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Décès de l’ancien président Liamine Zeroual à l’âge de 84 ans : L’Adieu à un grand homme d’État

Liamine Zeroual, l’ancien président de la République et moudjahid, s’est éteint samedi soir à l’Hôpital militaire Mohamed Seghir-Nekkache d’Alger, des suites d’une longue maladie. Celui qui avait tenu le gouvernail du pays dans les années les plus sombres de la décennie noire s’en est allé comme il avait vécu: dans la dignité et l’honneur.

Il y a des hommes dont le destin se confond avec celui de leur pays. Liamine Zeroual était de ceux-là. Enfant des Aurès, né à Batna le 3 juillet 1941, il avait à peine seize ans quand il rejoignit les rangs de l’Armée de libération nationale en 1957, dans ces montagnes qui avaient été le berceau de la Résistance, là où Novembre avait éclaté comme un tonnerre pour réveiller tout un peuple. Ce choix précoce, fait à un âge où d’autres pensent encore à leur avenir scolaire, dira tout de l’homme qu’il allait devenir : quelqu’un qui ne s’interrogeait pas longtemps quand l’Algérie l’appelait.

Après l’indépendance, il continua sa route au sein de l’Armée nationale populaire, bénéficiant d’une formation militaire de haut niveau. Son parcours dans l’institution militaire fut celui d’un officier rigoureux et méthodique, grimpant les échelons avec cette discrétion qui allait caractériser toute sa vie publique. Il dirigea l’École militaire de Batna entre 1974 et 1975, puis l’Académie militaire de Cherchell entre 1981 et 1982, deux institutions qui ont forgé des générations d’officiers algériens. Il commanda successivement les 6e, 3e et 5e Régions militaires avant d’être nommé Commandant des forces terrestres en 1989. À chaque étape, il laissait derrière lui la réputation d’un homme droit, sérieux, attaché à la discipline et au sens du devoir. Un vrai fils de l’ALN, disaient ceux qui l’avaient côtoyé.

C’est dans ce contexte qu’il fut appelé à assumer la plus haute responsabilité de l’État. En 1994, alors que l’Algérie traversait, avec une douleur dans la voix, el ‘ichria el sawda — la décennie noire — Liamine Zeroual fut désigné chef de l’État par le Haut Conseil d’État. Le pays brûlait sous les coups de la violence terroriste. Les attentats se succédaient, les villages des régions montagneuses vivaient sous la terreur, et l’État lui-même semblait vaciller sous les coups d’une violence aveugle et inouïe. La situation économique était critique, les caisses de l’Etat vide et l’Algérie subissait les coups de boutoir du FMI. Liamine Zeroual répondait à l’appel de la nation, là où beaucoup auraient refusé. 

Élu président de la République en 1995 lors d’un scrutin dont la tenue elle-même fut un acte de résistance, il s’attela à ramener l’État sur ses pieds, à reconstituer l’autorité de la République et à redonner aux Algériens le sentiment que leur pays n’allait pas sombrer. Sa méthode était celle d’un militaire : pas de discours inutiles, pas d’effets de manche, une fermeté tranquille dans les décisions et une rigueur dans la gestion des crises qui imposaient le respect, même à ses adversaires. Il n’était pas homme à négocier avec les symboles, ni à brader un pouce de la souveraineté nationale pour obtenir des satisfécits à l’étranger. Sur la scène internationale, il défendit bec et ongles le droit de l’Algérie à régler ses affaires intérieures elle-même, sans ingérence et sans leçons venues de ceux qui avaient souvent regardé ailleurs quand le pays saignait.

Ce sens aigu de la souveraineté, Zeroual le portait comme une conviction profonde, ancrée dans sa formation de moudjahid et forgée dans les maquis de la guerre de libération. L’Algérie, pour lui, ne se gérait pas sous le regard condescendant de puissances étrangères. Elle se construisait par ses propres fils, avec ses propres moyens, et selon ses propres choix. Cette posture, qui lui valut parfois des frictions avec certaines capitales occidentales, lui gagna en revanche le respect indéfectible du peuple algérien, qui voyait en lui un président qui ne courbait pas l’échine. Sa stratégie était assise sur deux axes, celle de la fermeté militaire dans la lutte contre le terrorisme, et celle du dialogue politique. Il opère des réformes importantes et reconstruit les institutions. La révision constitutionnelle de 1996 ouvre la voie à la création du Conseil de la Nation dans le cadre d’un système législatif bicaméral, et à l’installation de celui-ci en 1997. Année qui a aussi été marqué par des élections législatives et la réinstallation de l’Assemblée populaire nationale. 

Puis vint la décision qui, pour beaucoup, résume mieux que tout le personnage. En 1998, alors qu’il aurait pu rester en poste jusqu’au terme normal de son mandat, Liamine Zeroual annonça l’organisation d’une élection présidentielle anticipée pour 1999 et son retrait de la vie politique. Un président qui décide lui-même d’abréger son mandat et de remettre le pouvoir au peuple : le fait est suffisamment rare dans l’histoire politique algérienne — et dans celle de bien d’autres pays — pour être souligné. Certains ont analysé cette décision, d’autres l’ont critiquée, mais tous ont dû convenir qu’elle portait la marque d’un homme qui ne s’accrochait pas au pouvoir pour lui-même.

Après son départ de la présidence, il rentra à Batna. Pas de mémoires fracassantes, pas d’interviews à sensation, pas d’apparitions médiatiques calculées. Il retrouva sa ville, ses proches, la vie simple d’un homme qui avait accompli ce qu’il croyait avoir à accomplir et qui n’éprouvait pas le besoin d’en faire davantage. Cette retraite silencieuse dans les Aurès, là où tout avait commencé pour lui en 1957, boucla avec élégance le cercle d’une vie consacrée à l’Algérie.

Ce dimanche, sa dépouille, drapée de l’emblème national et portée par des officiers de l’ANP, a été exposée au Palais du peuple à Alger pour un ultime hommage de la Nation. Le président Tebboune, les présidents des deux chambres du Parlement, le Premier ministre, des généraux, des moudjahidine, des membres du corps diplomatique et des centaines de citoyens ordinaires se sont succédé pour réciter la Fatiha et lui dire au revoir. Demain lundi, après la prière du Dohr, il sera inhumé à Batna, dans cette terre des Aurès qui l’a vu naître et qui gardera à jamais la mémoire de l’un de ses fils les plus illustres.

Hocine Fadheli

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