Guerre au Moyen-Orient : Le Pentagone prépare-t-il une offensive terrestre en Iran ?
Alors que les États-Unis maintiennent un double langage — affichant publiquement leur ouverture au dialogue tout en préparant en secret une offensive terrestre contre l’Iran —, le conflit déclenché le 28 février par les frappes conjointes américano-israéliennes entre dans une phase potentiellement dangereuse, avec des répercussions qui débordent largement le théâtre militaire pour menacer les équilibres énergétiques et économiques mondiaux, de la mer Rouge au détroit d’Ormuz.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a accusé Washington de préparer une attaque terrestre . « L’ennemi envoie publiquement des messages de négociation et de dialogue, tout en planifiant secrètement une offensive terrestre », a-t-il déclaré dimanche dans un communiqué relayé par l’agence officielle Irna. Des révélations qui font écho aux informations publiées la veille par le Washington Post, selon lequel le Pentagone se prépare effectivement à des opérations terrestres de plusieurs semaines en territoire iranien, dans l’attente d’une décision formelle du président Donald Trump. Ces opérations n’auraient pas l’ampleur d’une invasion à grande échelle, mais impliqueraient des raids menés par les forces d’opérations spéciales et l’infanterie conventionnelle, selon des responsables américains s’exprimant sous couvert d’anonymat. Ces mêmes sources ont averti que de telles missions exposeraient les troupes à « des drones et des missiles, des tirs au sol et des engins explosifs improvisés », signalant un saut qualitatif dans les risques assumés par Washington. Des plans cibleraient notamment l’île de Kharg, nœud stratégique des exportations pétrolières iraniennes, ainsi que des positions côtières à proximité du détroit d’Ormuz. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a tenté de tempérer ces informations sans les démentir : « Il incombe au Pentagone de faire des préparatifs afin de donner au commandant en chef un maximum d’options », a-t-elle déclaré, précisant que « cela ne signifie pas que le président a pris une décision. » Trump lui-même avait pourtant affirmé quelques jours plus tôt « je n’envoie de troupes nulle part », tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio assurait vendredi encore que les objectifs américains pourraient être atteints « sans troupes au sol ». Cette contradiction entre les déclarations officielles et les préparatifs militaires documentés illustre la profonde division qui traverse l’administration américaine sur la conduite de ce conflit. Un sondage récent révèle que 62 % des Américains s’opposent au déploiement de forces terrestres en Iran, contre seulement 12 % qui y sont favorables. L’analyste militaire Michael Eisenstadt résume les risques avec une formule sans ambages : « Je ne voudrais tout simplement pas me trouver dans cet espace restreint face à la capacité de l’Iran à faire pleuvoir des drones. »
L’USS Tripoli en renfort
Sur le terrain, les signaux d’une escalade imminente se multiplient. L’arrivée dans la zone de responsabilité du Commandement central américain de l’USS Tripoli, navire d’assaut amphibie à la tête d’une force expéditionnaire d’environ 3 500 marins et Marines dotés d’aéronefs de combat et de moyens amphibies, constitue un déploiement de force éloquent. Depuis le début du conflit fin février, treize soldats américains ont été tués et plus de trois cents blessés dans des attaques à travers la région. Dimanche, des explosions ont été entendues dans plusieurs quartiers de Téhéran, ainsi que dans les villes d’Ispahan, de Tabriz et de Qom, selon les médias iraniens. L’université de technologie d’Ispahan a indiqué avoir été frappée pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, faisant état de quatre blessés parmi le personnel universitaire. Des frappes ont également touché le quai de Bandar Khamir, port iranien proche du détroit d’Ormuz, faisant cinq morts et quatre blessés selon l’agence Irna.
