L’Algérie rend un dernier hommage à Liamine Zéroual : Des funérailles solennelles
La terre de Batna a repris lundi l’un de ses fils. Liamine Zéroual, ancien président de la République, moudjahid, militaire et homme d’État qui gouverna l’Algérie dans les heures les plus sombres de son histoire contemporaine, a été inhumé dans l’après-midi au cimetière central de Bouzourane, sa ville natale, lors de funérailles nationales d’une solennité rare, présidées par le président de la République Abdelmadjid Tebboune.
Ce lundi 30 mars 2026 restera gravé dans la mémoire collective d’une nation qui, le temps d’une journée, a suspendu le cours ordinaire des choses pour accompagner dans sa dernière demeure un homme que l’histoire a convoqué dans les moments où elle manquait d’hommes à la hauteur. Dès le matin, le siège de la wilaya de Batna s’est transformé en lieu de pèlerinage spontané. De toutes les wilayas — Oum El Bouaghi, Djelfa, Relizane, Mascara et bien d’autres encore — des citoyens avaient pris la route avant l’aube pour arriver à temps, pour jeter un dernier regard sur la dépouille de celui qu’ils appellent simplement «le Président». Des hommes aux cheveux blancs, des femmes en larmes, des jeunes qui n’ont pas connu son mandat mais ont grandi dans le récit de ce qu’il a accompli. Tous venus dire adieu à un h-grand homme d’Etat.
Parmi eux, la moudjahida Sassia Halis, l’une des fondatrices d’une cellule secrète de la Révolution de libération, ne cachait pas son émotion. Elle a exprimé «sa profonde tristesse et sa grande émotion suite à la perte de l’ancien Président et moudjahid Liamine Zéroual, qui a consenti d’énormes sacrifices pour l’Algérie et servi la patrie et le peuple avec dévouement et sincérité». La dépouille avait été transférée en matinée du domicile familial vers le siège de la wilaya, puis, dans un imposant cortège funèbre, vers le cimetière de Bouzourane. Des milliers de citoyens s’étaient massés le long des rues, silencieux ou en prières, formant une haie d’honneur spontanée et populaire que nulle protocole n’avait organisée. C’est l’Algérie profonde qui rendait hommage à l’un des siens.
La présence du président Tebboune, arrivé en début d’après-midi à Batna pour présider personnellement la cérémonie, a conféré aux funérailles leur dimension d’État. Chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, il était entouré de hauts responsables, de membres du gouvernement et de personnalités nationales. La République tout entière semblait s’être déplacée pour honorer celui qui, en d’autres temps, l’avait tenue debout. La cérémonie s’est déroulée après la prière du Dohr.
C’est le Général-major Mabrouk Saba, directeur de l’Information et de la Communication de l’État-Major de l’ANP, qui a prononcé l’oraison funèbre au nom de l’institution militaire. Ses mots ont résonné comme un testament. Il a rappelé que le défunt «a voué sa vie au service de la patrie tout au long d’un parcours honorable placé sous le signe de la sincérité et de l’intégrité», avant d’ajouter, avec une solennité qui a saisi l’assistance, que «le Tout-Puissant a voulu qu’il s’éteigne en ce mois des martyrs, rejoignant ainsi ceux que Dieu a choisis pour arracher l’indépendance». Né en juillet 1941 à Batna, Liamine Zéroual avait rejoint l’Armée de libération nationale en 1957, à seize ans à peine, pour prendre part à la Révolution du 1er novembre. Le mois de mars, mois de commémoration des martyrs en Algérie, lui aura servi d’ultime écrin.
Le Général-major Saba a également évoqué le tournant décisif de 1994, lorsque Zéroual fut appelé à assumer la fonction de Chef de l’État dans un pays au bord du gouffre, déchiré par une violence aveugle qui semblait ne devoir jamais s’arrêter : «il fut promu au grade de Général en 1988. Il n’a jamais cherché le repos et n’a pas hésité à répondre à l’appel de la patrie en tant que ministre de la Défense, puis Chef de l’État et Président de la République dans les circonstances les plus difficiles, réussissant à diriger l’État avec brio, lui évitant ainsi l’effondrement.» Ces quelques mots résument peut-être mieux que tout long discours ce que l’histoire retiendra de lui.
Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a lui aussi pris la parole pour saluer la mémoire d’un homme qu’il a qualifié de «leader ayant offert à la patrie la fleur de sa jeunesse et l’un des symboles et chefs illustres, dont l’Algérie témoigne de la bravoure en tant que moudjahid hors pair, militaire aguerri et homme politique sage, s’étant levé pour secourir la nation lors de l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire du pays, marquée par des périls menaçant l’État et les valeurs de la République». Puis, dans une formule plus intime, il a conclu : «Nous faisons nos adieux à un dirigeant d’exception, un homme forgé par les épreuves et les responsabilités.»
Forgé par les épreuves. L’expression dit tout d’une vie qui ne fut jamais de tout repos. Après une carrière militaire exemplaire — commandant des forces terrestres en 1989, après avoir dirigé les plus prestigieuses institutions de formation de l’ANP, de l’École militaire de Batna à l’Académie de Cherchell —, Zéroual avait accepté, en 1994, de prendre la tête d’un État au bord de l’implosion. Élu président de la République en 1995, il avait conduit, deux ans plus tard, une révision constitutionnelle avant d’organiser une élection présidentielle anticipée en 1999, mettant ainsi fin à son propre mandat. Un geste que peu d’hommes au pouvoir se sont résignés à accomplir, et qui dit peut-être plus sur son caractère que toute sa biographie militaire.
Car c’est cela aussi, la légende Zéroual : après avoir quitté le pouvoir, il avait choisi de disparaître des radars. Pas d’interviews, pas de mémoires, pas de présence dans les coulisses de la vie politique. Une vie simple à Batna, loin des projecteurs, dans la ville qui l’avait vu naître et que la terre vient de reprendre. Une discrétion qui force le respect.
Au terme de la cérémonie, dans un geste chargé de symboles, le président Tebboune a remis à la famille du défunt le drapeau national qui drapait le cercueil. Le vert, le blanc et le rouge de l’Algérie indépendante — celle pour laquelle Liamine Zéroual avait combattu à seize ans dans le maquis, puis gouvernée à cinquante — sont ainsi retournés aux siens. Comme une boucle qui se referme. Comme une reconnaissance ultime.
L’Algérie a perdu, en ce dernier lundi de mars 2026, l’un des derniers grands témoins de la génération qui fit la Révolution et construisit l’État. Il repose désormais à Bouzourane, parmi les siens, dans cette Aurès qui a toujours su engendrer des hommes que l’histoire convoque quand elle en a le plus besoin.
Salim Amokrane
Des moudjahidine saluent les qualités de « l’homme de la fidélité et du militantisme »
Des moudjahidine, venus lundi au siège de la wilaya de Batna pour assister aux funérailles de l’ancien président et moudjahid Liamine Zeroual, ont exprimé leur affliction suite à la disparition de ce symbole de la fidélité, de la lutte et du militantisme pour la dignité et la gloire de l’Algérie. A ce propos, la moudjahida Sassia Halis, une des fondatrices de la cellule secrète dans la ville de Batna durant la révolution de libération nationale, a exprimé sa tristesse après la disparition du moudjahid Liamine Zeroual qui était l' »une des grandes figures de la lutte durant la glorieuse révolution de novembre », et qui « a accompagné le processus de construction de l’Algérie en tant que militaire et homme politique et préservé l’Etat dans les conjonctures la plus difficiles ». De son côté, le moudjahid El Abed Rahmani, ancien secrétaire de wilaya de l’organisation nationale des moudjahidine (ONM) à Batna, a fait part de son profond chagrin, qualifiant le moudjahid Liamine Zeroual de grande figure qui a participé au combat libérateur et à la préservation de l’unité nationale dans une conjoncture difficile et sensible. Le moudjahid Smaïl Hammiche a rappelé les qualités de feu Liamine Zeroual dont sa patience et son esprit militant et combattant avent et après l’indépendance, évoquant ses positions et sa clairvoyance dans la gestion de la crise qu’a connue le pays durant les années 1990. Pour sa part, le moudjahid Amaïri a exprimé sa tristesse devant cette perte, évoquant ses qualités et son abnégation au service de la patrie et sa contribution à la préservation de la République durant la période critique qu’a traversée le pays.
