Le gaz naturel est au cœur de la transition énergétique : L’Algérie s’affirme comme puissance incontournable
Oran accueille le 8e symposium de l’AIG. Plus de 700 experts et opérateurs du monde entier se réunissent pour débattre de l’avenir du gaz et de l’hydrogène.
C’est dans la capitale de l’Ouest algérien, devant une assistance de plus de 700 experts, opérateurs et décideurs du secteur énergétique mondial, que le rôle de l’Algérie dans les équilibres énergétiques mondiaux a été souligné. Le Secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), Ghezali Farid a ainsi souligné en marge de l’évènement que l’Algérie s’impose comme un acteur clé dans la sécurité énergétique régionale et internationale, grâce à la constance de ses approvisionnements et à son engagement en faveur des projets panafricains structurants. M. Ghezali a relevé, dans une déclaration à la presse, l’engagement de l’Algérie en faveur de l’intégration énergétique africaine, à travers la promotion de projets d’envergure continentale. Il a cité, à ce titre, le projet du gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, et qu’il a qualifié de « réaliste et opérationnel ». « Des équipes sont déjà à pied d’œuvre au Niger pour concrétiser cette infrastructure stratégique », a-t-il indiqué. Evoquant les perspectives de ce projet, le secrétaire général de l’APPO a exprimé l’espoir de voir le gazoduc entrer en service à l’horizon 2029, soulignant que sa réalisation contribuera à démontrer la capacité de l’Afrique à s’imposer comme un fournisseur énergétique fiable sur la scène internationale.
S’agissant de la place du gaz sur le marché énergétique mondial, il a considéré qu’il constitue la « meilleure passerelle » entre les énergies fossiles et la transition énergétique. « Sans le gaz, cette transition ne sera pas possible », a-t-il indiqué, rappelant que cette ressource « a largement fait ses preuves », tant sur le plan historique que dans les perspectives énergétiques à court et moyen termes. Dans ce contexte, M. Ghezali a mis en exergue le rôle important de l’Algérie au sein de l’organisation, saluant notamment sa fiabilité en tant que fournisseur crédible. « Quelles que soient les conditions géopolitiques, l’Algérie n’a jamais interrompu ses livraisons de gaz », a-t-il affirmé, qualifiant cette constance de « valeur inestimable » qui dépasse la simple notion de prix pour s’inscrire dans celle du service. De son côté, Andrea Stegher, président de l’Union internationale du gaz, a souligné le rôle incontournable de l’Algérie comme puissance gazière.L’Algérie, a-t-il affirmé sans ambages, est un leader dans le domaine du gaz naturel liquéfié. Une reconnaissance solennelle, formulée à l’occasion de la première session stratégique du 8e symposium de l’Association algérienne de l’industrie du gaz (AIG), organisé sous le thème évocateur « Gaz naturel et hydrogène : l’innovation au service d’une industrie durable ». Dans un monde ébranlé par des recompositions géopolitiques majeures et une transition énergétique aux contours encore incertains, cette consécration internationale dit quelque chose d’essentiel sur le rôle que l’Algérie est appelée à jouer dans les décennies à venir.
Le gaz au cœur de la transition : une conviction partagée
La tenue de ce symposium à Oran n’est pas un événement anodin. Elle marque, dans la continuité d’un engagement national de longue date, la volonté de l’Algérie de se positionner au premier rang du débat énergétique mondial. Deux jours de conférences, de panels et de tables rondes, un salon technique réunissant 25 entreprises nationales et dix startups, et des intervenants venus des quatre coins du monde : le format dit tout de l’ambition du pays à s’imposer comme carrefour intellectuel et industriel de la réflexion gazière régionale et internationale.