Les Houthis menacent de fermer Bab el Mandeb
C’est précisément dans ce contexte d’escalade que les enjeux énergétiques et économiques mondiaux atteignent un niveau de tension inédit. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est désormais directement dans le viseur des opérations militaires envisagées par Washington. Mais c’est la menace houthie sur le détroit de Bab el-Mandeb qui suscite les inquiétudes les plus immédiates des marchés. Mohammed Mansour, vice-ministre de l’Information du gouvernement houthi, a déclaré sans ambiguïté à la chaîne Al-Araby Television : « La mer Rouge, le golfe d’Aden et Bab el-Mandeb feront partie de nos options. » Il a précisé que toute décision dépendrait de « l’escalade israélienne et américaine, ainsi que des préparatifs américains pour toute opération terrestre. » Le groupe yéménite, qui affirme agir « en coordination avec nos frères en Iran, au Liban et en Irak », a déjà démontré sa capacité à perturber la navigation commerciale en mer Rouge. Une fermeture effective de Bab el-Mandeb priverait les voies maritimes mondiales d’un passage par lequel transitent chaque année des millions de barils de pétrole et des milliards de dollars de marchandises, contraignant les armateurs à de coûteux détournements par le cap de Bonne-Espérance. La dimension nucléaire du conflit ajoute encore à la gravité de la situation. Selon l’agence semi-officielle iranienne Tasnim, le parlement et les instances gouvernementales iraniennes examinent « en urgence » la possibilité d’un retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le député de Téhéran Malek Shariati a évoqué sur le réseau social X un « plan d’urgence » articulé autour de trois axes : la déclaration de retrait du TNP, l’annulation de la loi relative à l’accord nucléaire de 2014 et la recherche de nouveaux partenariats technologiques au sein du bloc BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai.
Face à cette spirale, les voix appelant à la désescalade se font entendre mais peinent à se faire entendre au-delà des déclarations d’intention. Le Premier ministre qatari, cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, a mis en garde lors d’une rencontre avec le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty contre le « ciblage irresponsable » des infrastructures vitales liées à l’eau, à l’alimentation et à l’énergie, avertissant que de telles attaques pourraient « menacer la sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation et la stabilité régionale ». Il a appelé à revenir « au langage de la raison et de la sagesse ». Une réunion ministérielle quadripartite regroupant la Turquie, le Pakistan, l’Égypte et l’Arabie saoudite était prévue dimanche à Islamabad pour tenter de coordonner une médiation. De son côté, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a averti le Conseil de sécurité que les combats au Moyen Orient risquaient de « déclencher une chaîne d’événements que personne ne peut contrôler dans la région la plus instable du monde ».
Il a indiqué que, les conséquences humanitaires continuent de s’aggraver et sont exacerbées par le nombre de morts, de blessés et de dégâts causés aux infrastructures civiles, tandis que les graves répercussions sur l’économie mondiale s’intensifient. Face à cette situation, le SG de l’ONU a mis l’accent sur la nécessité de prendre des mesures « immédiates » pour atténuer les conséquences de la crise dans la région.
Expliquant que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz au commerce maritime entrave la circulation du pétrole, du gaz et des engrais à un moment critique de la saison agricole mondiale, il a annoncé deux initiatives importantes.
Il s’agit de la nomination d’un envoyé chargé de diriger les efforts de paix de l’ONU et la création d’un groupe de travail (Task force) dédié au détroit d’Ormuz.
Soulignant, par ailleurs, que le conflit au Moyen-Orient était « hors de contrôle », il a déclaré qu’il était temps d' »arrêter l’escalade et de commencer à gravir les échelons diplomatiques, et de revenir au plein respect du droit international ».
Depuis le 28 février, le conflit a fait plus de 1 340 morts côté iranien, dont l’ancien Guide suprême Ali Khamenei, tandis que l’Iran a riposté par des frappes de drones et de missiles ciblant l’entité sioniste, la Jordanie, l’Irak et les pays du Golfe hébergeant des bases américaines.
Lyes Saïdi
Trump tient des propos insultant en vers le prince héritier saoudien
Le président américain Donald Trump a créé la stupéfaction vendredi en s’en prenant publiquement au prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, lors d’une prise de parole au forum d’investissement FII Priority, soutenu précisément par Riyad. Après avoir reconnu en MBS un « grand homme » avec qui il a « tissé des liens » au fil des années, Trump a rapporté une conversation privée entre les deux dirigeants sur un ton railleur : « il y a peu de temps il m’a regardé et m’a dit : « tu sais c’est incroyable, il y a un an, vous étiez un pays mort. Maintenant vous êtes le pays le plus important au monde ». Il ne pensait pas que ça allait arriver, il ne pensait pas qu’il devrait me lécher les bottes », a lancé le président américain devant un parterre d’investisseurs. Il a poursuivi : « il pensait qu’il avait affaire à un autre président américain raté, avec un pays en déclin, mais maintenant il doit être gentil avec moi. » Des propos surprenants qui tranchent avec la réserve diplomatique.
R.I.