APS
La diaspora algérienne rend hommage à un homme d’Etat engagé au service de l’Algérie
Des membres de la diaspora algérienne ont exprimé leur profonde tristesse suite au décès de l’ancien président de la République, le moudjahid Liamine Zeroual, à qui ils ont rendu hommage en louant sa bonté, son intégrité et son engagement exemplaire au service de l’Algérie durant une période critique de son histoire. Le Secrétaire général du Mouvement dynamique de la communauté algérienne établie en France (MOUDAF), Nasser Khabat, a, ainsi, salué le parcours du défunt et loué ses qualités d' »homme d’Etat » au service de la nation. « C’est avec une grande émotion que nous avons appris le décès de l’ancien président, Liamine Zeroual. L’Algérie perd aujourd’hui un homme d’Etat au sens élevé de la responsabilité, profondément animé par la notion de l’Etat et de la patrie », a souligné M. Khabat, dans une déclaration à l’APS. « Dans une période particulièrement difficile de notre histoire, il a su faire preuve d’une grande discrétion au service de l’efficacité, plaçant toujours l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toute considération », a-t-il ajouté, relevant que le parcours de l’ancien président de la République, « restera celui d’un dirigeant respecté, dont l’engagement a contribué à préserver les fondements de l’Etat algérien ». Abondant dans le même sens, Elias Boukrami, professeur en Finance internationale à l’Université de Londres en Grande Bretagne, a expliqué que « le président Liamine Zeroual appartenait à cette catégorie rare d’hommes que l’Histoire n’oublie pas: les hommes d’Etat ». « Avant d’être un homme politique ou un chef militaire, il était un serviteur de la nation, animé par une seule boussole: la pérennité de la République et la dignité du peuple algérien », a-t-il dit. En cette triste occasion, les ambassades d’Algérie à travers le monde ont mis les drapeaux en berne, dans une atmosphère marquée par l’émotion et le recueillement. Dans un message vidéo enregistré devant l’ambassade d’Algérie à Bruxelles, l’ancienne Moudjahida, Arrous Fatiha, a présenté ses condoléances suite au décès d' »un frère d’armes ». « C’était une personne extraordinaire qui a fait beaucoup pour le pays. Je le remercie pour tout ce qu’il a fait (et) pour tout ce qu’il a apporté », a-t-elle déclaré. De son coté, la présidente de l’association « Maison de la diaspora algérienne en Espagne », Mme Sabrina Boukhnoufa, a exprimé dans une déclaration à l’APS, « la tristesse de la communauté algérienne à Madrid suite à la disparition du moudjahid et père Liamine Zeroual, dont la mémoire restera gravée dans l’histoire pour ce qu’il a accompli en faveur de la préservation du pays ». Elle a affirmé que « le défunt a consacré sa vie au service de sa patrie durant une période difficile et que son héritage demeurerait une source d’inspiration dans laquelle les générations futures puiseront l’amour de la patrie et le sens du sacrifice ». Depuis l’Egypte, le conseiller et directeur du département de l’Energie au sein de la Ligue arabe, Abderrahmane Belhout, a estimé que l’Algérie a perdu l' »un de ses hommes les plus fidèles ». « Il était un symbole de patriotisme sincère et un dirigeant qui a assumé de lourdes responsabilités durant une période délicate de l’histoire de notre pays, se distinguant par sa sagesse, son intégrité et sa loyauté, et ayant contribué à préserver l’unité et la stabilité du pays », a-t-il poursuivi. L’ancien ministre plénipotentiaire à la Ligue arabe, Djamel Djaballah, a, quant à lui, évoqué les qualités du défunt, « un homme sincère, engagé, fidèle à ses principes, attaché à son pays, dévoué à son travail, qui croyait aux capacités du peuple algérien et aspirait à une Algérie forte, souveraine et unie ». M. Djaballah qui occupait également le poste de vice-président du secteur économique au sein de la Ligue, a notamment rappelé que « le moudjahid était imprégné des valeurs de la glorieuse Révolution de Novembre et était fidèle à la mémoire des Martyrs ». « Durant son mandat à la tête du pays, il a œuvré à éteindre le feu de la discorde et à consolider les institutions de la République afin de permettre au pays de sortir de cette période, conscient du sacrifice des hommes qui se sont engagés pour l’indépendance de la nation », a-t-il soutenu.
APS