C’est dans ce cadre que le président de l’Union internationale du gaz a développé une vision qui fait désormais consensus parmi les spécialistes. Pour Andrea Stegher, « les experts du gaz en Algérie ont compris depuis longtemps que le gaz n’est pas seulement une source d’énergie, mais un moyen au service des populations et un élément essentiel pour atteindre une véritable durabilité ». Une lecture profonde, qui dépasse la simple comptabilité des barils et des mètres cubes pour inscrire la ressource gazière dans une perspective de développement humain. À ce titre, le rôle de l’industrie gazière, a-t-il précisé, « demeure central » aussi bien pour répondre aux besoins immédiats des consommateurs que pour garantir l’accès à l’énergie des générations futures. Une vision désormais partagée, selon lui, tant par les acteurs industriels que par les consommateurs eux-mêmes, qui considèrent le gaz comme une option énergétique viable dans un mix diversifié. La dimension technologique a également occupé une place centrale dans les débats de cette première journée. Face à l’explosion de la demande énergétique liée au développement de l’intelligence artificielle et à la multiplication des centres de données, le président de l’Union internationale du gaz a été catégorique : « Si nous voulons répondre à cette demande croissante tout en réduisant l’intensité carbone, le gaz reste une solution incontournable à court terme, aux côtés des énergies renouvelables. » Un constat pragmatique, qui balaie les postures idéologiques pour revenir à l’essentiel des équilibres énergétiques mondiaux.
L’Algérie, atouts structurels d’un champion régional
Mais au-delà du consensus international sur le rôle du gaz, c’est bien la singularité du positionnement algérien qui a retenu l’attention des participants. Sadek Boussena, économiste de renom et ancien ministre de l’Énergie, ancien président de l’OPEP et ex-PDG de Sonatrach, a présenté lors de la session une analyse prospective des marchés gaziers qui met en lumière les atouts considérables dont dispose l’Algérie pour consolider, voire amplifier, sa position sur la scène internationale.
Plusieurs facteurs structurels plaident en faveur d’une influence algérienne durable. L’importance des réserves nationales, d’abord : l’Algérie figure parmi les pays disposant des ressources gazières les plus significatives de la région, avec des volumes qui continuent d’alimenter ses engagements contractuels sur le long terme. La compétitivité des coûts de production, ensuite : dans un marché où les marges sont déterminantes, la capacité à extraire et à livrer à des prix raisonnables constitue un avantage concurrentiel majeur. L’existence d’infrastructures de transport opérationnelles — gazoducs transalpins et transmediterranéens, terminaux de liquéfaction — représente un patrimoine industriel dont peu de pays peuvent se prévaloir à ce niveau de maturité.
À cela, Sadek Boussena a ajouté la proximité géographique avec le marché européen, qu’il qualifie d’avantage stratégique majeur. Alors que l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement dans un contexte de tensions persistantes avec la Russie, l’Algérie se présente comme le voisin fiable par excellence. Les chiffres confirment cette réalité : près de 30 % du gaz naturel consommé en Italie en 2024 provenait d’Algérie, soit environ vingt milliards de mètres cubes. Un niveau qui illustre à la fois la capacité productive du pays et sa crédibilité dans le respect de ses engagements contractuels. En 2025, l’Algérie s’est imposée parmi les principaux fournisseurs de gaz naturel et de GNL vers le continent européen.
L’expert a également évoqué les perspectives de convergence entre gaz naturel, hydrogène et énergies renouvelables, estimant que l’intégration de ces trois composantes pourrait ouvrir « des perspectives prometteuses pour une industrie énergétique durable ». Une vision de complémentarité qui dessine les contours d’une Algérie énergétique de demain, capable de capitaliser sur ses acquis gaziers pour s’engager résolument dans les filières d’avenir.
