’achèvement des différents tronçons liés à la ligne, ainsi que sur l’aménagement des infrastructures d’accompagnement, notamment les gares de chargement et de déchargement, les installations techniques, ainsi que la garantie d’une connexion directe avec le port ». Le ministère conclut en inscrivant ce projet dans « la vision nationale visant à valoriser les ressources naturelles et à renforcer l’infrastructure de transport, contribuant ainsi au soutien de l’économie nationale et à la réalisation d’un développement équilibré et durable ». Ces formules traduisent une réalité industrielle et économique d’une portée considérable. La Ligne minière Est s’étend sur 422 kilomètres entre le port d’Annaba et Tébessa, traversant quatre wilayas de l’Est algérien. Elle constitue l’artère logistique sans laquelle l’exploitation à grande échelle des gisements de phosphate demeurerait, selon les propres termes des responsables du secteur, « de l’ordre de l’impossible ». Un premier signal positif est venu en 2024 avec la réception du tronçon reliant le gisement de Bled El Hadba à la ligne principale, permettant d’ores et déjà d’acheminer de la matière première vers le complexe de Sonatrach.
L’enjeu est d’autant plus pressant que le président Tebboune a fixé une échéance ferme : la première cargaison de phosphate transformé doit quitter le port d’Annaba avant la fin de l’année 2026, au plus tard début 2027. Le projet de mine de phosphate devrait, lui, être officiellement lancé en avril prochain. Ces délais s’inscrivent dans une ambition macroéconomique précise — porter le PIB national à 400 milliards de dollars d’ici 2027 — qui impose une accélération sans précédent de la mise en œuvre des grands projets miniers, principal levier de diversification d’une économie encore largement tributaire des hydrocarbures.
Le phosphate algérien, estimé parmi les plus importants gisements au monde, est au cœur d’un méga-projet intégré qui va bien au-delà du simple extractivisme. Avec une capacité annuelle projetée de six millions de tonnes d’engrais et de produits dérivés, l’Algérie ambitionne de s’imposer sur un marché mondial en forte demande, porté par les tensions sur la sécurité alimentaire mondiale. En parallèle, l’entrée en production du gisement de fer de Gara Djebilet — avec dix millions de tonnes de concentré de minerai par an — viendra compléter ce tableau industriel pour positionner le pays comme acteur incontournable de la sidérurgie et de la métallurgie régionales, sans oublier le projet d’exploitation du gisement de Zinc et de plomb de Béjaïa, l’un des plus importants au monde, pour finir de placer l’Algérie comme acteur incontournable de la carte minière régionale te mondiale.
Samir Benisid