Sonatrach, fer de lance d’une ambition nationale
Sur le plan institutionnel, c’est Sonatrach qui incarne et porte cette ambition nationale. Le président de l’AIG, Noureddine Daoudi, qui occupe également la fonction de PDG du groupe pétro-gazier, a fixé la feuille de route dans une allocution lue en son nom par Ferhat Ounoughi, vice-président chargé du développement des affaires et du marketing. Le message est clair : Sonatrach « continue de renforcer son rôle de fournisseur fiable d’énergie, en développant ses capacités de production, en modernisant ses infrastructures gazières et en élargissant ses partenariats internationaux, afin de consolider la sécurité des approvisionnements et de répondre aux exigences des marchés mondiaux ».
Cette stratégie de modernisation s’appuie sur deux leviers technologiques devenus incontournables : la numérisation et l’intelligence artificielle. Selon Noureddine Daoudi, les évolutions rapides de l’industrie gazière imposent aux acteurs du secteur de s’inscrire dans la dynamique des technologies modernes, qui « jouent un rôle central dans l’amélioration des performances industrielles, la durabilité des installations énergétiques et le renforcement de leur efficacité opérationnelle ». Une orientation qui signale la volonté de Sonatrach de ne pas se cantonner au rôle de simple extracteur de ressources, mais de se hisser au rang d’opérateur technologique de premier plan.
L’hydrogène constitue un autre axe stratégique affirmé lors de cette rencontre. Le PDG du groupe a insisté sur le fait que l’hydrogène à faible teneur en carbone représente « l’un des piliers futurs du système énergétique mondial », offrant aux pays producteurs de gaz naturel des opportunités stratégiques pour développer de nouvelles chaînes de valeur. Une piste que l’Algérie entend explorer avec détermination, en s’appuyant sur ses ressources naturelles — ensoleillement exceptionnel, vastes étendues disponibles — pour développer une filière d’hydrogène vert ou bleu compétitive à l’horizon 2030 et au-delà.
La réussite de ces transformations, a toutefois tenu à préciser Noureddine Daoudi, « reste tributaire d’un investissement durable dans le capital humain, considéré comme le socle de tout progrès industriel et technologique ». Une reconnaissance explicite du fait que la compétitivité énergétique se joue d’abord dans les laboratoires, les centres de formation et les universités, avant de se concrétiser sur le terrain des champs gaziers.
Un leadership international consacré
Andrea Stegher a conclu son intervention en saluant explicitement « le rôle joué par l’Algérie et l’Association algérienne de l’industrie du gaz dans le développement de l’industrie gazière à l’échelle régionale », estimant que les infrastructures réalisées au fil des décennies constituent un « atout stratégique pour l’avenir ». Le président de l’Union internationale du gaz a rappelé la vocation rassembleuse de son organisation : « Nous représentons une communauté d’ingénieurs, d’opérateurs, d’entrepreneurs et d’innovateurs, unis par un objectif commun : réaliser une transition énergétique responsable, durable et abordable. » Et d’ajouter que la croissance énergétique mondiale nécessite des investissements, un soutien politique à l’innovation et des actions concrètes en matière de climat. Des conditions que l’Algérie semble, à bien des égards, en mesure de remplir.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte où le dialogue énergétique entre l’Algérie et l’Union européenne a franchi un nouveau cap, comme en témoigne la sixième réunion de haut niveau tenue à Alger en février dernier. L’Algérie y a réaffirmé sa volonté de « maintenir son rôle de fournisseur fiable de gaz naturel pour le marché européen, dans le cadre d’un partenariat fondé sur la confiance, le respect mutuel et l’équilibre des intérêts ». Une position que les responsables européens ne cessent de saluer, conscients de la dépendance structurelle du continent à des approvisionnements stables en provenance du sud de la Méditerranée.
À travers la constance de ses engagements, la solidité de ses infrastructures et la reconnaissance universelle de son expertise, l’Algérie confirme ainsi son statut de partenaire énergétique incontournable. Un acteur fiable, crédible et résolument tourné vers l’avenir, au cœur des équilibres énergétiques régionaux et internationaux — et désormais consacré comme leader mondial du GNL.
Samira Ghrib

